Matthieu 25, 45
Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.”
Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.”
Pour les chrétiens, les paroles de Jésus ont encore une autre dimension transcendante. Elles impliquent qu’il faut reconnaître le Christ lui-même dans chaque frère abandonné ou exclu (cf. Mt 25, 40.45). En réalité, la foi fonde la reconnaissance de l’autre sur des motivations inouïes, car celui qui croit peut parvenir à reconnaître que Dieu aime chaque être humain d’un amour infini et qu’« il lui confère ainsi une dignité infinie ». À cela s’ajoute le fait que nous croyons que le Christ a versé son sang pour tous et pour chacun, raison pour laquelle personne ne se trouve hors de son amour universel. Et si nous allons à la source ultime, c’est-à-dire la vie intime de Dieu, nous voyons une communauté de trois Personnes, origine et modèle parfait de toute vie commune. Sur ce point, il y a des développements théologiques de grande portée. La théologie continue de s’enrichir grâce à la réflexion sur cette grande vérité.
L’Église, dans le Magistère de sa foi et dans le témoignage de ses saints, n’a jamais oublié que " les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’endura le divin Rédempteur " (Catech. R. 1, 5, 11 ; cf. He 12, 3). Tenant compte du fait que nos péchés atteignent le Christ Lui-même (cf. Mt 25, 45 ; Ac 9, 4-5), l’Église n’hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus, responsabilité dont ils ont trop souvent accablé uniquement les Juifs :
Dans la multitude d’êtres humains sans pain, sans toit, sans lieu, comment ne pas reconnaître Lazare, mendiant affamé de la parabole (cf. Lc 17, 19-31) ? Comment ne pas entendre Jésus : " A moi non plus vous ne l’avez pas fait " (Mt 25, 45) ?
Alors il répondra. Le
souverain Juge n'acceptera pas cette vaine excuse ; car, dit S. Jérôme, in h. l., « Cela signifie clairement que
dans chaque pauvre, un Christ affamé est nourri, un Christ assoiffé est désaltéré, un Christ errant est logé
sous un toit, un Christ nu est vêtu, un Christ malade reçoit des visites, un Christ emprisonné est réconforté
par des visites ». Il nous avait assez clairement avertis. - À l'un de ces plus petits : ce comparatif équivaut au
superlatif du v. 40. - Vous ne l'avez pas fait. Nous empruntons encore à Schoettgen un texte rabbinique : « Ils
n’ont pas restauré l’âme du pauvre avec de la nourriture et du breuvage. Ni Dieu non plus ; qu’il en soit
béni ! C’est dans le monde futur qu’il recevra leurs âmes. »
2601. Vient ensuite la réfutation : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, CHAQUE FOIS QUE VOUS NE L’AVEZ PAS FAIT, etc. On lit quelque chose de semblable en Lc 10, 16 : Celui qui vous méprise me méprise. Za 2, 8 : Celui qui vous aura touchés a touché à la pupille de mes yeux.
Après les paraboles qui avaient pour objet, la fin du monde, le Seigneur décrit les cir constances du jugement dernier.
Ceux qui seront placés à la droite et à qui le souverain juge dira: «J'ai eu faim», etc., sont ceux qui ont été admis au nombre des élus et appelés à régner éternellement, ceux qui ont lavé dans leurs larmes les taches de leur vie, qui ont racheté leurs péchés passés par toute la suite de leurs oeuvres, et couvert de leurs aumônes, aux yeux du juste juge, toutes les fautes qu'ils avaient commises. Il en est d'autres qui sont appelés à régner sans être soumis au jugement, ce sont ceux qui ont été bien au delà des préceptes de la loi par la perfection de leur vertu.
Ceux à qui le Sauveur tient ce langage, sont les mauvais chrétiens qui sont jugés avant d'être livrés au supplice, tandis, que les infidèles subissent leur châ timent sans jugement préalable. En effet, on ne discutera pas la cause de ceux qui se présentent devant le tribunal du juge sévère et rigoureux avec la sentence de condamnation que leur a méritée leur infidélité. Ce sont ceux qui ont fait profession de la vraie foi sans en avoir les oeu vres, qui auront à subir le jugement avant d'être punis. Ils entendront le souverain juge pro noncer leur sentence, parce qu'ils ont au moins conservé la doctrine de la foi, tandis que les infidèles n'entendront même pas la parole du juge éternel prononçant leur condamnation, parce qu'ils n'ont même pas voulu lui rendre hommage par la confession extérieure de sa parole. C'est ainsi qu'un roi de la terre inflige un châtiment différent au citoyen qui se rend coupable dans l'intérieur du royaume, et à l'ennemi qui l'attaque au dehors; avant de punir le premier, il examine ses droits, tandis qu'il déclare la guerre au second sans s'occuper de ce que la loi renferme sur le châtiment qu'il mérite.
