Matthieu 27, 34

ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire.

ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire.
Louis-Claude Fillion
« Donnez des liqueurs fortes à celui qui périt, et du vin à celui qui a l'amertume dans l'âme : Qu'il boive et oublie sa pauvreté, et qu'il ne se souvienne plus de ses peines ». De ce passage du livre des Proverbes, 31, 6, 7, était née chez les Juifs, à une époque déjà reculée, la coutume d'offrir aux condamnés, au moment où allait commencer leur supplice, une coupe remplie d'un breuvage énergique qui, les enivrant à demi, les rendait moins sensibles à la violence des tortures. C'était habituellement une mixture composée d'un vin généreux et de myrrhe ou d'encens : la propriété qu'elle avait d'engourdir ou même de paralyser l'esprit lui avait valu chez les Romains le nom significatif de « sopor ». À Jérusalem, les dames de la plus haute noblesse s'étaient réservé le privilège de la préparer. Cf. Lightfoot, Hor. Talm. in Matth. h. l. ; Kippingius, de Cruce p. 67 et ss. C'est à cet usage que S. Matthieu fait actuellement allusion de concert avec S. Marc, 15, 23. Toutefois, tandis que le second évangéliste parle clairement de « vin myrrhé », le premier emploie des expressions d'après lesquelles, si on les prenait à la lettre, il s'agirait moins d'un adoucissement apporté aux souffrances de Jésus, que d'une nouvelle insulte ajoutée à toutes celles qu'il avait déjà subies. « Ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel », ou même d'après la Recepta grecque, « du vinaigre mêlé de fiel ». Mais, outre que la plupart des versions et de nombreux manuscrits portent « vinum », comme la Vulgate, on doit se rappeler que le même mot grec peut représenter le vin et le vinaigre, de même myrrhe peut s'appliquer à toutes les substances amères. Cf. Bretschneider, lexic. Man. t. 2, 615. Il n'est donc pas impossible de ramener sur ce point la narration de S. Matthieu à celle de S. Marc. Un vin mêlé d'amertume ne diffère pas beaucoup du vin mêlé de myrrhe. Au reste, S. Matthieu semble avoir voulu, lorsqu'il écrivait ce passage, faire allusion au Psaume prophétique 69, où il est dit, v. 21 : « Ils mettent du fiel dans ma nourriture, et, pour apaiser ma soif, ils m'abreuvent de vinaigre ». Il aura sacrifié l'exactitude parfaite au désir de faire un beau rapprochement. - Quand il l'eut goûté. Jésus se contenta de tremper ses lèvres desséchées dans le breuvage que lui avaient préparé des mains amies. Mais ce fut tout : il ne voulut pas boire. On comprend le motif qui dicta son refus. Celui qui vient racheter l'humanité par ses souffrances veut endurer le dernier supplice sans la moindre mitigation, avec une conscience pleine et entière. A d'autres les mélanges qui engourdissent l'esprit et les sens : le Christ doit avoir toutes les puissances de son âme parfaitement vivantes tandis qu'il se sacrifiera pour nous. C'est pour cela qu'il éloigne le calice de vin aromatisé que lui présentaient des personnes bien intentionnées, mais peu intelligentes de sa vraie nature et de son vrai rôle.
Saint Thomas d'Aquin
2846. Puis, on raconte ce qui est arrivé lors de sa crucifixion : premièrement, comment on le fit boire ; deuxièmement, sa crucifixion ; troisièmement, d’autres choses qui sont arrivées.

À propos du premier point, on présente d’abord ce qui lui est offert ; deuxièmement, comment [Jésus] se comporta par rapport à ce qu’on lui offrait.

2847. [Matthieu] dit donc : ILS LUI DONNÈRENT À BOIRE DU VIN MÊLÉ DE FIEL. On voulait que tous ses sens souffrent : la vue souffrit par les crachats et les veilles ; l’ouïe, par les blasphèmes et les paroles de dérision ; le toucher, parce qu’il fut flagellé. On voulut donc que le goût aussi souffre. Ce qui est dit en Ps 58[59], 22 s’est accompli : Ils m’ont donné du fiel comme nourriture, et ils m’ont donné du vinaigre pour apaiser ma soif. Et Jr 2, 21 : Comment es-tu devenue mauvaise, une vigne étrangère ?

