Matthieu 27, 45
À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.
À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.
Depuis la sixième heure, etc. ; depuis midi jusqu’à trois heures. ― Toute la terre, signifie, selon plusieurs, la Judée et quelques pays voisins.
Les vv. 45-50 exposent les circonstances extraordinaires au milieu desquelles eut lieu la
mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La sixième heure : c'est-à-dire à partir de midi. D'après S. Marc, 15, 25,
il y avait alors déjà trois heures que le Sauveur était sur la croix. S. Jean raconte il est vrai, 19, 14, que vers la
sixième heure du jour Jésus entrait seulement chez Pilate ; mais nous prouverons ailleurs que le quatrième
évangéliste suppute ici les heures d'après une méthode particulière. - Il y eut des ténèbres. Vers le milieu du
jour, au moment où commençait l'agonie du divin Maître, il se produisit tout à coup un assombrissement
extraordinaire du soleil et de l'atmosphère. Ces ténèbres, que les trois synoptiques signalent d'une manière
solennelle et à peu près dans les mêmes termes, cf. Marc. 15, 33, Luc. 23, 44, n'étaient pas le résultat d'une
éclipse, ainsi qu'on le faisait remarquer dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, cf. Orig. in h. l. ; Victor
Cap. de cycl. Pasch. Spicil. Solesm. 1, 297 ; Evang. Nicod. c. 11, attendu que la lune était alors dans son
plein. Elles n'avaient non plus aucun rapport avec l'obscurité qui précède d'ordinaire les tremblements de
terre, puisque la commotion mentionnée plus bas, v. 51, était miraculeuse. C'était un fait providentiel, un vrai
prodige en vertu duquel la nature semblait prendre le deuil au moment où le Fils de Dieu allait rendre le
dernier soupir. Les hommes se montraient sans pitié pour lui ; mais le monde inanimé lui témoignait ainsi
une sorte de sympathie. De même que la nuit s'était illuminée soudain d'une nouvelle clarté à la naissance de
Jésus, de même le jour s'obscurcit tristement à ses derniers instants. - Sur toute la terre. Des exégètes assez
nombreux, parmi lesquels nous citerons Origène, Maldonat, Erasme, Kuinoel, Olshausen, pensent que le mot
« terre » doit se restreindre ici, comme en d'autres passages de la Bible, à une zone particulière, c'est-à-dire à
la Judée, ou tout au moins à la Palestine. Au contraire, la plupart des Pères et plusieurs commentateurs
anciens et modernes prennent l'expression à la lettre. On peut du moins admettre avec Bleek, Synopt.
Comment. 2, 471, Langen, die letzten Lebenstage Jesu p. 343, et d'autres auteurs, que les ténèbres
s'étendirent bien au-delà des limites de la Palestine, et qu'elles envahirent au loin les provinces de l'empire
romain. On connaît le mot célèbre qu'aurait prononcé Denys l'Aéropagite au moment où le ciel fut ainsi
assombri : « Le Dieu de la nature souffre, et la machine du monde doit s'en aller en pièces ». Tertullien ne
craignait pas d'alléguer aux autorités romaines ces ténèbres merveilleuses comme un fait connu de tous et
consigné dans les archives publiques. « Au même instant, écrivait-il dans son Apologie, c. 21, le jour fut
privé de soleil, qui n'était arrivé qu'au milieu de sa course. Ce prodige fut certainement pris pour une éclipse
par ceux qui ne savaient pas qu'il avait aussi été prédit pour la mort du Christ. Et pourtant vous le trouvez
consigné dans vos archives comme un accident mondial ». - Jusqu'à la neuvième. Vers trois heures de
l'après-midi ; l'obscurité dura donc jusqu'au moment de la mort de Jésus.
2863. À PARTIR DE LA SIXIÈME HEURE, L’OBSCURITÉ SE FIT SUR TOUTE LA TERRE. Plus haut, l’évangéliste a raconté comment le Seigneur a subi la passion sur la croix ; ici, [il raconte] comment il a réalisé des choses grandioses. Premièrement, il présente ce qu’il a fait avant de mourir ; deuxièmement, après sa mort, en cet endroit : OR JÉSUS, POUSSANT DE NOUVEAU UN GRAND CRI, RENDIT L’ESPRIT [27, 50].
