Matthieu 21, 44

Et tout homme qui tombera sur cette pierre s’y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière ! »

Et tout homme qui tombera sur cette pierre s’y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière ! »
Louis-Claude Fillion
Côté positif du châtiment des Juifs, exprimé sous l’image de la pierre angulaire qu’ils ont si criminellement repoussée. Jésus reprend ainsi le langage figuré qu’il avait en partie abandonné au v. 43. - Celui qui tombera... On tombe sur cette pierre quand on offense volontairement le Christ. On se précipite sur lui pour le renverser et le détruire, mais les agresseurs se brisent infailliblement contre ce bloc inébranlable. C’est ce qui arrivera aux Juifs déicides. - Celui sur qui elle tombera. Même pensée répétée avec une nuance et d’une manière plus énergique ; car si un vase fragile ne manque pas d’être brisé quand on le heurte contre une pierre, il est littéralement réduit en poussière, anéanti, quand cette pierre vient à rouler d’en haut sur lui. La pierre fameuse de la vision de Daniel, 2, 34-35, avait pulvérisé de la sorte la statue qui représentait les royaumes impies hostiles à celui du Christ ; les ennemis de Jésus ou de son Église, quel que soit leur nom, n’auront pas une autre destinée : ils seront écrasés par la pierre angulaire.
Saint Thomas d'Aquin
2215. [Le Seigneur] présente une double peine : CELUI QUI ACHOPPERA SUR CETTE PIERRE S’Y FRACASSERA. Jérôme en donne l’interprétation suivante : celui qui achoppe sur la pierre qui est le Christ, est celui qui reçoit de lui, c’est-à-dire du Christ, la foi, mais il achoppe par le péché qui est contre [le Christ]. Ce sont donc les pécheurs qui tombent, parce qu’ils n’ont pas la charité. ET CELUI SUR QUI ELLE TOMBERA, ELLE L’ÉCRASERA. Car le Christ tombe sur les infidèles. La différence est celle-ci : lorsqu’un vase tombe sur la pierre, le vase n’est pas fracassé à cause de la pierre, mais à cause du mode de la chute, selon qu’elle tombe de plus haut ; mais lorsque la pierre tombe sur le vase, elle le brise selon la grosseur de la pierre. Ainsi l’homme, lorsqu’il tombe sur la pierre [qui est] le Christ, se fracasse selon la grandeur du péché ; mais lorsqu’il devient infidèle, il est totalement brisé. Ou bien, quelqu’un achoppe sur la pierre lorsqu’il pèche délibérément ; mais la pierre tombe sur lui lorsque le Christ le punit, car il est alors entièrement réduit en miettes. Ps 17, 43 : Je les disperserai comme la poussière dans le vent.
Rabanus Maurus
Ou bien les Juifs cherchaient à lui enlever son héritage après l'avoir mis à mort, en s'efforçant d'éteindre la foi dont il est l'auteur, de lui substi tuer leur justice, qui vient de la loi, et d'en semer les germes dans le coeur des Gentils qu'ils voulaient former eux-mêmes.

Dans le sens moral, le Seigneur loue à chacun de nous sa vigne pour la cultiver lorsqu'il nous donne le baptême pour que nous lui fassions produire des fruits de justice. Il envoie un serviteur, puis un second et un troisième lorsqu'on nous lit la loi, les psaumes et les prophéties, pour nous exhorter à faire le bien. Mais nous frappons, et nous chassons ces envoyés lorsque nous méprisons ou, ce qui est plus grave encore, lorsque nous blasphémons la parole de Dieu. Tout chrétien, autant qu'il est en lui, met à mort l'héritier lorsqu'il foule aux pieds le Fils de Dieu et fait outrage à l'esprit de grâce. Après le châtiment du premier vigneron, la vigne est louée à un autre, ce qui arrive lorsque l'âme qui est humble reçoit le don de la grâce que le superbe a méprisé.
Saint Augustin
Saint Marc ne donne pas cette réponse comme venant des Juifs ( Mc 12,9 ), mais comme une suite du discours du Seigneur, et comme s'il avait répondu lui-même à la question qu'il avait faite. Mais il est facile de lever cette difficulté en disant que leur réponse suivit de si près la question, que l'Évangéliste n'a pas cru devoir la faire précéder de ces mots: «Ils répondirent», laissant au lecteur le soin de les suppléer; ou bien que cette réponse a été attribuée au Seigneur, parce qu'étant conforme à la vérité, c'est lui qui, étant la vérité même, a parlé par leur bouche.

