Matthieu 24, 28
Selon le proverbe : Là où se trouve le cadavre, là se rassembleront les vautours.
Selon le proverbe : Là où se trouve le cadavre, là se rassembleront les vautours.
Tous les hommes ressuscités et renouvelés comme des aigles s’assembleront autour du corps de Jésus-Christ, qui a été immolé pour eux. ― Le corps, le cadavre. ― Les aigles. L’aigle proprement dit ne se nourrit pas de cadavres, ordinairement du moins. L’oiseau de proie dont il s’agit ici est le vautour percnoptère qui ressemble beaucoup à l’aigle et que Pline considère comme formant la quatrième espèce du genre aigle. Nous avons du reste ici une locution proverbiale.
Si l’on en
juge par les nombreuses interprétations qu’a reçues ce verset, il doit contenir une véritable énigme ; les
exégètes ne peuvent tomber d’accord à son sujet. C’est à coup sûr un proverbe, qui rappelle des paroles
analogues de Job, 39, 30, d’Osée, 8, 1, et d’Habacuc, 1, 8. C’est de plus un proverbe prophétique, déjà cité
par Notre-Seigneur dans une autre circonstance. Cf. Luc. 17, 37. Mais quelle est sa portée ? que doit-il
prophétiser ? - Étudions d’abord les deux expressions principales. Corpus signifie certainement « cadavre » ;
le grec ne laisse pas de doute sur ce point. Cf. Bretschneider, Lex, Man. t. 2, p. 365. Aquilœ a un sens général
c’est-à-dire qu’il ne désigne pas uniquement les aigles, mais aussi les vautours, les gros oiseaux de proie. Les
aigles en effet ne se nourrissent pas de cadavres et ils n’existent guère en Palestine, Jésus emploie donc ce
mot dans son acception populaire. Cela posé, la phrase entière rappelle un fait bien connu. « S'il y a un
vautour, attends-toi à trouver un cadavre », disait de même Sénèque. Les oiseaux de proie accourent
promptement aux lieux où se trouvent des cadavres. Passons maintenant à l’application. Ceux qui pensent
qu’ici encore il est question de Jérusalem et de sa ruine, disent que le cadavre figure cette ville corrompue,
tandis que les aigles représenteraient les armées de Rome lancées contre elle (Lightfoot, Wettstein, etc). Les
partisans de cette opinion ne manquent pas de faire observer que les enseignes romaines étaient précisément
surmontées d’un aigle. Mais, nous l’avons vu, le contexte leur donne tort, puisqu’il ne s’agit plus maintenant
que de la fin du monde dans l’instruction de Jésus. Suivant d’autres écrivains, parmi lesquels nous
mentionnerons Bisping, Hengstenberg, de Wette, Kistemaker et Abbott, les cadavres aussi bien que les aigles
doivent se prendre au moral, pour symboliser d’une part la mort spirituelle, le péché, d’autre part les terribles
jugements de Dieu contre les pécheurs. Le sens serait : Comme les cadavres appellent les vautours, de même
la corruption morale appelle les châtiments du ciel. Selon MM. Schegg et Crosby, les aigles sont l’emblème
des faux Christs et des faux prophètes ; le cadavre, la figure du monde pervers des derniers jours. Par
conséquent, les imposteurs se rassemblent là où règne le dérèglement de l’intelligence du cœur. Il est aisé de
voir que ces deux interprétations ne sont pas moins opposées au contexte que la première. Pourquoi ne pas
adopter simplement l’explication traditionnelle, d’après laquelle ce verset serait quant au sens entièrement
parallèle au précédent, et dirait en termes figurés ce que l’autre avait exprimé au propre et directement ?
C’est l’opinion de S. Jean Chrysostôme, de S. Jérôme, du Vén. Bède, d’Euthymius, pour ne citer que
quelques noms anciens, et de la plupart des commentateurs catholiques. « Cela signifie que tous les hommes
seront rassemblés à l'endroit ou lui-même sera, pour y être jugés, comme les aigles se rassemblent autour des
cadavres », Maldonat. Cf Jansenius, Van Steenkiste, Arnoldi, etc.
