Matthieu 23, 25

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance !

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance !
Louis-Claude Fillion
Jésus condamne maintenant les Scribes, parce qu’ils sont aussi impurs au fond de leur âme qu’ils s’efforcent de paraître purs au dehors. - Le dehors de la coupe... Allusion aux ablutions sans nombre auxquelles les Pharisiens soumettaient, avant les repas, tous les objets qui leur servaient à table, comme l’affirme S. Marc. 7, 4 : « ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats ». - Au-dedans... La pureté vient du dedans et doit se répandre de là sur la vie extérieure ; mais, chez les Pharisiens, il n’y a que le dehors qui soit pur : l’intérieur est affreusement corrompu. - Vous êtes pleins de rapines. Dans le texte grec, le verbe est à la troisième personne du pluriel ; il se rapporte à la coupe et au plat dont le contenu est supposé acquis au moyen de la violence et de l’impureté. - Et d'impureté. Dans le « textus receptus » intempérance, impureté.
Saint Thomas d'Aquin
2344. MALHEUR À VOUS, SCRIBES ET PHARISIENS, QUI PURIFIEZ L’EXTÉRIEUR DE LA COUPE ET DE L’ÉCUELLE ! Plus haut, le Seigneur a rabroué les Pharisiens au sujet de la simulation qu’ils offraient à l’extérieur de ce qu’ils n’avaient pas dans le cœur et du détournement vers la collecte. Ici, [il les rabroue] à propos de la simulation de la pureté qu’ils manifestaient à l’extérieur : en premier lieu, pour ce qui concernait leur désir de biens temporels ou les péchés de la chair ; en second lieu, pour ce qui concernait les [biens] spirituels.

En premier lieu, il traite du premier point ; en second lieu, du second, en cet endroit : MALHEUR À VOUS… QUI RESSEMBLEZ À DES SÉPULCRES BLANCHIS ! [23, 27].

À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, en effet, il [leur] reproche leur simulation ; deuxièmement, il présente un enseignement saint, en cet endroit : PHARISIEN AVEUGLE ! etc. [23, 26].

2345. [Le Seigneur] dit donc : MALHEUR À VOUS, SCRIBES ET PHARISIENS, QUI PURIFIEZ L’EXTÉRIEUR DE LA COUPE, etc. Remarquez que ceci peut s’entendre de deux façons. D’une façon, il s’agirait d’un langage au sens propre, et il veut toucher le comportement des Pharisiens qui accordaient une grande curiosité à la purification extérieure, comme on voit plus haut qu’ils scrutaient la pureté des cruches et des vases. Ainsi, MALHEUR À VOUS, qui montrez un grand soin à purifier les vases, mais non les cœurs. Vient donc ensuite : MAIS QUI, À L’INTÉRIEUR, c’est-à-dire dans le cœur, ÊTES REMPLIS DE RAPINE ET D’IMPURETÉ.

2346. Jérôme veut que cela soit une manière imagée de parler. Il veut donc qu’on comprenne la pureté de tout ce qui est étalé à l’extérieur. Dans l’écuelle, on présente la nourriture, et dans la coupe, la boisson. Or, l’homme est appelé une écuelle, mais la nourriture dont Dieu se délecte, ce sont les bonnes œuvres que [l’homme] fait. Jn 4, 34 : Ma nourriture, c’est que je fasse la volonté de mon Père. Il est clair que l’utilisation de la coupe et de l’écuelle ne se réalise pas par leur surface extérieure, mais par ce qui est à l’intérieur. Celui donc qui purifie l’extérieur de la coupe est celui qui orne son corps à l’extérieur. «Vous êtes ainsi : À L’INTÉRIEUR, VOUS ÊTES REMPLIS DE RAPINE ET D’IMPURETÉ.» [Le Seigneur] précise deux points : la rapine et l’impureté, parce qu’il y a deux genres de péchés : les péchés de la chair, qui se réalisent dans le plaisir de la chair, comme la gourmandise et la luxure ; et les autres, qui se réalisent dans le plaisir de l’esprit, comme l’orgueil et l’avarice, car l’avarice, pour ce qui est de son objet, se range du côté du péché de la chair, mais, pour ce qui est de son achèvement, parce qu’elle s’achève dans un plaisir de l’esprit, à savoir, le désir effréné de l’argent, se range parmi les [péchés] de l’esprit.