À propos du premier point, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, il raconte l’obscurcissement qui s’est produit ; deuxièmement, le cri [de Jésus], en cet endroit : VERS LA NEUVIÈME HEURE, JÉSUS POUSSA UN GRAND CRI [27, 46].
2864. [Matthieu] dit donc : À PARTIR DE LA SIXIÈME HEURE, L’OBSCURITÉ SE FIT SUR TOUTE LA TERRE. Comme le raconte Origène, les païens, entendant que l’évangéliste racontait cela comme un miracle, riaient de lui, et disaient que cela s’était produit naturellement. Ils croyaient donc qu’il parlait comme un ignorant, puisque le soleil s’était caché naturellement.
2865. Mais ce ne fut pas une éclipse naturelle, mais miraculeuse. Si vous voulez comprendre, écoutez ce que Denys dit, alors qu’il avait vingt-quatre ans et étudiait les astres dans la ville d’Héliopolis. Lorsqu’ils virent [cela], lui-même et Apollonius furent étonnés, car il leur semblait que ce n’était pas [une éclipse] naturelle, et ils observèrent quatre miracles. Premièrement, en raison du moment, car alors que c’était le jour où la Pâque devait être célébrée, on était à la quinzième lune, alors que la lune est en opposition par rapport au soleil. Or, une éclipse naturelle se produit du fait de la conjonction de la lune par rapport au soleil. Le deuxième miracle fut que, alors que le soleil était au couchant, la lune devait être à l’orient. Or, ici le cours de la lune a été changé. De même, le troisième consiste dans le fait que l’obscurcissement commence toujours du côté du couchant, car toutes les planètes ont un double mouvement : l’un propre, l’autre commun. La lune, pour ce qui est de son mouvement propre, est plus rapide, et lorsqu’elle atteint le corps du soleil, elle vient du couchant. Mais, ici, il n’en était pas ainsi, car elle venait de l’orient. Le quatrième miracle est que l’obscurcissement débute dans la même partie où l’illumination revient. Or, il n’en fut pas ainsi alors, puisque [le soleil] a finalement quitté la partie qu’il avait d’abord occupée, car la lune a atteint le corps du soleil, puis elle a reculé, de sorte que cette première partie fut d’abord illuminée. Ainsi, observant cela, il se convertit à l’arrivée de Paul, puis convertit son compagnon. Le cinquième miracle, qui est plus grand, comme il le dit, est que, lorsqu’une éclipse est naturelle, elle dure peu de temps. En effet, le soleil n’est pas caché, mais il se produit un obscurcissement par interposition de la lune. Or, le corps de la lune n’est pas plus grand que celui du soleil. Cela ne dure donc pas longtemps. Mais [cette] éclipse a duré trois heures.
2866. Ce fut donc un grand miracle. Mais Origène pose la question : si ce fut un si grand miracle, pourquoi un des astrologues ne l’a-t-il pas décrit ? Il répond en disant que cet obscurcissement ne fut pas universel, mais se limita au territoire d’Israël. Ou bien, SUR TOUTE LA TERRE [signifie] la Judée. C’est une manière semblable de parler lorsqu’on dit : «La nation ou le royaume, etc.». Il faut comprendre alors : «Cette nation.» Il en est de même ici. Mais Chrysostome dit que SUR TOUTE LA TERRE [veut dire] sur le monde entier, car [le Christ] mourait pour le monde entier. Il a donc voulu le faire savoir à tous par un signe de sa passion. Mais Denys dit qu’il était en Égypte et qu’il a lui-même vu [l’éclipse]. On pouvait ainsi comprendre qu’elle s’étendait jusqu’en Asie. Il faut donc lui accorder plus de crédit. Un astronome raconte une éclipse survenue à l’époque de Tibère, mais il ne dit pas quand ni combien de temps elle a duré, ni comment [elle s’est produite]. Toutefois, on peut dire que, comme ce n’était pas le moment d’une éclipse, on n’en a pas évalué le mode avec soin. Aussi certains disent-ils que des nuages épais se sont interposés entre nous et le soleil ; mais d’autres ont dit que le soleil a retiré ses rayons. Ainsi, en Am 8, 9 : Le soleil se coucha pour eux à l’heure du midi.