2428. PARTOUT OÙ IL Y A UN CADAVRE, LÀ SE RASSEMBLERONT LES AIGLES. Quelqu’un pourrait dire : «Ceux-ci disent : “Le Christ est ici ou là.” Comment saurons-nous quand il viendra ?» [Le Seigneur] montre qu’il ne sera pas nécessaire de chercher, car son avènement sera manifeste puisque les autres se rassembleront. Cela ressemblera à ce qui arrive lorsque quelqu’un demande à son seigneur, qui lui cache soigneusement son intention de déplacer son camp fortifié : «Quand déplaceras-tu ton camp ?» Et [le seigneur] répond : «N’as-tu pas entendu la trompe ? Pourquoi demandes-tu cela ?» On dit la même chose ici : «Tu dis qu’il sera ici ou là ; je sais que LÀ OÙ IL Y A UN CADAVRE, LÀ SE RASSEMBLERONT LES AIGLES.» Remarquez qu’en hébreu on trouve anathe, qui est la même chose que «cadavre». [Le Seigneur] a donc voulu indiquer la passion du Christ, car alors viendra le Christ montrant les signes de sa passion. Et il parle en employant une comparaison : LÀ OÙ IL Y A UN CADAVRE, etc. 1 Th 4, 16 : Nous accourrons comme une nuée vers le Christ. Mais certains sont des aigles, d’autres des vautours ou des corbeaux, mais il ne dit pas des vautours ou des corbeaux, mais des AIGLES, par lesquels les saints sont indiqués. Is 40, 31 : Leurs plumes pousseront comme celles des aigles, ils prendront leur envol et ne tomberont pas. Ainsi, comme le dit Jérôme, partout où est fait mémoire de la passion du Christ, les hommes saints doivent être rassemblés par le souvenir perpétuel de sa passion. He 10, 32 : Rappelez-vous les premiers jours où, après avoir été illuminés, vous avez soutenu un grand combat contre les souffrances.
Ou bien, ces paroles ne signifient pas que l'élection divine sera sans effet, mais que ceux qui paraissaient être du nombre des élus au jugement des hommes, seront entraînés dans l'erreur.
Lorsque l'antéchrist aura opéré ces prodiges étonnants en présence des hommes charnels, il les entraînera tous à sa suite; car tous ceux qui placent leurs jouissan ces dans les biens de ce monde, se soumettront sans restriction à son empire. Voilà pourquoi le Sauveur ajoute: «Jusqu'à séduire, s'il était possible, les élus eux-mêmes».
Ou bien, comme le coeur des élus peut être agité par un sentiment de crainte, sans que toutefois leur constance en soit ébranlée, le Sauveur renferme ces deux effets dans une même pensée, et il ajoute: «S'il était possible»; car il ne peut se faire que les élus tombent dans les piéges que leur tend l'erreur.
Ces paroles: «Partout où sera le corps, là s'assembleront les aigles», peuvent encore s'entendre dans ce sens: Comme je suis assis sur le trône des cieux avec le corps que j'ai revêtu dans mon incar nation, je délivrerai les âmes des élus avec leur corps, et je les élèverai jusqu'au ciel.
Gardons-nous cependant de croire que tous les éléments visibles obéissent aveuglément à ces an ges prévaricateurs; ils obéissent bien plutôt à Dieu, qui a donné ce pouvoir aux mauvais anges. Nous ne devons pas non plus donner le nom de créateurs à ces mauvais anges; car d'où vient leur puissance? De ce que la pénétration inhérente à leur nature leur fait connaître les causes productrices cachées des faits naturels, qu'ils les répandent sous l'influence convenable des éléments, et offrent ainsi l'occasion de les produire ou de leur donner de plus grands dévelop pements. Car même parmi les hommes, il en est qui savent quelles herbes, quelles chairs, quels sucs ou quels liquides mélangés ensemble donnent naissance à certains animaux; mais les hommes ne peuvent que difficilement obtenir ce résultat, parce qu'ils manquent de cette intelligence pénétrante et de cette agilité de mouvements que leur refusent leurs membres tout maté riels et privés de l'énergie nécessaire.