Le Sauveur détruit ainsi l'erreur de ceux qui prétendent qu'il n'a point conservé la forme d'esclave qu'il a revêtu; la majesté dont il parle ici, c'est la divinité qui le rend égal au Père et au Saint-Esprit.
Remarquez que le Seigneur fait ici mention de sept oeuvres différentes de miséricorde, et celui qui aura mis tous ses soins à les accomplir, méritera de posséder le royaume qui a été préparé aux élus dès le commencement du monde.
Dans le sens spirituel, ranimer et nourrir du pain de la parole, ou rafraîchir du breuvage de la sagesse ceux qui ont faim et soif de la justice; recevoir dans le sein de l'Église notre mère, ceux qui s'égarent dans les sentiers de l'hérésie et du péché; supporter ceux qui sont faibles dans la foi, c'est observer les prescrip tions de la vraie charité.
Les impies le verront sous une forme humaine, aussi bien que ceux qui seront placés à la droite; car au jour du jugement il apparaîtra revêtu de notre nature, mais ensuite il se révélera dans sa nature divine, que tous les fidèles désirent ardemment de contempler.
Car il descendra avec ses anges qu'il appellera des hauteurs des cieux pour juger les hommes avec lui, c'est pour cela qu'il ajoute: «Et tous ses anges avec lui».
Ou bien, sous le nom d'anges, il veut désigner ici les hommes qui jugeront avec Jésus-Christ; car les anges sont des envoyés, et nous pou vons donner à juste titre ce nom à tous ceux qui ont été envoyés pour annoncer le salut aux hommes.
Or, ce rassemblem ent se fera par le ministère des anges à qui s'adressent ces paroles: «Rassemblez ses saints autour de lui» ( Ps 50,5 ).
Indépendamment de ce royaume dont le Sauveur doit dire à la fin du monde: «Prenez possession du royaume qui vous a été préparé», l'Église de la terre est aussi appelée son royaume, quoique dans un sens bien différent, royaume où il faut encore combattre contre les ennemis jusqu'à ce que nous parvenions à ce royaume de paix où nous régnerons sans plus craindre d'ennemis.
Mais peut-être quelques-uns diront: Je n'ai point l'ambition de régner, il me suffit d'être sauvé. Or, ce qui les trompe d'abord, c'est qu'il n'y a point de salut à espérer pour ceux qui persévèrent dans l'iniquité. En supposant en suite qu'il y ait une différence entre ceux qui règnent et ceux qui ne règnent pas, il faut, toute fois, que tous les élus fassent partie du même royaume, s'ils ne veulent être comptés parmi les ennemis et les étrangers, et condamnés à périr, alors que tous les autres sont couronnés. Est-ce que tous les Romains ne sont pas en possession de l'empire Romain, bien que tous ne soient pas appelés à le gouverner ?
Nous devons conclure de ce passage, que c'est le même feu qui servira au supplice des hommes et à celui des démons. Mais si le feu doit tourmenter les corps avec lesquels il sera en contact, comment pourra-t-il être le supplice des esprits mauvais, à moins de dire avec quelques-uns que les dé mons ont une certaine espèce de corps, formés de cet air grossier et humide qui nous entoure. Si l'on prétend, au contraire, que les démons ne sont revêtus d'aucun corps, quel qu'il soit, il est inutile de prolonger la discussion sur cette question. Car pourquoi n'admettrions-nous pas que des esprits incorporels, par des moyens aussi vrais qu'ils sont merveilleux, trouvent leur supplice dans la peine d'un feu matériel, puisque les âmes des hommes, qui sont certainement incorporelles, pourront bien alors être unies à leurs corps par des liens indissolu bles, de même qu'elles sont comme enchaînées maintenant dans les corps qu'elles animent. Les démons, bien que d'une nature incorporelle, seront donc comme attachés a ce feu matériel, non pour lui donner la vie, mais pour y trouver leur châtiment. Or, le feu sera corporel, et il sera le tourment tout à la fois des corps des hommes réunis à leurs âmes, et des esprits des démons qui n'ont pas de corps.