2867. Mais ici se pose une question, car il est dit ici que [le Christ] a été crucifié à la sixième heure. Or, Marc dit qu’il le fut à troisième heure, 15, 25. Il faut dire que Matthieu raconte l’histoire : il a été crucifié à la sixième heure et il est mort à la neuvième. Et cela est approprié au mystère, car, à l’heure du midi, le soleil est au milieu du ciel. Cela est donc approprié pour le Fils de Dieu, qui est le véritable soleil. Ml 4, 2 : Pour vous qui craignez le nom de Dieu, le soleil de justice se lèvera. Cela est approprié aussi à la transgression du premier homme, car Adam a péché après l’heure du midi, Gn 3, 8. Le Christ a donc voulu satisfaire pour cette heure. Pourquoi alors Marc parle-t-il de la troisième heure ? Il faut dire qu’il a été crucifié à la troisième heure par la langue des Juifs, mais à la sixième par les mains des soldats. De même, les ténèbres s’étendirent sur trois heures, et cela avait été indiqué en figure par ce qui est écrit en Ex 10, 22 : Moïse étendit les mains vers le ciel pendant trois heures, et les ténèbres s’étendirent sur tout le pays d’Égypte pendant trois jours. De même le Christ en croix a-t-il étendu ses mains et les ténèbres sont-elles apparues pendant trois heures, pour indiquer qu’on avait été privé de la lumière de la Trinité.
À propos du premier point, [Matthieu] fait deux choses : premièrement, il raconte l’obscurcissement qui s’est produit ; deuxièmement, le cri [de Jésus], en cet endroit : VERS LA NEUVIÈME HEURE, JÉSUS POUSSA UN GRAND CRI [27, 46].
2864. [Matthieu] dit donc : À PARTIR DE LA SIXIÈME HEURE, L’OBSCURITÉ SE FIT SUR TOUTE LA TERRE. Comme le raconte Origène, les païens, entendant que l’évangéliste racontait cela comme un miracle, riaient de lui, et disaient que cela s’était produit naturellement. Ils croyaient donc qu’il parlait comme un ignorant, puisque le soleil s’était caché naturellement.
2865. Mais ce ne fut pas une éclipse naturelle, mais miraculeuse. Si vous voulez comprendre, écoutez ce que Denys dit, alors qu’il avait vingt-quatre ans et étudiait les astres dans la ville d’Héliopolis. Lorsqu’ils virent [cela], lui-même et Apollonius furent étonnés, car il leur semblait que ce n’était pas [une éclipse] naturelle, et ils observèrent quatre miracles. Premièrement, en raison du moment, car alors que c’était le jour où la Pâque devait être célébrée, on était à la quinzième lune, alors que la lune est en opposition par rapport au soleil. Or, une éclipse naturelle se produit du fait de la conjonction de la lune par rapport au soleil. Le deuxième miracle fut que, alors que le soleil était au couchant, la lune devait être à l’orient. Or, ici le cours de la lune a été changé. De même, le troisième consiste dans le fait que l’obscurcissement commence toujours du côté du couchant, car toutes les planètes ont un double mouvement : l’un propre, l’autre commun. La lune, pour ce qui est de son mouvement propre, est plus rapide, et lorsqu’elle atteint le corps du soleil, elle vient du couchant. Mais, ici, il n’en était pas ainsi, car elle venait de l’orient. Le quatrième miracle est que l’obscurcissement débute dans la même partie où l’illumination revient. Or, il n’en fut pas ainsi alors, puisque [le soleil] a finalement quitté la partie qu’il avait d’abord occupée, car la lune a atteint le corps du soleil, puis elle a reculé, de sorte que cette première partie fut d’abord illuminée. Ainsi, observant cela, il se convertit à l’arrivée de Paul, puis convertit son compagnon. Le cinquième miracle, qui est plus grand, comme il le dit, est que, lorsqu’une éclipse est naturelle, elle dure peu de temps. En effet, le soleil n’est pas caché, mais il se produit un obscurcissement par interposition de la lune. Or, le corps de la lune n’est pas plus grand que celui du soleil. Cela ne dure donc pas longtemps. Mais [cette] éclipse a duré trois heures.
