Matthieu 23, 30
et vous dites : “Si nous avions vécu à l’époque de nos pères, nous n’aurions pas été leurs complices pour verser le sang des prophètes.”
et vous dites : “Si nous avions vécu à l’époque de nos pères, nous n’aurions pas été leurs complices pour verser le sang des prophètes.”
Jésus veut montrer maintenant que le
langage des Scribes sur ce point est en conformité parfaite avec leur conduite, c’est-à-dire plein de
vénération et d’amour en apparence, mais en réalité plein d’une affreuse hypocrisie. Ils prétendent que, s’ils
eussent vécu à l’époque de leurs pères qui ont massacré les prophètes, ils n’auraient point pris part à leurs
meurtres sacrilèges. « Qu’il est aisé, s’écrie Bossuet, ouvrage cité, 62è jour, d’honorer les prophètes après
leur mort, pour acquérir la liberté de les persécuter vivants! ». La Bible de Berlembourg fait sur ce verset une
observation pleine de finesse : « Demandez à l’époque de Moïse : Quels sont donc les saints ? Ce sera
Abraham, Isaac, Jacob, mais nullement Moïse qui mériterait au contraire d’être lapidé. Demandez à l’époque
de Samuel : Quels sont les saints ? Moïse et Josué, répondra-t-on ; mais point Samuel. Adressez la même
question du vivant du Christ, et vous verrez que les saints seront tous les anciens prophètes avec Samuel,
mais point le Christ ni ses Apôtres. » C’est le développement du vieil adage : « Qu'il soit déifié, à la
condition qu'il soit mort ».
2354. De même, VOUS DITES : «SI NOUS AVIONS VÉCU DU TEMPS DE NOS PÈRES, NOUS NE NOUS SERIONS PAS JOINTS À EUX POUR VERSER LE SANG DES PROPHÈTES.» Il est courant que, lorsqu’il s’agit des actions des autres, tous soient des juges sévères. Ainsi, si nous voyons quelqu’un pécher, nous estimons qu’il s’agit d’un grand péché, mais nous atténuons notre péché. C’est pourquoi ces fils connaissaient la méchanceté de leurs pères, mais non la leur, plus haut, 7, 5 : Enlève d’abord la poutre de ton œil, puis tu verras pour enlever la paille de l’œil de ton frère.
Ou bien ils se disaient en eux-mêmes: Si nous faisons du bien aux pauvres nous aurons peu de témoins, et ce sera l'affaire d'un instant; ne vaut il donc pas mieux élever des monu ments que tous pourront voir, non-seulement dans le temps présent, mais encore dans la suite des siècles ! Insensé, que vous servira ce souvenir après votre mort, si vous êtes tourmenté là où vous serez, et loué là où vous ne serez pas ! Or, ce reproche, que Notre-Seigneur fait aux Juifs, est en même temps une leçon pour les chrétiens, car s'il n'avait eu en vue que les Juifs dans ces paroles, il se fût contenté de les leur adresser, et ne les aurait pas fait transmettre à la postérité; elles ont donc été dites pour eux et écrites pour nous. Si donc un homme, indépen damment du bien qu'il fait d'ailleurs, élève des édifices sacrés, il augmente le nombre de ses bonnes oeuvres; mais, s'il ne peut présenter aucune autre bonne action, il n'a pour mobile de sa conduite qu'un désir de gloire toute humaine, et ce ne peut être pour les martyrs un sujet de joie de voir employer et leur honneur un argent qui coûte tant de larmes aux pauvres. Les Juifs, d'ailleurs, ont toujours professé le culte du passé et des anciens, en même temps qu'ils mépri saient et persécutaient leurs contemporains. En effet, comme les reproches des prophètes leur étaient à charge, ils les persécutaient et les mettaient à mort; puis ensuite leurs enfants recon naissaient les fautes de leurs pères, et leur élevaient des tombeaux comme témoignage de l'innocence dés prophètes et des regrets qu'ils éprouvaient de leur mort; et, en même temps, ils persécutaient eux-mêmes les prophètes, qui leur reprochaient leurs crimes, et ils devenaient leurs meurtriers: «Et vous dites, ajoute Notre-Seigneur: Si nous eussions vécu du temps de nos pères nous ne nous fussions pas joints à eux pour ré pandre le sang des prophètes.