Matthieu 22, 37
Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.
Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.
Jésus a résumé les devoirs de l’homme envers Dieu par cette parole : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit " (Mt 22, 37 ; cf. Lc 10, 27 : " ... toutes tes forces "). Celle-ci fait immédiatement écho à l’appel solennel : " Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique " (Dt 6, 4-5).
En effet, s'interroger sur le bien signifie en dernier ressort se tourner vers Dieu, plénitude de la bonté. Jésus manifeste que la demande du jeune homme est en réalité unedemande religieuse, et que la bonté, qui attire et en même temps engage l'homme, a sa source en Dieu, bien plus, qu'elle est Dieu lui-même, qui seul mérite d'être aimé « de tout 1 cœur, de toute âme et de tout esprit » (Mt 22, 37), Dieu qui est la source du bonheur de l'homme. Jésus rapproche la question de l'action moralement bonne de ses racines religieuses et de la reconnaissance de Dieu, unique bonté, plénitude de la vie, fin ultime de l'agir humain, béatitude parfaite.
Jésus cite librement, d’après la traduction des Septante un verset bien connu
du Deutéronome, 6, 5, dans lequel, au moyen de synonymes accumulés à la façon orientale, l’amour de Dieu
par-dessus tout est énergiquement inculqué. « On trouve en abondance la loi contenue dans cette parole
continuellement répétée. Il agit ainsi pour montrer que l’homme doit brûler pour Dieu d’un si grand amour
qu’il ne permette à aucune faculté de son âme de laisser quoi que ce soit exclure, diminuer ou transférer à
une créature l’amour qu’il porte à son Dieu», Victor d'Antioche, Maxima Biblioth. Vet. Patr. t. 4. « Le
souverain bien, que l’on dit aussi être le meilleur et le plus grand, personne ne doute qu’on doive l’aimer.
Mais on ne doit rien aimer plus que lui. Voilà ce que signifient et qu’expriment les paroles suivantes : de
toute son âme, de tout son cœur, et tout son esprit », S. August. De Mor. Eccles. Lib. 1 cap. 12. On a souvent
cherché à préciser le sens exact et la différence de ces trois expressions, de tout son cœur, de toute son âme,
de tout son esprit ; mais les exégètes qui ont tenté ce travail difficile n'ont guère abouti qu'à se contredire les
uns les autres, sans pouvoir rien affirmer de clair et de certain. Le précepte, tel qu’il est exprimé, revient
donc à ces mots de S. Bernard : « La mesure d’aimer Dieu c’est d’aimer sans mesure. »
2274. Il se peut qu’il y ait eu controverse entre eux sur cette question, car certains disaient que le salut se trouvait dans certaines choses extérieures. Ainsi, Is 29, 13 : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est pourquoi vient ensuite la réponse : JÉSUS LUI DIT : «TU AIMERAS LE SEIGNEUR TON DIEU, etc.» Et il ne répond pas seulement à la question posée, mais il enseigne la vérité. Premièrement, il enseigne quel est le premier [commandement] ; deuxièmement, quel est celui qui lui ressemble ; troisièmement, il en donne la raison. Le second point [se trouve] en cet endroit : LE SECOND LUI EST SEMBLABLE, etc. [22, 39] ; le troisième, en cet endroit : À CES DEUX COMMANDEMENTS SE RATTACHENT TOUTE LA LOI AINSI QUE LES PROPHÈTES [22, 40].
2275. [Le Seigneur] dit donc : «TU AIMERAS LE SEIGNEUR TON DIEU, etc.» Ceci est écrit en Dt 6, 5. De même, le Seigneur dit par la bouche de Moïse, Dt 10, 14 : Le Seigneur ne t’a-t-il pas demandé de le craindre et de l’aimer ? Il commande donc deux choses : la crainte et l’amour. Et pourquoi le Seigneur n’a-t-il pas répondu au sujet de la crainte, mais de l’amour ? Il faut dire que certains craignent Dieu parce qu’ils craignent d’être punis par Lui, comme ceux qui craignent la peine de la géhenne, ou comme ceux qui craignent de perdre quelque chose qu’ils tiennent de Dieu : cela est la crainte servile, car on aime [alors] ce par quoi l’on peut être puni.
2276. Il existe une autre crainte qui craint Dieu pour Lui-même, qui craint de l’offenser : une telle crainte vient de l’amour, et l’on craint ce que l’on aime. Elle est donc le principe de l’amour. 1 Jn 4, 16 : Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. C’est pourquoi [le Seigneur] dit : TU AIMERAS LE SEIGNEUR ; non pas tu le craindras, car Dieu doit être aimé comme le premier objet susceptible d’être aimé, puisqu’il est la fin première, alors que tout le reste est aimé en vue de la fin. Celui-là donc qui aime Dieu comme la fin l’aime de tout son cœur. Jl 2, 12 : Convertissez-vous à moi de tout votre cœur. Et autant que vous vous y efforciez, vous ne pourrez le saisir, car Dieu est plus grand que tout [votre] cœur.
