Matthieu 27, 26
Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié.
Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié.
Le supplice de la croix était la peine des esclaves, des voleurs, mais surtout des séditieux, suivant les lois romaines. Les Hébreux, selon Maimonide, ne crucifiaient régulièrement pas les hommes en vie, mais après leur mort ; ils les attachaient au poteau et les en détachaient avant le coucher du soleil. Comparer à Deutéronome, 21, vv. 22, 23.
C'est la consommation de l'infamie à laquelle Pilate avait misérablement consenti.
Il leur abandonne Barabbas dont ils ont demandé la mise en liberté, puis il remet Jésus à ses propres licteurs
pour qu'ils lui fassent subir le supplice de la croix. Mais pourquoi, auparavant, fit-il flageller le divin
Maître ? Il existe sur ce point deux conjectures principales. Pour les bien comprendre, il faut savoir que,
d'après le code criminel des Romains, la flagellation pouvait être infligée dans trois conditions distinctes : 1°
comme moyen d'extorquer des aveux à l'accusé : c'est ce qu'on appelait mettre à la question ; 2° comme châtiment proprement dit, inférieur à la peine de mort ; 3° comme partie intégrante du crucifiement ? Cela
posé, et rien ne montrant, dans le récit évangélique, que Jésus ait été flagellé pour qu'il avouât de prétendus
crimes, on peut faire les hypothèses suivantes : Ou sa flagellation était, dans l'intention de Pilate, un supplice
qui terminerait le procès et au-delà duquel le gouverneur ne se laisserait pas entraîner par la violence des
Juifs ; ou elle ne fut qu'un terrible prélude de la mort sur la croix. Saint Jérôme admet ce second sentiment
lorsqu'il écrit : « Pilate ne fit en cela qu'exécuter la loi romaine, qui ordonnait de flageller d'abord celui qui
devait être crucifié » (Comm. in h. l.). S. Jean Chrysostôme et S. Augustin (Traité 116) favorisent la première
opinion. « L'unique dessein de Pilate était, sans doute, d'assouvir la rage des Juifs par le spectacle de ses
tourments, de les forcer ainsi à se déclarer satisfaits, et de les amener à ne point pousser la cruauté jusqu'à le
faire mourir ». Et telle est bien, croyons-nous, l'impression qui résulte de la narration de S. Jean, ch. 18 et 19,
où l'on voit que Pilate ne chercha, dans la flagellation de Notre-Seigneur, qu'un nouvel expédient pour le
sauver, qu'un nouveau moyen d'apitoyer les Juifs. Quoi qu'il en soit, le divin Maître fut cruellement flagellé.
« Jésus est alors livré aux soldats, pour être frappé; et ils déchirent avec des fouets ce corps très saint, cette
poitrine divine. Tout cela s'est fait, parce qu'il est écrit: « De nombreux coups de fouets sont réservés aux
pécheurs » ( Ps 32,10 ), et que cette flagellation nous en délivre, car l'Écriture dit à l'homme juste : le mal
n'approchera point de toi, ni le fouet de ton tabernacle », S. Jérôme in h.l. – Flageller. Que d'affreuses
tortures dans cette simple parole : Horace appelle à bon droit la flagellation « un supplice horrible ». Le
condamné, après qu'on avait mis à nu la partie supérieure de son corps, était attaché à une colonne assez
basse, de manière à courber le dos ; il se trouvait ainsi exposé à toute la violence des coups. Des licteurs, ou à
leur défaut des soldats, s'armaient alors de verges flexibles, ou de bâtons, ou de fouets composés de lanières
de cuir et munis tantôt d'aiguillons tantôt d'osselets ou de balles de plomb ; puis ils frappaient de toutes leurs
forces la malheureuse victime. Le sang jaillissait, les chairs volaient en lambeaux ; bientôt le patient tombait
évanoui aux pieds de ses bourreaux, qui n'en continuaient pas moins leur besogne farouche. Le nombre de
coups n'était limité par aucune loi chez les Romains ; tout était abandonné sous ce rapport à l'arbitraire des
licteurs. Aussi arrivait-il fréquemment que, lorsqu'ils s'arrêtaient épuisés, ils ne trouvaient plus qu'un cadavre
horriblement défiguré. (Voir la description d'une flagellation dans Cicéron, In Verrem, 5 ; cf. Philon, in Flacc.