Notre-Seigneur nous avertit ici que même les hommes livrés à toute sorte de crimes peuvent opérer certains miracles que les saints ne peuvent faire, sans qu'ils jouissent pour cela d'un plus grand crédit aux yeux de Dieu. En effet, les magiciens d'Egypte n'étaient pas plus agréables à Dieu que le peuple d'Israël, qui ne pouvait faire les prodiges qu'ils opéraient, bien que Moïse en ait opéré de plus éclatants par la puissance de Dieu. Or, Dieu n'a pas donné à tous les saints ce privilège, pour ne pas exposer les âmes faibles à tomber dans cette erreur que le don de faire des miracles est supérieur aux oeuvres de justice, qui seu les nous obtiennent la vie éternelle. Lors donc que les magiciens opèrent des prodiges sembla bles à ceux que font quelquefois les saints, c'est à des titres et par des motifs différents; les uns n'y cherchent que leur propre gloire, les autres que la gloire de Dieu; les premiers agissent alors en vertu d'un certain pouvoir que Dieu a laissé aux esprits de malice, conformément à leur nature, et par certains commerces qu'ils entretiennent avec ces esprits, ou en reconnaissance des services qu'ils leur rendent ( Ep 6,12 Col 2,15 ); les saints, au contraire, n'opèrent ces prodiges qu'au nom de cette puissance souveraine aux ordres de laquelle toute créature est soumise. Qu'un propriétaire soit obligé d'abandonner son cheval à un soldat, qu'il le livre au contraire à celui qui le lui achète, qu'il le donne ou qu'il le prête à qui bon lui sem ble, ce sont choses toutes différentes. Il arrive encore quelquefois que de mauvais soldats, par une violence que réprouve la discipline militaire, effraient certaines gens en se couvrant de l'autorité de leur chef pour leur extorquer ce que la loi ne les oblige pas de donner; de même il peut arriver souvent que de mauvais chrétiens, ou des schismatiques, ou des hérétiques, aient recours au nom de Jésus-Christ, aux paroles sacrées, ou aux sacrements de la religion chré tienne pour exiger certaines concessions des puissances infernales. Et lorsque ces puissances cèdent ainsi à l'ordre des méchants, elles ne le font que pour séduire les hommes, dont les éga rements font toute leur joies C'est donc par des procédés tout différents que les magiciens, les bons chrétiens et les mauvais opèrent des prodiges. Les magiciens les opèrent au moyen de pactes particuliers; les bons chrétiens, au nom de la justice divine; et les mauvais, au moyen des signes extérieurs de cette justice. Et il ne faut pas s'en étonner, car on peut croire sans ab surdité que tous les phénomènes extérieurs dont nous sommes témoins sont l'oeuvre des puis sances infernales qui sont répandues dans les airs.
Par l'Orient et par l'Occident, Notre-Seigneur a voulu nous faire comprendre l'univers entier, dans lequel l'Église devait s'étendre. C'est dans le sens de ces paroles: «Vous verrez le Fils de l'homme venant sur les nuées», que Notre-Seigneur se sert ici du mot éclair, parce que c'est du sein des nuées que jaillissent les éclairs. Après avoir établi d'une manière claire et évidente l'autorité de l'Église dans tout l'univers, c'est avec raison qu'il recommande à ses disciples et à tous les fidèles de ne point ajouter foi aux schismatiques et aux hérétiques. Toutschisme, en effet, et toute hérésie s'établit sur un point de la terre et y occupe une place, ou se glisse dans des réunions secrètes et ténébreuses pour tromper la curiosité de l'esprit humain, et c'est ce que signifient ces paroles: «Si quelqu'un vous dit: Le Christ est ici ou là» (ce qui indique une partie ou une contrée de la terre), «ou dans le lieu le plus retiré de la maison», ce qui signifie les conventicules secrets et ténébreux des hérétiques.
Il nous apprend par là que le second avènement n'aura pas lieu comme le premier dans l'humilité, mais dans toute la manifestation de sa gloire. C'est donc une folie de chercher dans un endroit limité ou réservé celui qui est la lumière du monde ( Jn 8,9 Jn 8,12 ).