Mais une difficulté plus sérieuse, c'est que, d'après saint Luc, non-seulement les Juifs n'ont pas fait cette réponse, mais qu'ils en ont donné une toute contraire; car voici comment cet Évangéliste s'exprime: «Ce qu'ayant entendu, c'est-à-dire cette sen tence tombée des lèvres du Sauveur, ils dirent: A Dieu ne plaise». Or, on peut lever cette ap parente contradiction en disant que parmi le peuple qui l'écoutait, quelques-uns firent la ré ponse rapportée par saint Matthieu, et d'autres celle de saint Luc: «A Dieu ne plaise».Et on ne doit pas se laisser ébranler par cette circonstance que saint Matthieu raconte que les princes des prêtres et les anciens du peuple s'approchèrent du Sauveur, et continue sa narration jus qu'à la parabole de la vigne louée aux vignerons sans faire paraître d'autres interlocuteurs. Car on peut très-bien supposer que tout ce discours s'adressait a ux princes des prêtres, mais que saint Matthieu, pour abréger, a omis ce que rapporte saint Luc, c'est-à-dire que la parabole de la vigne fut exposée non-seulement devant ceux qui avaient interrogé Jésus sur son autorité, mais encore en présence du peuple, et c'est parmi le peuple qu'il s'en est trouvé pour faire cette réponse: «Il les fera périr, et il donnera sa vigne à d'autres». Saint Marc attribue cette réponse au Seigneur lui-même, à cause de la vérité qu'elle renferme, ou par suite de l'union des membres avec leur chef, union qui en fait un seul corps. Mais il y en eut aussi qui, entendant cette réponse, s'écrièrent: «A Dieu ne plaise», parce qu'ils comprenaient que cette parabole était dirigée contre eux.

Ou bien, ceux qui tomberont sur cette pierre sont ceux qui l'accablent actuellement de mépris et d'outrages; ils ne périssent pas sans res source; mais ils sont cependant brisés, et ne marchent plus dans les sentiers de la justice; ceux, au contraire, sur lesquels tombera cette pierre, la verront fondre sur eux du haut du ciel au jour du jugement avec des châtiments sans retour; c'est pour cela qu'il ajoute: «Elle les écrase ra».Car les impies seront comme la poussière que le vent disperse de dessus la face de la terre.
Saint Jérôme
Ce pressoir c'est l'autel, ou bien les pressoirs qui forment le titre des psaumes huitième, quatre-vingtième, quatre-vingt-troisième; pressoirs qui désignent les martyrs.

C'est-à-dire le temple, dont le prophète Michée a dit: «Et la tour de la fille de Sion qui est environnée de nuages».

Ils les battirent de verges comme Jérémie ( Jr 27 ), les tuèrent comme Isaïe, les lapidèrent comme Naboth ( 1R 21,13-15 ) et comme Zacharie, qu'ils immolèrent entre le temple et l'autel ( Mt 23,35 ).

Il leur présente la même vérité sous des paraboles diverses, et ceux qu'il vient d'appeler laboureurs et vignerons, il les présente comme des a rchitectes et des maçons.

Cette parole: «ils auront quelque res pect» ne veut pas dire que le père de famille était dans l'ignorance de ce qui devait arriver; car que peut-il ignorer lui qui n'est autre que Dieu lui-même? Si donc Dieu nous est représenté comme sujet au doute, c'est pour sauvegarder la libre volonté de l'homme.

Interrogeons ici Arius et Eunomius: Vous le voyez, leur dirons-nous, on dit du Père qu'il ne sait pas. Tout ce qu'ils pourront répondre en faveur du Père, qu'ils l'appliquent donc au Fils, qui a déclaré ne pas sa voir le dernier jour.

Celui qui est pécheur, mais qui croit en Jésus-Christ, tombe il est vrai, sur cette pierre et s'y brise, sans toutefois être entièrement réduit en poudre, car la patience de Dieu lui réserve des occa sions de salut. Mais celui sur lequel tombera, c'est-à-dire sur lequel viendra fondre cette pierre, et qui aura tout à fait renié Jésus-Christ, elle le réduira tellement en poudre, qu'il ne restera pas le moindre fragment avec lequel il soit possible de puiser une goutte d'eau ( Is 30,14 ).
Saint Jean Chrysostome
Ou bien, par cette haie, il faut entendre que cette vigne est confiée à la garde des saints patriarches, qui sont devenus comme un rempart pour le peuple d'Israël.

On donne à Dieu le nom d'homme, non pas sans doute qu'il en ait la nature, il l'est par comparaison et non pas en réalité; et le Fils, qui prévoyait que ce nom qu'il portait lui-même donnerait lieu aux blasphèmes de ceux qui le regardaient comme un simple mortel, a voulu le donner à son Père, Dieu invisible, qui, par nature, est le Seigneur des anges et des hommes et qui en est le père par sa bonté.

Ou bien encore, le pressoir c'est la parole de Dieu qui crucifie l'homme, malgré les contradictions de la chair.

Ou bien il part pour un pays lointain, en usant à leur égard de longani mité, et en ne leur infligeant pas toujours les châtiments que leurs péchés méritaient.