2866. Ce fut donc un grand miracle. Mais Origène pose la question : si ce fut un si grand miracle, pourquoi un des astrologues ne l’a-t-il pas décrit ? Il répond en disant que cet obscurcissement ne fut pas universel, mais se limita au territoire d’Israël. Ou bien, SUR TOUTE LA TERRE [signifie] la Judée. C’est une manière semblable de parler lorsqu’on dit : «La nation ou le royaume, etc.». Il faut comprendre alors : «Cette nation.» Il en est de même ici. Mais Chrysostome dit que SUR TOUTE LA TERRE [veut dire] sur le monde entier, car [le Christ] mourait pour le monde entier. Il a donc voulu le faire savoir à tous par un signe de sa passion. Mais Denys dit qu’il était en Égypte et qu’il a lui-même vu [l’éclipse]. On pouvait ainsi comprendre qu’elle s’étendait jusqu’en Asie. Il faut donc lui accorder plus de crédit. Un astronome raconte une éclipse survenue à l’époque de Tibère, mais il ne dit pas quand ni combien de temps elle a duré, ni comment [elle s’est produite]. Toutefois, on peut dire que, comme ce n’était pas le moment d’une éclipse, on n’en a pas évalué le mode avec soin. Aussi certains disent-ils que des nuages épais se sont interposés entre nous et le soleil ; mais d’autres ont dit que le soleil a retiré ses rayons. Ainsi, en Am 8, 9 : Le soleil se coucha pour eux à l’heure du midi.
2867. Mais ici se pose une question, car il est dit ici que [le Christ] a été crucifié à la sixième heure. Or, Marc dit qu’il le fut à troisième heure, 15, 25. Il faut dire que Matthieu raconte l’histoire : il a été crucifié à la sixième heure et il est mort à la neuvième. Et cela est approprié au mystère, car, à l’heure du midi, le soleil est au milieu du ciel. Cela est donc approprié pour le Fils de Dieu, qui est le véritable soleil. Ml 4, 2 : Pour vous qui craignez le nom de Dieu, le soleil de justice se lèvera. Cela est approprié aussi à la transgression du premier homme, car Adam a péché après l’heure du midi, Gn 3, 8. Le Christ a donc voulu satisfaire pour cette heure. Pourquoi alors Marc parle-t-il de la troisième heure ? Il faut dire qu’il a été crucifié à la troisième heure par la langue des Juifs, mais à la sixième par les mains des soldats. De même, les ténèbres s’étendirent sur trois heures, et cela avait été indiqué en figure par ce qui est écrit en Ex 10, 22 : Moïse étendit les mains vers le ciel pendant trois heures, et les ténèbres s’étendirent sur tout le pays d’Égypte pendant trois jours. De même le Christ en croix a-t-il étendu ses mains et les ténèbres sont-elles apparues pendant trois heures, pour indiquer qu’on avait été privé de la lumière de la Trinité.
Que toute créature terrestre tremble d'effroi à l'exemple du centurion devant le supplice de son Rédempteur, que les rochers des âmes infidèles se brisent, et que ceux qui étaient comme accablés sous le poids des tombeaux de la mortalité, se hâtent d'en sortir en renversant tous les obstacles qui les arrêtent; qu'ils se montrent aussi dans la cité sainte, c'est-à-dire dans l'Église de Dieu comme preuve de la résur rection future, et qu'on voie dès maintenant s'accomplir dans les coeurs, ce qui, d'après la foi chrétienne, doit un jour s'accomplir dans les corps.
La créature ne pouvait supporter la vue des outrages faits au Créateur; aussi le soleil retira-t-il ses rayons pour ne pas être témoin des forfaits de ces im pies: «Depuis la sixième heure, les ténèbres couvrirent toute la terre».
