Matthieu 22, 32
Moi, je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob ? Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. »
Moi, je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob ? Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. »
Je suis le Dieu d’Abraham, etc. Avec ces paroles qui sont prises de l’Exode Jésus-Christ prouve ici la résurrection des corps par l’immortalité de l’âme, parce que, en effet, ces deux dogmes sont inséparables. L’âme étant immortelle doit nécessairement être un jour réunie à son corps, pour y recevoir la récompense ou la punition qu’elle a méritée dans ce corps même, lorsqu’elle en était revêtue.
Il faut observer que c’est longtemps après la mort
d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, que Jéhova se nomme le Dieu de ces trois grands patriarches, fondateurs de
la nation choisie. De là le raisonnement que Notre-Seigneur Jésus-Christ fait ensuite sur cette dénomination
que Dieu avait daigné s’imposer lui-même, afin de manifester ainsi son amour pour les ancêtres d’Israël. -
Dieu n'est pas le Dieu des morts... Profonde réflexion qui forme la mineure du syllogisme employé par Jésus.
La conclusion n’est pas exprimée parce qu’elle est tout à fait évidente : Donc Abraham et Isaac et Jacob sont
vivants ; donc les morts ressusciteront. R. Manasse Ben-Israel, dans son curieux ouvrage « de Resurrectione
mortuorum », dont le premier livre est dirigé contre les Sadducéens, argumente absolument de la même
manière que Jésus : « Quand le Seigneur apparut pour la première fois à Moïse, on lit qu’il a dit : Je suis le
Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Or Dieu n’est pas le Dieu des morts, qui étant
morts ne sont plus, mais des vivants, parce que les vivants existent. Le patriarche a donc raison de déduire de
ce texte que les âmes vivent », Pars. 1, c. 10, 6. Mais Jésus a-t-il bien prouvé ce qu’il fallait ? De son
argumentation ne résulte-t-il pas simplement que l’âme est immortelle ? Toutefois l’admiration de la foule
d’une part, v. 33, de l’autre le silence des Sadducéens qui s’avouent par là-même vaincus, v. 35, démontrent
que la réponse de Jésus est tombée juste et que son raisonnement était irréfutable. D’après la théologie
judaïque le dogme de la résurrection des corps et celui de l’immortalité de l’âme sont en effet intimement
unis : si les Saints Livres proclament l’existence d’une vie éternelle pour l’homme, ce doit être pour
l’homme tout entier, tel qu’il fut créé par Dieu à l’origine, tel qu’il apparaît sur cette terre. Or, sans la
résurrection des corps, l’homme serait imparfait, incomplet. Nous serons donc rétablis dans notre état
primitif et l’âme rejoindra le corps pour n’en être jamais séparée. Du reste, les Sadducéens ne rejetaient
précisément la résurrection future, que parce qu’ils refusaient d’admettre la continuation de l’existence
individuelle après la mort. Pour les confondre, il suffisait d’établir que la vie personnelle n’est pas détruite
par la mort, ni plongée dans ce grand tout qu’ils appelaient l’âme de Dieu. Cf. Langen. das Judenthum in
Palæstina zur Zeit Christi, Fribourg, 1867, p. 347.
2265. POUR CE QUI EST DE LA RÉSURRECTION DES MORTS, etc. Après avoir montré qu’ils ignoraient la puissance de Dieu, ici [le Seigneur] montre qu’ils ignoraient les Écritures. Ainsi, N’AVEZ-VOUS PAS LU L’ORACLE DANS LEQUEL LE SEIGNEUR VOUS DIT : «JE SUIS LE DIEU D’ABRAHAM, D’ISAAC ET DE JACOB ?» Cela est écrit en Ex 3, 6. Mais puisque d’autres autorités parlent plus expressément de la résurrection, comme on le trouve en Is 6, Ez 33 et Dn 12, Jérôme se demande pourquoi [le Seigneur] a présenté celle-ci, qui est ambiguë ? Il répond qu’ils n’acceptaient pas les prophètes, mais les cinq livres de Moïse.
2266. Et comment s’occupe-t-il à la question en cause ? Il dit : JE SUIS LE DIEU D’ABRAHAM, D’ISAAC ET DE JACOB. [On dit de Dieu] qu’il est le Dieu de certains en raison du culte que ceux-ci lui rendent. [Abraham, Isaac et Jacob] rendent donc un culte [à Dieu]. Or, les morts ne rendent pas de culte à Dieu, mais les vivants. Abraham, Isaac et Jacob sont donc vivants, mais non selon leurs corps. Ils le sont donc selon leur âme. Mais en quoi cela appuie-t-il la résurrection ? Cela l’appuie parce que [ceux qui interrogeaient] disaient que l’âme n’existe pas. Or, [le Seigneur] montre que l’âme subsiste. Si donc l’âme subsiste, la résurrection aussi, car l’âme a une inclination naturelle au corps.
2267. Mais que signifie ce qu’il dit : CE N’EST PAS DE MORTS [QU’IL EST LE DIEU] ? Cela est vrai selon le corps. Cependant, il est aussi le Dieu des morts, parce qu’ils vivent selon l’esprit. Rm 14, 8 : Que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Seigneur. Cela est aussi contre les hérétiques qui condamnent les pères de l’Ancien Testament, parce qu’il dit ici qu’ils vivent dans leur âme. De même, il parle au singulier parce que chez les autres nations, chacun avait son dieu. Écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est unique, Dt 6, 4.