§ 10). Tel fut le supplice enduré par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Comme un vulgaire criminel, il fut lié à
une petite colonne qu'on vénérait dès le quatrième siècle à Jérusalem, cf. Itiner. Burdigal, p. 590, ed.
Wesseling, et qui fut transportée depuis à Rome, dans l'église de Sainte Praxède (voir le savant Mémoire de
M. Rohault de Fleury sur les instruments de la Passion, p. 264 et ss.). Son divin corps fut déchiré par de
nombreux coups de fouet ; son sang coula abondamment. Mais les Juifs demeurèrent sans pitié. Comme des
bêtes fauves qui, après avoir goûté du sang, en veulent jusqu'à satiété, ils furent eux aussi de plus en plus
altérés : il fallait le crucifiement pour assouvir leur soif féroce. - Il le leur livra. Toutefois, ce ne fut pas
immédiatement que Pilate consentit à laisser crucifier Jésus. Nous verrons dans le quatrième Évangile, 14, 4-
16, qu'après la flagellation il essaya encore de l'arracher à la mort. En outre, ce ne fut pas directement aux
Juifs qu'il le livra, mais aux soldats de la garnison, qui étaient seuls chargés d'exécuter la sentence.
2831. ALORS IL LEUR RELÂCHA BARABBAS. RELÂCHA, c’est-à-dire qu’il le libéra de la sentence de mort.
QUANT À JÉSUS, APRÈS L’AVOIR FAIT FLAGELLER, IL LE LEUR LIVRA POUR ÊTRE CRUCIFIÉ. Et pourquoi l’avoir fait flageller ? Jérôme dit que c’était la coutume des Romains que le condamné à mort soit d’abord flagellé. Et comme il est dit en Jn 19, 1, [Pilate] lui-même le flagella. S’accomplit donc en lui ce qu’on lit en Ps 37, 18 : Je me prépare au fouet. Certains disent que [Pilate] l’a flagellé afin de susciter leur pitié et qu’ils le relâchent après qu’il eut été flagellé.
QUANT À JÉSUS, APRÈS L’AVOIR FAIT FLAGELLER, IL LE LEUR LIVRA POUR ÊTRE CRUCIFIÉ. Et pourquoi l’avoir fait flageller ? Jérôme dit que c’était la coutume des Romains que le condamné à mort soit d’abord flagellé. Et comme il est dit en Jn 19, 1, [Pilate] lui-même le flagella. S’accomplit donc en lui ce qu’on lit en Ps 37, 18 : Je me prépare au fouet. Certains disent que [Pilate] l’a flagellé afin de susciter leur pitié et qu’ils le relâchent après qu’il eut été flagellé.
La GloseL'Évangéliste nous apprend pourquoi Pilate travaillait à délivrer le Sauveur: «Car il savait que c'était par envie qu'ils l'avaient livré».
Remarquons que le tribunal est le siège des juges, le trône, celui des rois, et la chaire celui des docteurs. Or, la femme d'un païen comprit dans un songe et dans une vision, ce que les Juifs ne voulurent ni croire ni comprendre en plein jour.
Ou bien dans un autre sens, le démon comprend enfin que Jésus-Christ va lui arracher ses dépouilles, il reprend donc le plan qu'il avait suivi dès le commencement, en introduisant la mort dans le monde par une femme, et il veut encore, par l'entremise d'une autre femme, arracher Jésus des mains des Juifs pour ne point perdre, par sa mort, l'empire de la mort qu'il avait sur tous les hommes.
Le crime des Juifs surpasse de beaucoup la faute de Pilate, mais il ne laisse pas toutefois d'être coupable, lui qui sacrifie ses convictions personnelles pour se rendre complice du crime d'autrui: «Alors il leur accorda la délivrance de Barrabas, et après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié».
