Matthieu 27, 37

Au-dessus de sa tête ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »

Au-dessus de sa tête ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »
Fulcran Vigouroux
Celui-ci est Jésus, roi des Juifs. « Un écriteau destiné à faire connaître les motifs de la condamnation [était] porté en avant du condamné, ou attaché à son cou ; il était parfois remplacé par une proclamation du crieur public, annonçant le nom du criminel et l’arrêt de la justice. Il était préparé quand Notre-Seigneur sortit du prétoire, afin de le précéder dans le long parcours de la voie douloureuse. Le titre ne tenait pas encore à la croix, à laquelle il ne fut attaché avec des clous que sur le Calvaire. » Les trois premiers évangélistes n’ont pas rapporté l’inscription ; ils n’en ont donné que le sens. Saint Jean est le seul qui l’ait littéralement reproduite, en nous apprenant qu’elle portait ces mots : Jésus de Nazareth, roi des Juifs, écrits en trois langues, en hébreu ou araméen, en grec et en latin. L’église de Sainte-Croix de Jérusalem, à Rome, possède un fragment considérable du titre de la croix. « C’est une petite planche [de chêne ou bien de sycomore ou de peuplier], de 235 millimètres de largeur sur 130 millimètres de hauteur, sillonnée de trous de vers. On y voit très distinctement deux restes d’inscription grecque et romaine, et dans le haut, l’extrémité de quelques lignes courbes qui paraissent être ceux d’une troisième inscription [en lettres hébraïques]. La seconde inscription porte : Nazarenous (en caractères grecs) et la troisième NAZARENUS RE. Les lettres sont légèrement en creux, comme si elles avaient été tracées avec cet outil particulier dont les charpentiers se servent de nos jours pour marquer le bois, ou simplement avec une petite gouge. Elles ont de 28 millimètres à 30 millimètres. Peintes en rouge sur un fond blanc, elles devaient être très visibles à la hauteur où Ponce Pilate les fit placer. Les mots sont écrits [au rebours] de droite à gauche, en suivant l’ordre du titre hébreu, et les lettres sont renversées, comme si on les voyait dans une glace. » (ROHAULT DE FLEURY.) Le titre de la croix, dans son intégrité, devait avoir approximativement 65 centimètres sur 20.
Louis-Claude Fillion
Ils mirent. Plusieurs exégètes croient devoir donner au parfait le sens du plus-que-parfait, parce qu'ils supposent à bon droit que la tablette avait été attachée à la croix avant le tirage au sort des vêtements de Jésus. D'autres, pour le même motif, vont jusqu'à dire qu'il y aurait eu dans ce passage, par la maladresse des copistes, une transposition des versets : l'ordre primitif eût été, vv. 33, 34, 37, 38, 35, 36, 39. Enfin, M. Fouard, La Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, p. 122, conjecture que, dans la précipitation avec laquelle Jésus fut condamné et traîné au supplice, on aurait oublié d'abord l'inscription : Pilate se serait souvenu plus tard seulement de cette formalité légale, et le titre ne serait parvenu sur le Calvaire qu'après la fin du crucifiement. Les deux dernières hypothèses nous paraissent peu vraisemblables ; la première est plus naturelle, mais elle n'est nullement nécessaire, car l'on peut très bien traduire par le parfait : quand l'opération du crucifiement fut achevée, les soldats placèrent l'inscription sur la croix, au-dessus de la tête du crucifié. C'était une petite planche, habituellement blanchie au gypse, et nommée dans le langage juridique « titulus » ou « elogium » par les Latins, cf. Luc. 23, 38. L'indication du crime du supplicié y était écrite en abrégé. Elle était souvent portée en avant du condamné ou suspendue à son cou tandis qu'on le conduisait du prétoire au lieu de l'exécution. Elle était écrite le plus souvent en noir, parfois en caractères rouges. Nous savons, cf. Luc 23, 38, que l'inscription de Jésus-Christ était écrite en trois langues, en grec, latin et hébreux, pour que tout le monde pût la comprendre. Elle varie dans les quatre Évangiles, bien qu'elle soit partout la même quant à la substance. D'après S. Matthieu, elle exprimait : 1° le nom du coupable (celui-ci est Jésus), 2° la nature de sa faute (le roi des Juifs). Roi des Juifs, c'est-à-dire, qui se dit roi des Juifs ; c'était un crime de lèse-majesté romaine.
Saint Thomas d'Aquin
2853. Puis vient ensuite l’inscription : ILS PLACÈRENT AU-DESSUS DE SA TÊTE LE MOTIF DE SA CONDAMNATION AINSI LIBELLÉ, etc. Et il faut remarquer que ce qu’ils avaient fait sur ordre pour sa honte a tourné à son honneur. Ainsi, ILS PLACÈRENT AU-DESSUS DE SA TÊTE LE MOTIF DE SA CONDAMNATION, c’est-à-dire la raison pour laquelle il subissait la passion. On trouve écrit en Ap 19, 16 : Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Ce que [le gouverneur] dit : ROI DES JUIFS, est en rapport avec l’honneur [du Christ], car il allait devenir le roi de toutes les nations. Ps 2, 6: Car moi, j’ai été établi par lui roi sur Sion, sa sainte montagne.
Rabanus Maurus
Comme il est tout à la fois prêtre et roi, en même temps qu'il offre sur l'autel de la croix sa chair comme victime, l'inscription de cette croix établit sa dignité royale. Cette inscription n'est pas placée au bas, mais au haut de la croix, car, quoique l'infirmité de la chair du Sauveur souffrait sur la croix, l'éclat de la majesté royale ne laissait pas de briller au-dessus de la croix, et loin de la lui faire perdre, sa croix l'affermit d'une manière plus parfaite.
Saint Rémi
C'est par l'effet d'un conseil tout divin que cette inscription fut placée au-dessus de la tête de Jésus, afin que les Juifs fussent forcés de recon naître que, même en le mettant à mort, ils n'avaient pu faire qu'il ne fût pas leur roi, car, loin de perdre sa royauté, il l'a bien plutôt consolidée par la mort ignominieuse de la croix.
Saint Jérôme
Or, cette circonstance avait été prédite par le Roi-prophète, et c'est pour cela que l'Évangéliste ajoute: «Afin que cette parole de l'Écriture fût accomplie: Ils ont partagé entre eux mes vêtements, et ils ont tiré ma robe au sort» ( Ps 22,19 ) «Et s'étant assis, ils le gardaient», c'est-à-dire les soldats. Le soin que prirent les sol dats et les prêtres de garder Jésus nous a grandement servi, en rendant plus certaine et plus évidente la puissance de sa résurrection: «Et ils mirent au-dessus de sa tête le sujet de sa condamnation écrit en ces termes: Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs». Je ne puis assez admirer ce fait vraiment extraordinaire, qu'après avoir acheté des faux témoins, et cherché à soulever de toute manière, contre Jésus-Christ, ce peuple infortuné, ils n'aient pu trouver d'autre cause de sa mort, si ce n'est qu'il était le roi des Juifs. Peut-être aussi mirent-ils cette inscription par dérision et pour se moquer de lui.
Origène
Le grand prêtre devait, d'après le texte de la loi, porter écrit sur son front le saint nom de Dieu ( Ex 28,36 ); mais le véritable prince des prêtres et le vrai roi Jésus porte écrit au haut de sa croix: «Celui-ci est le roi des Juifs». En montant vers son Père, au lieu des let tres dont se compose ce nom, et du nom qui lui est donné, il a son Père lui-même.