2266. Et comment s’occupe-t-il à la question en cause ? Il dit : JE SUIS LE DIEU D’ABRAHAM, D’ISAAC ET DE JACOB. [On dit de Dieu] qu’il est le Dieu de certains en raison du culte que ceux-ci lui rendent. [Abraham, Isaac et Jacob] rendent donc un culte [à Dieu]. Or, les morts ne rendent pas de culte à Dieu, mais les vivants. Abraham, Isaac et Jacob sont donc vivants, mais non selon leurs corps. Ils le sont donc selon leur âme. Mais en quoi cela appuie-t-il la résurrection ? Cela l’appuie parce que [ceux qui interrogeaient] disaient que l’âme n’existe pas. Or, [le Seigneur] montre que l’âme subsiste. Si donc l’âme subsiste, la résurrection aussi, car l’âme a une inclination naturelle au corps.
2267. Mais que signifie ce qu’il dit : CE N’EST PAS DE MORTS [QU’IL EST LE DIEU] ? Cela est vrai selon le corps. Cependant, il est aussi le Dieu des morts, parce qu’ils vivent selon l’esprit. Rm 14, 8 : Que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Seigneur. Cela est aussi contre les hérétiques qui condamnent les pères de l’Ancien Testament, parce qu’il dit ici qu’ils vivent dans leur âme. De même, il parle au singulier parce que chez les autres nations, chacun avait son dieu. Écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est unique, Dt 6, 4.
Notre-Seigneur aurait pu sans doute, pour établir la vérité de la résurrection, apporter beaucoup d'autres témoignages plus décisifs, tels que ce passage d'Isaïe: «Les morts ressusciteront, et ceux qui sont dans le tombeau revivront ( Is 26,19 ) », et cet autre de Daniel ( Da 12,2 ) : «Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière ressusciteront», etc. On se demande donc pourquoi il cite de préférence ce passage qui paraît assez peu décisif, ou qui, du moins, ne se rapporte pas directement au fait même de la résurrection, et pourquoi il conclut aussitôt comme si cette preuve était péremptoire: «Or Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants». Nous avons dit plus haut que les sadducéens n'admettaient ni l'existence des anges, ni celle des esprits, ni la résurrection des morts, et qu'ils soutenaient que les âmes elles-mêmes étaient sujettes à la mort. Ils ne reconnaissaient d'ailleurs que les cinq livres de Moïse, et rejetaient les oracles des prophètes. Il eût donc été absurde de leur citer des témoignages puisés dans des livres dont ils ne reconnaissaient point l'autorité. C'est donc à Moïse ( Ex 3,6 ) qu'il emprunte cette citation pour prouver l'immortalité de l'âme, et il conclut aussitôt «Or Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants». C'est ainsi qu'ayant prouvé que les âmes survivent à la mort du corps (car Dieu ne pourrait pas être le Dieu de ceux qui n'existeraient en aucune façon), il conclut de là par une conséquence naturelle à la résurrection des corps, qui ont été associés au bien comme au mal que les âmes ont pu faire sur la terre.
Ils s'étaient appuyés dans la question qu'ils firent à Jésus du nom de Moïse. C'est donc par l'autorité de Moïse qu'il va les confondre: «Et, pour ce qui est de la. résurrection des morts, vous n'avez donc pas lu ces paroles que Dieu vous a dites: Je suis le Dieu d'Abraham», etc.
Ou bien ces paroles: «Au jour de la résurrection, les hommes n'auront point de femmes, ni les femmes de maris», etc., se rapportent à celles-ci «Vous ne connaissez pas la puissance de Dieu», et celles qui suivent: «Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob», à celles-là: «Vous ne savez pas les Écritures». Or, Si nous avons à discuter avec des hommes qui calomnient, la vérité, opposons-leur d'abord l'autorité de l'Écriture avant de leur donner les preuves de raison; si, au contraire, ils nous interrogent parce qu'ils ignorent, commen çons par donner les preuves de raison et appuyons-les ensuite de l'autorité des Écritures, car il faut convaincre les calomniateurs et instruire les ignorants. C'est pour cela que le Sauveur ré pond à cette question qui lui est faite par ignorance «Au jour de la résurrection, a etc.
C'est Dieu encore qui dit: «Je suis celui qui suis». Il est donc impossible que Dieu se dise le Dieu de ceux qui n'existent pas. Et remarquez qu'il ne dit pas Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, mais «le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Ja cob». Dans un autre endroit, il est écrit: «Le Dieu des Hébreux m'a envoyé vers vous» ( Ex 7,16 ). Ceux qui sont d'une perfection accomplie aux yeux de Dieu, possèdent Dieu tout entier en eux-mêmes, par comparaison avec les. autres hommes, et c'est pourquoi Dieu se déclare leur Dieu, non d'une manière collective, mais individuelle. Ainsi lorsque nous disons: Ce champ leur appartient, nous voulons dire qu'aucun d'eux ne le possède en entier; si nous disons, au contraire: ce champ appartient à cet homme, nous exprimons qu'il en est seul possesseur. Cette expression: «Le Dieu des Hébreux», prouve donc que les Hébreux étaient encore imparfaits, et que chacun d'eux aussi ne possédait Dieu que d'une manière im parfaite. Dieu, au contraire, se déclare le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob, parce que chacun d'eux possédait Dieu tout entier. Or, c'est un des plus beaux titres de gloire des saints patriarches que de vivre ainsi aux yeux de Dieu.