Matthieu 27, 38
Alors on crucifia avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche.
Alors on crucifia avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche.
Après que Jésus eût été attaché à la croix ou, mieux encore, pendant son propre
crucifiement, puisque chaque condamné avait une escouade spéciale de soldats chargée de son exécution. -
Deux voleurs. Le substantif grec désigne plutôt des brigands que des voleurs vulgaires. Les deux larrons
crucifiés avec Jésus faisaient sans doute partie de ces bandes qui, au dire de l'historien Josèphe, Ant. 16, 10,
8 ; 20, 8, 10 ; Bell. Jud. 2, 12-13, infestaient alors la Palestine, et dont un nombre considérable furent condamnés au supplice de la croix sous le gouvernement de Félix ; peut-être même, comme on l'a parfois
conjecturé, étaient-ils les complices de Barabbas. Voir dans S. Luc, 23, 39-43, de touchants détails sur leurs
derniers moments. Jésus était placé entre eux, à la place la plus humiliante dans cette circonstance.
2854. Ensuite est présentée l’association : ALORS FURENT CRUCIFIÉS AVEC LUI DEUX BRIGANDS. Tels furent ceux avec qui il fut associé, car il [se retrouva] entre deux brigands, comme un malfaiteur. Ainsi Is 53, 12 : Et il a été mis au rang des méchants. Mais il y en avait UN À DROITE, ET UN AUTRE À GAUCHE. Il accueillit la croix comme un juge : en effet, comme certains se trouvent à droite et d’autres à gauche lors d’un jugement, de même [en est-il] ici. Par cela est donc indiqué qu’il est le juge des vivants et des morts. Ph 2, 9 : C’est pourquoi Dieu l’a élevé, et il lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. Jb 36, 17 : Ta cause a été jugée comme si c’était celle d’un impie ; ta cause sera revue et tu recevras justice. De même, par le fait que l’un était à droite et l’autre à gauche, est-il indiqué que le Christ a souffert pour tous. Cependant, certains croient, et d’autres ne croient pas. 1 Co 1, 23 : Mais nous, nous annonçons le Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens. Ou bien, on peut dire que certains supportent la croix pour Dieu, et ceux-là se trouvent à droite ; mais d’autres [ne la supportent] pas pour Dieu, mais pour le monde, et ceux-là sont à gauche.
La GloseL'Évangéliste vient de nous raconter comment Jésus-Christ fut conduit au lieu de son crucifiement; il poursuit le récit de sa douloureuse passion, et nous décrit son genre de mort: «Après qu'ils l'eurent crucifié», etc.
L'arbre de la croix peut aussi représenter l'Église répandue dans les quatre parties du monde.
Ou bien, dans le sens moral, la largeur de la croix signifié la joie qui ac compagne les bonnes oeuvres, car la tristesse resserre le coeur; la largeur de la croix, c'est la barre transversale où les mains de Jésus sont clouées, et, par les mains, il faut entendre les oeu vres. Le haut de la croix, où la tête repose, représente l'attente de la récompense que nous réserve la justice sublime de Dieu. La longueur de la croix, sur laquelle le reste du corps est étendu, figure la patience, et de là vient qu'on dit de ceux qui sont patients, qu'ils ont de la longanimité. La partie de la croix qui s'enfonce dans la terre est le symbole des profondeurs que renferme ce mystère.
Deux voleurs sont crucifiés, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, pour nous montrer dans ces suppli ces figuratifs le discernement et la séparation que Jésus-Christ doit faire de tous les hommes au jugement dernier. La passion de Jésus-Christ renferme donc le mystère de notre salut, et la puissance du Rédempteur s'est fait un degré, pour monter dans la gloire, de cet instrument, que l'iniquité des Juifs avait préparé pour son supplice.
Ou bien, ces deux voleurs représentent tous ceux qui embrassent la pratique sévère d'une vie mortifiée, ceux qui entrent dans cette vie par le seul désir de plaire à Dieu sont figurés par le voleur qui est crucifié à droite; et ceux qui n'agissent que pour obtenir la gloire qui vient des hommes, ou pour un autre motif aussi peu digne, le voleur qui est crucifié à gauche.
La sagesse de Dieu s'est revêtue de notre humanité, pour nous donner l'exemple d'une vie irré prochable. Or, un homme d'une vie irrépréhensible ne doit pas redouter ce qui n'est pas à craindre, Il y a cependant des hommes qui, sans craindre la mort elle-même, redoutent certain genre de mort. Il a donc été nécessaire de leur montrer, par l'exemple de cet homme-Dieu, qu'il n'y a aucun genre de mort redoutable pour un homme juste et vertueux, car la mort sur la croix était de toutes les morts la plus horrible et la plus effroyable.
Que votre sainteté considère, mes frères, quelle a été la grande puissance de la croix. Adam n'a tenu aucun cas du commandement de Dieu, en mangeant du fruit de l'arbre; mais tout ce qu'Adam a perdu, Jésus-Christ l'a retrouvé sur la croix. Une arche de bois a sauvé le genre humain des eaux du déluge; Moïse a divisé les eaux de la mer avec sa verge devant les Hébreux qui sortaient de l'Egypte, et, avec cette même verge, il terrassa Pharaon et délivra le peuple de Dieu. Moïse jeta encore du bois dans l'eau et changea ainsi son amertume en dou ceur; c'est encore en frappant avec une verge de bois le rocher spirituel et figuratif qu'il en fit jaillir une eau salutaire, et, pour obtenir la défaite d'Amalech, c'est autour de la verge que Moïse étend les bras. Enfin, la loi de Dieu est confiée à l'arche d'alliance qui est de bois, et c'est par toutes ces figures que nous arrivons, comme par autant de degrés, jusqu'au bois de la croix.
Saint Mathieu raconte sommairement la scène du crucifiement; saint Jean entre dans de plus grands détails: «Les soldats, dit-il, après l'avoir crucifié, prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une pour chaque soldat»; ils prirent aussi sa tunique; or cette tunique était sans couture.
De même que Jésus s'est rendu malédiction pour nous sur la croix, il consent à être crucifié comme un criminel entre deux criminels.
Jésus-Christ a voulu souffrir sur un arbre élevé, entre le ciel et la terre, comme pour purifier la nature de l'air; mais la terre elle-même éprouvait un bienfait semblable, purifiée qu'elle était par le sang qui découlait du côté du Sau veur.
Considérez quelle grande humiliation pour Jésus-Christ. Ils le traitent à l'égal du plus vil scélérat, tandis qu'ils ne font rien de semblable à l'égard des voleurs, car on ne partageait les vêtements que des criminels de la condition la plus vile et la plus abjecte, et qui ne possédaient rien autre chose.
C'est ainsi que, sur le bois de la croix, nous voyons suspendu la vie et le salut de tous les hommes. «Après qu'ils l'eurent crucifié», etc.
Ou bien, dans un autre sens, les deux larrons qui sont crucifiés, l'un à sa gauche, l'autre à sa droite, figurent que l'universalité des hommes est appelée à profiter du bienfait de la passion du Sauveur; mais, comme la différence qui existe entre les fidèles et les infidèles établit entre eux une séparation marquée par la gauche et par la droite, l'un des deux placé à la droite de Jésus est sauvé par la justification qui vient de la foi.