2277. Mais pourquoi dit-il : DE TOUT TON CŒUR, DE TOUTE TON ÂME ET DE TOUT TON ESPRIT ? Chrysostome l’explique ainsi : dans l’amour, il y a deux choses, l’une qui en est le principe, l’autre qui est l’effet de l’amour et la conséquence de l’amour. Le principe de l’amour est double. En effet, l’amour peut venir de la passion et du jugement de la raison : de la passion, lorsque l’homme ne peut vivre sans ce qu’il aime ; de la raison, lorsqu’il aime selon ce que dicte la raison. Il dit donc que celui-là aime de tout son cœur qui aime de manière charnelle, et que celui-là aime de [toute] son âme, qui [aime] selon le jugement de sa raison. Et nous devons aimer Dieu des deux façons. Charnellement, de sorte que [notre] cœur soit affecté par Dieu. Ps 83[84], 3 : Mon cœur et ma chair crient de joie vers le Dieu vivant. Troisièmement, il y a la conséquence de l’amour, car celui que j’aime, je le vois volontiers, je pense à lui volontiers, je fais volontiers ce qui lui plaît. Jn 14, 23 : Celui qui m’aime suivra ce que je dis, et je rapporte tout à lui, Ps 83[84], 2 : Comme tes demeures sont désirables, Seigneur des puissances ! Mon âme soupire et languit après le parvis du Seigneur. Et nous pouvons ajouter ce que Marc ajoute : ET DE TOUTES TES FORCES, car celui qui aime Dieu se transporte totalement en Lui et se dépense pour Lui.
2278. Augustin fait une distinction entre le cœur, l’âme et l’esprit en fonction des trois choses qui viennent d’eux. Du cœur sortent les pensées, comme on le trouve plus haut, 15, 19 ; de l’âme procède la vie ; de l’esprit, la science et l’intelligence. Ainsi, lorsque [le Seigneur] dit : DE TOUT TON CŒUR, il faut comprendre que nous rapportons à Lui toutes [nos] pensées ; DE TOUTE TON ÂME, que [nous lui rapportons] toute [notre] vie ; DE TOUT TON ESPRIT, que toute science lui est rapportée, c’est-à-dire que tu acquiers la science pour le servir. 2 Co 10, 5 : [Nous] rendons captive toute intelligence pour qu’elle serve le Christ.
Une glose magistrale explique que l’âme est l’image de Dieu par ses puissances, selon la mémoire, l’intelligence et la volonté, de sorte que lorsqu’on dit : DE TOUT TON CŒUR, cela se rapporte à l’intelligence ; DE TOUTE TON ÂME, [cela se rapporte] à la volonté ; DE TOUT TON ESPRIT, [cela se rapporte] à la mémoire, de sorte que l’on vive parfaitement pour Dieu.
2279. Origène explique ainsi : TU AIMERAS DIEU DE TOUTE TON ÂME, de sorte que tu sois prêt à donner ta vie pour lui si cela est nécessaire. Jn 13, 37 : Je donnerai ma vie pour toi. Mais il y a une différence entre l’esprit et l’âme. En effet, «esprit» [mens] vient de metior [répartir, distribuer]. Le cœur s’entend de la simplicité de l’intellect, mais l’esprit, de son étalement, car l’intellect ou la pensée distribue par le discours. Cela veut donc dire que nous devons aimer Dieu totalement dans nos paroles et nos méditations.
2280. Une fois ceci affirmé, [le Seigneur] ajoute : VOILÀ LE PLUS GRAND ET LE PREMIER COMMANDEMENT. Le plus grand par sa capacité : en effet, c’est celui dans lequel tout est contenu, car en celui-ci l’amour du prochain est contenu, selon ce que dit 1 Jn 4, 21 : Celui qui aime Dieu aime aussi son frère. Il est donc le plus grand. Il est aussi le premier par l’origine, le plus grand en dignité et en capacité. Non pas le premier dans l’Écriture, car, dans l’Écriture, le premier commandement fut : Le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu, Dt 6, 4. Et pourquoi ? Parce que toute inclination de la puissance affective se trouve dans l’amour. Nous avons donc un commandement en vertu duquel nous rendons un culte à Dieu dans l’amour. Rm 13, 10 : La plénitude de la loi, c’est l’amour. Ep 3, 17 : Enracinés et fondés dans la charité.