Mais les enfants du siècle nous font cette objection: Comment se fait-il qu'aucun écri vain grec ou étranger n'ait rapporté un fait aussi étonnant, alors qu'ils nous ont transmis a vec soin le souvenir de tous les événements extraordinaires dont ils ont été témoins? Il est vrai que Phlégon, dans ses chroniques, rapporte qu'une éclipse eut lieu sous l'empire de Tibère César, mais il ne dit pas que ce fut à l'époque de la pleine lune. C'est ce qui me porte à croire que ce prodige, aussi bien que tous les autres qui eurent lieu pendant la passion du Sauveur, tels que le tremblement de terre et le voile du temple déchiré, furent restreints à la ville de Jéru salem. Ou si l'on veut l'étendre à toute la Judée, il faudra donner à ces paroles le sens qu'elles ont dans ce passage du livre des Rois, où Abdias dit à Elie: «Vive le Seigneur votre Dieu, il n'y à point de nation ni de royaume où mon Seigneur n'ait envoyé vous chercher» (), c'est-à-dire qu'il l'avait cherché dans les contrées voisines de la Judée. Nous devons donc admettre que d'épaisses et profondes ténèbres s'étendirent sur toute la ville de Jérusalem et sur toute la terre de Judée. La terre fut couverte d'épaisses ténèbres depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième heure. Car nous lisons que deux espèces différentes d'êtres ont été créés le sixième jour, les animaux avant la sixième heure, et l'homme à cette heure là même. Il convenait donc que celui qui mourait pour le salut du genre humain fût attaché sur la croix à la sixième heure, et que par suite, les ténèbres se répandissent sur toute la terre de la sixième heure à la neuvième. Lorsque Moïse leva ses mains vers le ciel ( Ex 10,22 ), les ténèbres se répandirent sur les Egyptiens qui tenaient le peuple de Dieu en servitude; de même à la sixième heure, alors que le Christ étendait ses mains sur la croix et les levait vers le ciel, les ténèbres enveloppèrent ce peuple qui avait crié: «Crucifiez-le», et il se trouva privé de toute lumière, en signe des ténèbres qui devaient envelopper toute la nation juive. Sous Moïse encore, les ténèbres couvri rent pendant trois jours toute la terre d'Egypte, tandis que tous les enfants d'Israël étaient dans la plus vive lumière; c'est ainsi que pendant la passion de Jésus-Christ, les ténèbres se répandi rent pendant trois heures sur toute la Judée, parce qu'elle était privée, en punition de ses pé chés, de la lumière de Dieu le Père, de la splendeur du Christ, et de la clarté de l'Esprit saint, tandis que la lumière éclairait tout le reste de la terre, figure de cette lumière qui éclaire dans tous les lieux l'Église de Dieu en Jésus-Christ. Et si les ténèbres couvrirent toute la Judée, jus qu'à la neuvième heure, il s'ensuit que la lumière a dû de nouveau briller à leurs yeux: «Car lorsque la plénitude des nations sera entrée, alors tout Israël sera sauvé». ( Rm 11,25 )
Lorsqu'il vit les ténèbres couvrir toute la terre de Judée, Jésus prononça ces paroles dont voici le sens: Vous m'avez abandonné, mon Père, c'est-à-dire vous m'avez livré comme anéanti sous le poids de telles calamités, afin que ce peuple que vous avez comblé d'honneur, reçoive le châtiment de tout ce qu'il a osé entreprendre contre moi, et qu'il soit privé de la lumière de vos regards. Vous m'avez aussi abandonné pour le salut des nations. Mais quel si grand bien ont pu faire les hommes qui ont embrassé la foi parmi les Gentils, pour mériter d'être racheté de l'enfer par tout mon sang répandu sur la croix? Ou comment les hommes pourront-ils reconnaître dignement les supplices que je souffre pour eux? Peut-être que jetant les regards sur les péchés des hommes qu'il expiait sur la croix, il dit à Dieu: «Pourquoi m'avez-vous abandonné ?» Pour que je devinsse comme celui qui ramasse les épis qui restent après la moisson et les grains échappés à la main du vendangeur. ( Mi 7,1 ) Ne pensez pas cependant que ce soit sous l'impression d'un sentiment purement humain et comme vaincu par la douleur, qu'il endure sur la croix que le Sauveur s'exprime de la sorte; si vous l'entendiez ainsi, vous ne comprendriez pas ce grand cri qu'il jette, et qui nous annonce un grand mystère caché.