Matthieu 27, 4

Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Que nous importe ? Cela te regarde ! »

Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Que nous importe ? Cela te regarde ! »
Louis-Claude Fillion
J'ai péché. Il confesse ouvertement son iniquité, dont il indique ensuite toute l'étendue en ajoutant : en livrant le sang innocent. Livrer le sang innocent est un hébraïsme pour signifier : Livrer à ses ennemis un homme innocent qu'il va faire mourir ainsi de la manière la plus injuste. Judas avait donc bien compris, comme nous l'affirmions plus haut, le résultat presque infaillible de sa trahison. - Le témoignage qu'il rend actuellement à Jésus est très fort : celui qui proclame ainsi la parfaite innocence du Sauveur est un disciple qui a vécu plusieurs années dans son intimité et qui l'a étudié de près avec des sentiments hostiles. - Que nous importe ? Répondent froidement les princes des prêtres et les anciens. En quoi cela nous regarde-t-il ? Toute leur malice perce dans ces mots : on y voit de plus en plus qu'ils voulaient se débarrasser de Jésus à n'importe quel prix. Ils l'ont condamné non parce qu'il est coupable, mais parce qu'ils le détestent. Peu leur importe donc son innocence, attestée tardivement par leur complice. - Ils ajoutent ironiquement : C'est ton affaire. Si tu as péché, vois comment tu pourras réparer ta faute ; mais cela ne nous concerne en rien. Que Bengel a raison de dire, Gnomon in h.l. : « Impies sont ceux qui ont agi comme des cohéritiers, mais qui ont dévié. Pieux sont ceux qui n’ont pas agi comme des cohéritiers, mais qui se sont amendés par après ! ».
Saint Thomas d'Aquin
2800. Vient ensuite l’effet du repentir. L’effet du repentir est que le pécheur s’efforce de se corriger. Il avait péché parce qu’il avait vendu le Christ. En effet, il avait agi selon ce qu’il était. IL RAPPORTA LES TRENTE DENIERS. Premièrement, sa rétractation est présentée ; deuxièmement, son repentir, en cet endroit : J’AI PÉCHÉ EN LIVRANT UN SANG INNOCENT. IL RAPPORTA donc LES TRENTE PIÈCES D’ARGENT. Et il se rétracta en disant : J’AI PÉCHÉ, c’est-à-dire que j’ai vraiment défailli. En disant : EN LIVRANT UN SANG INNOCENT, même s’il s’exprime correctement, il ne le fait cependant pas complètement, car cela peut retomber sur un homme juste. Ainsi Jr 26, 15 [dit] : Si vous me tuez, vous livrerez un sang innocent contre vous-mêmes. Jérôme dit donc que si [Judas] avait eu une foi correcte, il n’aurait pas désespéré. En effet, il devait dire : «En livrant Dieu.» En disant : EN LIVRANT UN SANG INNOCENT, il a diminué la puissance [de celui-ci] et a montré qu’il n’avait pas une foi correcte.

2801. Puis l’entêtement des Juifs est présenté : MAIS CEUX-CI DIRENT : «QUE NOUS IMPORTE ?» [Judas] confessait ce qui était juste, mais ceux-ci disent : «QUE NOUS IMPORTE ?» Jr 8, 7 : Mon peuple n’a point reconnu le jugement du Seigneur. À TOI DE VOIR !, c’est-à-dire : «Nous ne suivons pas ta conscience.» Rémi [dit] : «“Que nous importe ?”» Tu vends d’abord, puis tu confesses ce qui est juste. Que nous importe que tu changes ainsi ta décision ?» En effet, passer du mal au bien est bon, mais [passer] du mal au mal est mauvais. Si 27, 12 : La justice demeure éternellement, mais l’insensé change comme la lune.
Saint Rémi
C'est-à-dire: «Que nous importe qu'il soit innocent, cela vous regarde», c'est-à-dire on verra quelle est la nature de votre action. Il en est qui prétendent qu'on doit réunir ces deux membres de phrase en tradui sant de cette manière: «Que paraissez-vous à nos yeux? qu'êtes-vous pour nous ?» c'est-à-dire que devons-nous penser de vous qui confessez l'innocence de celui que vous avez trahi.
Origène
Que ceux qui inventent des fables sur les natures essentiellement différentes, nous di sent d'où vient que Judas, après avoir reconnu son crime, s'écrie: «J'ai péché, en livrant le sang innocent», si ce n'est en vertu du bon plant et des semences de vertu que Dieu répand dans toute âme raisonnable, mais que Judas ne prit pas soin de cultiver, ce qui fut cause qu'il commit ce crime affreux. Mais s'il est dans la nature de certains hommes de se perdre, qui plus que Judas appartint à cette nature? Si Judas avait tenu ce langage après la résurrection du Sauveur, on aurait pu dire que c'était la gloire et la puissance de la résurrection qui l'avait porté à se repentir; mais c'est au moment qu'il voit Jésus livré à Pilate qu'il est touché de re pentir. Peut-être se rappelle-t-il alors les prédictions fréquentes que Jésus a faites de sa résur rection; peut-être aussi Satan, qui était entré en lui, ne le quitta point que Jésus ne fût livré à Pilate? Mais, après avoir obtenu ce qu'il voulait, il se retira de lui, et c'est alors que le repentir pût avoir accès dans son âme. Mais comment Judas pût-il savoir la condamnation de Jésus? car Pilate ne l'avait pas encore interrogé. On peut répondre que, le voyant entre les mains de ses ennemis, il vit dans les prévisions de son esprit, quels en seraient les résultats. Il en est qui prétendent que ces paroles: «Judas voyant qu'il était condamné»,se rapportent, non pas à Jésus, mais à Judas lui-même, car c'est alors qu'il mesura toute l'étendue du crime qu'il venait de commettre, et qu'il comprit qu'il était condamné.

Bien qu'il dise: «J'ai péché en livrant le sang innocent», il persévère dans la perfidie de son impié té, en continuant de croire, jusque dans les derniers moments de sa vie, et aux approches de la mort, que Jésus n'était pas le Fils de Dieu, mais seulement un homme d'une condition sembla ble à la nôtre, car il aurait certainement fléchi sa miséricorde, s'il n'avait pas refusé de recon naître sa toute-puissance.