2848. Mais une question se pose, car, en Mc 15, 23, on dit qu’on lui donna du vin assaisonné de myrrhe. Il faut dire que la myrrhe est très amère, et que le vin mêlé de fiel est amer. Or, on a coutume de donner à tout ce qui est amer le nom de fiel. À la vérité, le vin était donc assaisonné de myrrhe, mais on dit que cela ressemblait à du fiel. Par cela était signifié que [le Christ] portait l’amertume de nos péchés.

2849. Ensuite est présentée la manière dont [Jésus] se comporta : LORSQU’IL LUI EUT GOÛTÉ, IL NE VOULUT POINT LE BOIRE. Mais que veut dire Marc lorsqu’il dit qu’IL LE PRIT, alors que [Matthieu] dit qu’IL LE GOÛTA ? On peut dire qu’il ne le prit que pour le goûter. Cela indique qu’il a goûté à la mort : il est aussitôt ressuscité, il a donc à peine goûté à la mort, puisqu’il était libre parmi les morts, Ps 87[88], 6.
Rabanus Maurus
Golgo tha est un nom syriaque, qui signifie Calvaire.
Saint Grégoire le Grand
Ou bien, dans un autre sens, Simon, qui porte la croix du Seigneur, parce qu'il y est contraint, est la figure de ceux qui sont à la fois mortifiés et pleins d'orgueil; ils affligent leur chair par les privations extérieures, mais n'ont aucun souci du fruit intérieur de la mortification. C'est ainsi que Si mon porte la croix, mais sans mourir sur la croix, et il représente les chrétiens mortifiés et su perbes, qui châtient leur corps par les oeuvres de la mortification, mais qui vivent encore au monde par le dé sir de la vaine gloire.
Saint Rémi
Ce Simon n'était pas de Jérusalem, mais il était étranger et voyageur; il était de Cyrène, qui est une ville de Libye. Or, le nom de Simon veut dire obéissant, et celui de cyrénéen, héritier, et il est une belle figure du peuple des Gentils, qui était étranger aux alliances et aux testaments de Dieu, mais qui est devenu, par sa foi, le concitoyen des saints, et l'héritier de la maison de Dieu.
Saint Augustin
Tout ceci s'est passé vers la fin, lorsque Jésus-Christ était emmené pour être crucifié, c'est-à-dire après que Pilate l'eut livré aux Juifs.

Saint Marc dit: «Ils lui donnaient à boire du vin mêlé avec de la myrrhe». Saint Mathieu se sert du mot fiel, pour exprimer l'amertume de ce vin, car le vin mêlé à la myrrhe est fort amer. Il n'est pas impossible non plus que ce fut le fiel et la myrrhe réunis qui rendirent ce vin fort amer.
Saint Jérôme
J'ai entendu donner cette explication que le Calvaire était le lieu de la sépulture d'Adam, et que ce lieu avait reçu le nom de Cal vaire, parce que la tête du premier homme s'y trouvait ensevelie. C'est une interprétation qui peut obtenir de la vogue et flatte agréablement l'esprit du peuple, mais qui n'est pas fondée, car en dehors de la ville, et au delà des portes, se trouve le lieu où l'on tranche la tête aux condamnés, et c'est de là que lui est venue le nom de Calvaire, ou lieu des décapités. Or Jésus fut crucifié en ce lieu, pour ériger l'étendard du martyre dans l'endroit même où les condamnés souffraient le dernier supplice. Quant au premier homme, il fut enterré, comme nous le lisons dans le livre de Josué ( Jos 14,15 ), près d'Hébron et d'Arbé.

Dans le sens mystique, nous voyons ici les nations se charger de la croix, et l'obéissance de l'étranger porter l'ignominie du Sauveur.
Saint Hilaire de Poitiers
Le lieu du crucifiement fut choisi de manière que, placé au milieu de la terre, il se présentât également à tous les peuples de la terre, pour leur donner la connaissance de Dieu.

Ou bien, il a refusé de boire ce vin mêlé de fiel, parce que l'amertume des péchés ne doit point se mêler à l'incorruptibilité de la gloire éternelle.
Origène
Il est dit du manteau qu'ils l'en dépouillèrent, tandis qu'aucun des évangélistes ne dit rien de semblable de la couronne d'épines, pour nous apprendre qu'il ne nous reste plus rien de nos anciennes épines, depuis que Jésus-Christ les a prises pour les placer sur sa tête vénéra ble.