2275. [Le Seigneur] dit donc : «TU AIMERAS LE SEIGNEUR TON DIEU, etc.» Ceci est écrit en Dt 6, 5. De même, le Seigneur dit par la bouche de Moïse, Dt 10, 14 : Le Seigneur ne t’a-t-il pas demandé de le craindre et de l’aimer ? Il commande donc deux choses : la crainte et l’amour. Et pourquoi le Seigneur n’a-t-il pas répondu au sujet de la crainte, mais de l’amour ? Il faut dire que certains craignent Dieu parce qu’ils craignent d’être punis par Lui, comme ceux qui craignent la peine de la géhenne, ou comme ceux qui craignent de perdre quelque chose qu’ils tiennent de Dieu : cela est la crainte servile, car on aime [alors] ce par quoi l’on peut être puni.
2276. Il existe une autre crainte qui craint Dieu pour Lui-même, qui craint de l’offenser : une telle crainte vient de l’amour, et l’on craint ce que l’on aime. Elle est donc le principe de l’amour. 1 Jn 4, 16 : Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. C’est pourquoi [le Seigneur] dit : TU AIMERAS LE SEIGNEUR ; non pas tu le craindras, car Dieu doit être aimé comme le premier objet susceptible d’être aimé, puisqu’il est la fin première, alors que tout le reste est aimé en vue de la fin. Celui-là donc qui aime Dieu comme la fin l’aime de tout son cœur. Jl 2, 12 : Convertissez-vous à moi de tout votre cœur. Et autant que vous vous y efforciez, vous ne pourrez le saisir, car Dieu est plus grand que tout [votre] cœur.
2277. Mais pourquoi dit-il : DE TOUT TON CŒUR, DE TOUTE TON ÂME ET DE TOUT TON ESPRIT ? Chrysostome l’explique ainsi : dans l’amour, il y a deux choses, l’une qui en est le principe, l’autre qui est l’effet de l’amour et la conséquence de l’amour. Le principe de l’amour est double. En effet, l’amour peut venir de la passion et du jugement de la raison : de la passion, lorsque l’homme ne peut vivre sans ce qu’il aime ; de la raison, lorsqu’il aime selon ce que dicte la raison. Il dit donc que celui-là aime de tout son cœur qui aime de manière charnelle, et que celui-là aime de [toute] son âme, qui [aime] selon le jugement de sa raison. Et nous devons aimer Dieu des deux façons. Charnellement, de sorte que [notre] cœur soit affecté par Dieu. Ps 83[84], 3 : Mon cœur et ma chair crient de joie vers le Dieu vivant. Troisièmement, il y a la conséquence de l’amour, car celui que j’aime, je le vois volontiers, je pense à lui volontiers, je fais volontiers ce qui lui plaît. Jn 14, 23 : Celui qui m’aime suivra ce que je dis, et je rapporte tout à lui, Ps 83[84], 2 : Comme tes demeures sont désirables, Seigneur des puissances ! Mon âme soupire et languit après le parvis du Seigneur. Et nous pouvons ajouter ce que Marc ajoute : ET DE TOUTES TES FORCES, car celui qui aime Dieu se transporte totalement en Lui et se dépense pour Lui.
2278. Augustin fait une distinction entre le cœur, l’âme et l’esprit en fonction des trois choses qui viennent d’eux. Du cœur sortent les pensées, comme on le trouve plus haut, 15, 19 ; de l’âme procède la vie ; de l’esprit, la science et l’intelligence. Ainsi, lorsque [le Seigneur] dit : DE TOUT TON CŒUR, il faut comprendre que nous rapportons à Lui toutes [nos] pensées ; DE TOUTE TON ÂME, que [nous lui rapportons] toute [notre] vie ; DE TOUT TON ESPRIT, que toute science lui est rapportée, c’est-à-dire que tu acquiers la science pour le servir. 2 Co 10, 5 : [Nous] rendons captive toute intelligence pour qu’elle serve le Christ.
Une glose magistrale explique que l’âme est l’image de Dieu par ses puissances, selon la mémoire, l’intelligence et la volonté, de sorte que lorsqu’on dit : DE TOUT TON CŒUR, cela se rapporte à l’intelligence ; DE TOUTE TON ÂME, [cela se rapporte] à la volonté ; DE TOUT TON ESPRIT, [cela se rapporte] à la mémoire, de sorte que l’on vive parfaitement pour Dieu.