A chaque degré de la malice des Juifs, Dieu ajoutait un degré de miséricorde; mais leur malice s'augmentait en proportion égale de la miséricorde divine, et la méchanceté des hommes engageait ainsi un véritable combat contre la clémence de Dieu. «Il leur envoya encore d'autres serviteurs»,etc.

La pierre, c'est Jésus-Christ, et ceux qui bâtissent sont les docteurs des Juifs qui l'ont rejeté en disant: «Cet homme ne vient pas de Dieu».

Il le leur envoie, non comme un juge qui porte à des coupables la sentence de condamnation, mais pour offrir le pardon au repentir; il le leur envoie, non pour les châtier, mais pour les couvrir de honte.

Ou bien le Sauveur exprime ici ce qui aurait dû se faire, car ils auraient dû le res pecter, et il montre ainsi toute l'énormité de leur crime et combien ils sont inexcusables.

Il en est qui prétendent que Jésus-Christ re çut le nom de Fils à son baptême, comme les autres saints; mais le Seigneur lui-même détruit cette interprétation en disant ici: «Je leur enverrai mon Fils».Or, lors qu'il songeait à leur envoyer son Fils après les prophètes, il était déjà Fils. D'ailleurs, s'il n'est appelé Fils qu'au même titre que tous les autres saints auxquels Dieu a fait entendre sa parole, le Seigneur aurait dû donner aux prophètes le nom de Fils comme au Christ, ou lui donner le nom de serviteur comme aux autres prophètes.

Si leur réponse est conforme à la vérité, il ne faut pas en attribuer le mérite à ceux qui ont prononcé une sentence aussi juste, mais à la justice de la cause elle-même; car c'est la vérité qui leur a fait violence.

Ou bien encore, il n'y a aucune contradiction, car cette réponse a pu être donnée deux fois, d'abord par les Juifs, et puis par Notre-Seigneur lui-même.

On peut dire encore, dans un autre sens, que le Seigneur leur a proposé cette parabole pour leur faire prononcer leur propre condamnation sans le savoir, comme Nathan le fit à l'égard de David ( 2S 12,1-15 ), mais qu'ayant compris que c'était contre eux-mêmes que cette parabole était dirigée, ils s'écrièrent: «A Dieu ne plaise».

Jésus-Christ est appelé la pierre, non-seulement à cause de sa force et de sa consistance, mais parce qu'il doit briser et réduire en poudre tous ses ennemis. Voilà pourquoi il ajoute: «Et celui qui tombera sur cette pierre, se brisera»,etc.

Être brisé et être broyé sont deux choses différentes: quand un objet est brisé, il en reste quelque chose; mais quand il est broyé, il est comme réduit en poussière. Or, ce qui tombé sur une pierre ne se brise pas en proportion de la dureté de la pierre, mais en raison de la violence de sa chute, ou de la force de son poids, ou de la hauteur d'où il tombe; ainsi la ruine du chrétien qui pêche n'est pas en proportion de ce que Jésus-Christ peut faire pour le perdre, mais en raison de ce qu'il fait pour se perdre lui-même par ses oeuvres, eu raison de l'énormité de ses péchés ou de la grandeur de sa dignité; la ruine des infidèles, au contraire, n'est qu'en raison de la puissance que Jésus-Christ a pour les perdre.

Ou bien il leur indique ici deux ruines différentes: l'une qu'ils éprouve ront en venant se heurter contre cette pierre qui a été pour eux un objet de scandale, et à la quelle il fait allusion en disant: «Celui qui tombera sur cette pierre»; l'autre qui viendra à la suite de la captivité qui les menace, et qu'il exprime en ajoutant: «Et elle écrasera celui sur qui elle tombera».
Saint Hilaire de Poitiers
Ou bien Dieu a préparé les prophètes comme autant de pressoirs dans lesquels les flots de l'Esprit saint devaient se répandre en abondance, comme un vin qui bouillonne.

Ou bien, par cette tour, il faut entendre l'élévation de la loi qui, sortant de la terre, élevait les hommes jusqu'au ciel, et du haut de laquelle on pouvait découvrir dans le lointain des âges l'avènement du Christ.

Il est devenu la pierre principale de l'angle, parce qu'il a été le lien qui a uni le peuple de la loi au peuple des Gentils.
Origène
Cet homme, père de famille, c'est Dieu qui prend le nom d'homme dans quelques paraboles, comme un père qui bégaie avec son petit enfant, et qui descend jusqu'à son langage enfantin pour l'instruire plus facile ment.

C'est-à-dire c'est Dieu lui-même qui a donné cette pierre à tout l'édifice, et cette pierre angulaire est un spectacle admira ble pour nous qui pouvons le voir des yeux de l'intelligence.