2347. [Le Seigneur leur] reproche donc leur avarice lorsqu’il dit : RAPINE. Au sens propre, la rapine consiste à prendre le bien d’autrui, de même que l’avare, au sens propre, garde le bien d’autrui. Elle s’oppose donc à la justice. Is 3, 34 : La rapine à l’endroit des pauvres habite votre maison. Ils sont aussi REMPLIS D’IMPURETÉ, par la gourmandise et la luxure. L’âme est rendue impure par la passion, et aucune passion n’avilit autant la raison que la gourmandise et la luxure. Ep 5, 3 : Que ni la fornication ni l’impureté ne soient évoquées parmi vous, comme il convient à des saints.
Saint Jérôme
Sous des expressions différentes, Notre-Seigneur accuse ici, comme précédemment, d'hypocrisie et de mensonge, les pharisiens qui voulaient paraître aux yeux des hommes tout différents de ce qu'ils étaient dans le secret de leurs demeures: «Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites»,etc. Il ne leur reproche pas une pratique superstitieuse dans l'usage des plats et des coupes, mais d'affecter aux yeux des hommes les dehors trompeurs de la sainteté, ce que prouvent évidemment les paroles suivantes «Au dedans, au contraire, vous êtes pleins de rapine et d'impureté».
Saint Jean Chrysostome
Remarquez que lorsque Notre-Seigneur parlait de la dîme, il a dit: «Il fallait pratiquer ces choses sans omettre les autres; car la dîme est une espèce d'aumône, et en quoi l'aumône peut-elle être nuisible? Toutefois, en s'exprimant ainsi, Notre-Seigneur n e veut point recommander de nouveau les observances légales. Mais en traitant ici des souillures et des purifications légales, il n'ajoute rien de semblable, et se contente de dire que la pureté, ex térieure est une conséquence nécessaire de la pureté intérieure, en désignant le corps par l'extérieur de la coupe et du plat, et l'âme par l'intérieur.
Saint Hilaire de Poitiers
Le Sauveur condamne ici la sotte vanité de ceux qui observent avec un soin scrupuleux des pratiques stériles, et qui négli gent les oeuvres si utiles de la perfection. Car dans une coupe, c'est l'intérieur qui sert, et si cet intérieur est malpropre, à quoi peut servir qu'il soit net au dehors? C'est donc l'éclat intérieur de la conscience qu'il faut chercher pour arriver par là à la pureté extérieure du corps; et c'est pour cela que le Sauveur ajoute: «Aveugle pharisien, nettoie d'abord le dedans de la coupe et du plat».
Origène
Apprenons de là qu'il nous faut travailler à être justes, plutôt que de chercher à le paraître. Celui qui ne cherche qu'à para ître juste, nettoie l'extérieur, et prend soin des apparences, mais il laisse son coeur et sa cons cience dans l'abandon. Celui, au contraire, qui s'applique à purifier l'intérieur, c'est-à-dire ses pensées, par une conséquence nécessaire, purifie tout ce qui paraît au dehors. Or, tous les maîtres de fausses doctrines sont comme des coupes purifiées à l'extérieur sous les dehors de la religion dont ils se couvrent, mais au dedans ils sont pleins de rapine et d'hypocrisie, et ne tendent qu'à entraîner les hommes dans l'erreur. La coupe et le plat sont des vases dont on se sert, l'une pour boire, l'autre pour manger, et nous figurent tout discours qui est pour notre âme une boisson spirituelle, toute parole qui lui sert d'aliment. Celui donc qui s'applique à faire des discours étudiés, plutôt qu'à les remplir d'un sens utile et salutaire, ressemble à une coupe parfaitement nettoyée au dehors, mais pleine au dedans des souillures de la vanité. Les livres de la loi et des prophètes sont aussi des coupes pleines d'un breuvage spirituel et des plats cou verts des aliments nécessaires à notre âme. Les scribes et les pharisiens ne s'occupent que de démontrer la pureté du sens extérieur et littéral, tandis que les disciples de Jésus-Christ s'efforcent de faire briller le sens spirituel dans tout son éclat.