On donne le nom d'aigles à ceux dont la jeunesse s'est renouvelée comme celle de l'aigle ( Ps 52 ) (?), et qui s'élèvent sur des ailes comme l'aigle, pour se rendre à la passion du Sauveur.
Ces paroles nous invitent à méditer la passion de Jésus-Christ, et à nous réunir dans tous les endroits de l'Écriture où il en est question (cf. Ps 21,18 Is 53,7 ), afin qu'elle puisse nous conduire jusqu'au Verbe de Dieu.
Le Sauveur veut parler ici de l'antéchrist et de quelques-uns de ses agents, qu'il appelle de faux christs et de faux prophètes, tels qu'on en vit un grand nombre au temps de la prédica tion des Apôtres. Mais avant le second avènement, ils seront mille fois plus dangereux que les premiers: «Car ils feront de grands prodiges et des choses étonnantes».
Le Sauveur, qui a décrit précédemment les circonstances de la venue de l'antéchrist, nous retrace ici les signes de son propre avènement. De même que l'éclair n'a besoin ni de précurseur ni de héraut, mais brille en un moment dans tout l'univers, même aux yeux de ceux qui sont dans l'intérieur de leurs demeures, ainsi le glorieux éclat qui entourera l'avènement du Christ apparaîtra dans tout l'univers à la fois. Il nous donne encore un autre signe de son avènement en ajoutant: «Partout ou sera le corps, là les aigles s'assembleront», c'est-à-dire la multitude des anges, des martyrs et de tous les saints.
Et cependant comme les hommes seront livrés à de violentes angoisses, les faux prophètes, affectant de vouloir faire connaître le secours que les fidèles peuvent tirer de la présence du Christ, soutiendront faussement qu'il se trouve réellement dans une multitude d'endroits, pour soumettre au culte de l'antéchrist les hommes accablés et abattus par les tribulations. «Car il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes», etc.
Pour ne pas nous laisser ignorer le lieu où il apparaîtra, il ajoute: «Partout où sera le corps, là les aigles s'assembleront». Il appelle les saints des aigles à cause du vol rapide de leur corps tout spirituel, et il nous les montre se réunissant sous la conduite des anges, dans le lieu même de sa passion; car il est juste que le Sauveur révèle la gloire de son avènement dans l'endroit même où il nous a mérité par ses humiliations et ses souffrances la glorieuse éternité.
Cette expression: «S'il est possible», est hyperbolique, car Notre-Seigneur n'a point dit positive ment: «De telle sorte que les élus eux-mêmes seraient séduits»; mais il a voulu nous montrer que les discours des hérétiques sont insinuants et persuasifs, et capables d'ébranler même ceux qui n'obéissent qu'aux inspirations de la sagesse.
Et remarquez qu'il ne dit pas: Partout où sera le corps, là se rassembleront les vautours et les corbeaux, mais: «Les aigles s'assembleront», pour exprimer ainsi la magnificence et la royauté de tous ceux qui ont cru à la passion du Sauveur.
En principe, il n'y a qu'un seul antéchrist, mais il se divise eu plusieurs espèces, comme si nous disions: Un mensonge ne diffère pas d'un autre mensonge. Or, de même que le véritable Christ n'avait que de saints prophètes, ainsi chaque faux christ a sous lui une multi tude de faux prophètes qui donnent pour la vérité, dans leurs prédications, la fausse doctrine de l'antéchrist auquel ils appartiennent. Lors donc qu'on entendra dire: «Le Christ est ici ou il est là, il ne faudra point porter ses regards au dehors, ailleurs que dans l'Écriture, car c'est dans la loi, dans les prophètes et dans les écrits des Apôtres qu'ils puisent leurs prétendues raisons à l'appui de leurs erreurs. Ou bien ces paroles: «Voici que le Christ est ici, ou il est là», s'appliquent dans leur intention, non pas au Christ, mais à quelque imposteur qui se cou vrira de son nom, comme serait, par exemple, un sectateur de la doctrine de Marcion, ou de Basilide ou de Valentin.