Il s'agit donc maintenant du jugement dernier, alors que Jésus-Christ descendra du ciel pour juger les vivants et les morts; nous appelons ce jour du juge ment, le dernier jour, c'est-à-dire le dernier temps; car nous ignorons quelle sera la durée de ce jugement, le mot jour étant pris ici pour le temps selon l'habitude des saintes Écritures. Or, nous appelons ce jugement le dernier jugement, parce que Dieu juge dès maintenant, et il a jugé dès le commencement du monde en éloignant nos premiers parents de l'arbre de vie ( Gn 3,24 ), et en punissant les anges prévaricateurs. Mais dans ce jugement final, les anges seront juges aussi bien que les hommes Par un effet de la puissance divine, toutes les oeuvres bonnes ou mauvaises que les hommes ont faites, seront rappelées au souvenir de chacun d'eux, elles viendront se placer sous les yeux de leur âme avec une étonnante rapidité, pour que leur conscience y trouve le principe de leur condamnation ou de leur justification.
Il faut entendre ces paroles d'après les règles de la prescience de Dieu pour qui l'avenir est comme le passé.
Il les sépare encore en leur donnant une place différente.
Remarquez encore qu'il ne dit pas: Recevez, mais: «Possédez», ou bien: «Héritez», comme d'un bien de famille, comme d'un patrimoine, ou. de biens qui vous sont acquis depuis longtemps: «Possédez ce royaume qui vous est préparé depuis le commencement du monde».
Mais s'ils sont ses frères, pourquoi les appelle-t-il les plus petits? Parce qu'ils sont humbles, parce qu'ils sont pauvres, parce qu'ils sont délaissés. Or, il veut parler ici non-seulement des solitaires qui se sont retirés dans les montagnes, mais de tout fidèle, quel qu'il soit, même de celui qui vit dans le monde; s'il a faim, ou s'il éprouve quelque besoin semblable, il veut que la miséricorde vienne à son secours, car c'est le baptême et la participa tion aux mêmes mystères qui établissent cette fraternité.
Or, considérez que ce n'est point dans une ou deux circonstances, mais dans toutes absolument, qu'ils ont manqué aux devoirs de la miséricorde; car non-seulement ils n'ont pas nourri celui qui avait faim, mais ce qui demandait beaucoup moins de peine, ils n'ont pas visité les malades. Voyez, d'ailleurs, quels devoirs faciles il prescrit. Il ne dit pas: J'étais en prison, et vous ne m'en avez pas fait sortir; j'étais malade, et vous ne m'avez pas guéri, mais: «Vous ne m'avez pas visité, vous n'êtes pas venus à moi». Il ne demande pas non plus pour apaiser sa faim une nourriture recherchée, mais ce qui est strictement nécessaire. Tout se réunit donc pour légitimer le supplice qu'il leur inflige. Premièrement, la facilité de donner ce qui leur était demandé, c'était du pain; secondement, la misère de celui qui leur faisait cette demande, et il était pauvre; troisièmement, la compassion naturelle qu'ils devaient éprouver pour lui, car il était homme; quatrièmement, le désir d'obtenir la récompense pro mise, c'était un royaume; cinquièmement, la dignité de celui qui recevait ces secours, c'était Dieu dans la personne des pauvres; sixièmement, l'honneur extraordinaire que Dieu leur fai sait, en daignant recevoir de leurs mains; septièmement, la justice de cette aumône, puisqu'il ne reçoit que ce qui lui appartient. Mais l'avarice rend les hommes aveugles sur toutes choses.
Ou bien, il veut dire par là qu'il reviendra sur la terre avec cette même gloire dont son corps fut entouré au jour de sa transfiguration sur la montagne. Son trône, ce sont les saints les plus parfaits, dont il est écrit: «Là sont établis les siéges de la justice» ( Ps 122,5 ), ou bien les esprits angéliques, que saint Paul appelle «les Trônes ou les Dominations». ( Col 1,16 )