2279. Origène explique ainsi : TU AIMERAS DIEU DE TOUTE TON ÂME, de sorte que tu sois prêt à donner ta vie pour lui si cela est nécessaire. Jn 13, 37 : Je donnerai ma vie pour toi. Mais il y a une différence entre l’esprit et l’âme. En effet, «esprit» [mens] vient de metior [répartir, distribuer]. Le cœur s’entend de la simplicité de l’intellect, mais l’esprit, de son étalement, car l’intellect ou la pensée distribue par le discours. Cela veut donc dire que nous devons aimer Dieu totalement dans nos paroles et nos méditations.
2280. Une fois ceci affirmé, [le Seigneur] ajoute : VOILÀ LE PLUS GRAND ET LE PREMIER COMMANDEMENT. Le plus grand par sa capacité : en effet, c’est celui dans lequel tout est contenu, car en celui-ci l’amour du prochain est contenu, selon ce que dit 1 Jn 4, 21 : Celui qui aime Dieu aime aussi son frère. Il est donc le plus grand. Il est aussi le premier par l’origine, le plus grand en dignité et en capacité. Non pas le premier dans l’Écriture, car, dans l’Écriture, le premier commandement fut : Le Seigneur ton Dieu est le seul Dieu, Dt 6, 4. Et pourquoi ? Parce que toute inclination de la puissance affective se trouve dans l’amour. Nous avons donc un commandement en vertu duquel nous rendons un culte à Dieu dans l’amour. Rm 13, 10 : La plénitude de la loi, c’est l’amour. Ep 3, 17 : Enracinés et fondés dans la charité.
La GloseOu bien, vous aimerez Dieu de tout votre coeur, c'est-à-dire de toute votre intelligence; de toute votre âme, c'est-à-dire de toute votre volonté; de tout votre esprit, c'est-à-dire de toute votre mémoire, de manière que vous ne vouliez, que vous ne sentiez, que vous n'ayiez à la mémoire rien qui soit contraire à Dieu.
Mais le Seigneur lui répondit de manière à confondre, par ses pre mières paroles, l'hypocrisie qui lui avait dicté cette question: «Jésus lui répondit: Vous aime rez le Seigneur votre Dieu», etc. «Vous aimerez», lui dit-il, et non pas vous craindrez, car aimer c'est plus que craindre: aimer est le propre des enfants, craindre est le partage des es claves; la crainte est l'effet de la nécessité; l'amour s'exerce librement; celui qui sert Dieu par la crainte évite la peine, il est vrai, mais ne reçoit pas la récompense promise à la justice; car il fait le bien comme malgré lui, et sous l'impression de la crainte. Dieu ne veut donc pas que les hommes le craignent servilement comme un maître, mais qu'ils l'aiment comme un père qui leur a donné l'esprit d'adoption. Or, aimer Dieu de tout son coeur, c'est n'avoir dans son coeur aucune affection qui l'emporte sur l'amour de Dieu; aimer Dieu de toute son âme, c'est avoir un esprit solidement établi dans la vérité, et ferme dans la foi; car l'amour du coeur est tout différent de l'amour de l'âme; l'amour du coeur est en quelque sorte sensible, et nous fait aimer Dieu sensiblement, ce que nous ne pouvons faire qu'en détachant notre coeur de l'amour des choses de la terre. L'amour du coeur se fait donc sentir dans le coeur, tandis que l'amour de l'âme ne se sent pas, mais se comprend, parce qu'il consiste dans le jugement de l'âme. Car celui qui croit que Dieu renferme tout bien, et qu'en dehors de lui il n'existe aucun bien vérita ble, aime Dieu de toute son âme. Aimer Dieu de tout son esprit, c'est consacrer toutes ses fa cultés au service de Dieu; car celui dont l'intelligence obéit à Dieu, dont la sagesse a Dieu pour objet, dont la aime à s'occuper des choses de Dieu, dont la pensée conserve le souvenir des bienfaits de Dieu, celui-là aime Dieu de tout son esprit.
Ou bien encore, vous aimerez Dieu de tout votre coeur, c'est-à-dire dans toute l'étendue de votre souvenir, de votre action, de votre pensée; de toute votre âme, c'est-à-dire que vous serez disposé à la sacrifier pour l'amour de Dieu; vous l'aimerez de tout votre esprit, en ne tenant jamais de dis cours qui ne se rapportent à Dieu. Or, voyez si vous ne pourriez entendre par le coeur, l'intelligence qui nous fait comprendre les choses intellectuelles, et par l'esprit, la faculté qui nous sert à les exprimer; car c'est par l'esprit que nous donnons une expression à toutes cho ses, et que nous parcourons chacune de ces choses qui reçoivent de notre esprit l'expression de leur réalité.