Saint Jean nous fait connaître la cause de cette envie, en nous racontant ce qu'ils se disaient entre eux: «Voici que tout le monde le suit, et si nous le laissons ainsi, tous finiront par croire en lui» ( Jn 11,48 ). Il faut remarquer qu'au lieu de ce que nous lisons dans saint Matthieu: «Ou Jésus qui est appelé Christ ?» Saint Marc dit: «Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs ?» Car les rois des Juifs seuls recevaient l'onction, et le nom de christ à cause de cette onction.
C'est ainsi que Dieu épouvante le juge dans la personne de sa femme, et afin qu'il ne se rende point, par sa sentence, complice du crime des Juifs, il trouve son propre jugement dans la vision et dans les inquiétudes de sa femme; il est jugé, lui qui a le pouvoir de juger, et il souffre le premier avant qu'il en fasse souffrir un autre.
Pilate discuta long temps avec les Juifs, dans le désir de délivrer Jésus, ce que saint Matthieu nous indique en ces quelques mots: «Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte ne faisait qu'augmenter», réflexion qui prouve que Pilate avait fait les plus grands efforts (bien que l'Évangéliste n'entre pas dans le détail) pour arracher Jésus à leur fureur.
Voici qu'on s'apprête à flageller le Seigneur, voici qu'on le frappe, sa peau se déchire sous la violence des coups de fouets, et ces coups, que la cruauté multiplie, laissent sur ses épaules leurs traces sanglantes. O douleur ! Un Dieu est là étendu devant l'homme, et il souffre le châtiment des vils criminels, lui en qui on n'a pu trouver aucune trace de péché.
Or, tout cela s'est fait, parce qu'il est écrit: «De nombreux coups de fouets sont réservés aux pécheurs» ( Ps 32,10 ), et que cette flagellation nous en délivre. Pilate, en se lavant les mains, proclame que les oeuvres des Gentils sont puri fiées, et que nous devenons étrangers à l'impiété des Juifs.
Barrabas, l'homme qui excitait des séditions, et qui est délivré à la demande des Juifs, est la figure du démon qui règne jusqu'à présent sur eux, et leur rend ainsi toute paix impossible.
Il faut observer aussi que Dieu s'est souvent servi de songes pour révéler la vérité aux Gentils, et que Pilate et sa femme, confessant l'innocence du Seigneur, personnifient en eux le témoignage rendu à Jésus-Christ par les Gen tils.
Pilate ne fit en cela qu'exécuter la loi romaine, qui ordonnait de flageller d'abord celui qui devait être crucifié. Jésus fut donc livré aux soldats pour être flagellé, et les coups de fouets déchirèrent le corps si saint, et cette poitrine où Dieu reposait.
Comme Jésus n'avait répondu aux accusations des Juifs rien qui permit à Pilate de le renvoyer déchargé des crimes qu'on lui reprochait, il a recours à un autre expédient pour le délivrer. «Or, le gouverneur avait coutume au jour de la fête de Pâques d'accorder au peuple la délivrance de celui des prisonniers qu'il demandait».
C'est comme s'il leur disait: Si vous ne voulez pas l'absoudre comme in nocent, du moins graciez-le comme coupable à l'occasion de cette grande fête; en effet, ils auraient dû le délivrer malgré des crimes manifestes, àcombien plus forte raison devant des accusations aussi peu fondées. Mais voyez comme les choses sont renversées; c'est le peuple qui ordinairement demande la grâce des condamnés, et le pouvoir qui la leur accorde; ici, c'est le contraire qui arrive; l'autorité fait cette demande au peuple, et le peuple n'en devient que plus acharné à sa proie.
A l'instigation des prêtres, le peuple choisit Barrabas, dont le nom signifie le fils du père. Ce nom est une prophétie de la future infidélité des Juifs, qui préféreront à Jé sus-Christ, l'antéchrist le fils du péché.
Voyons donc mainte nant comment le peuple juif se laisse persuader par les anciens et par les docteurs de la loi, et entraîner à concourir à la mort de Jésus.