Matthieu 21, 38

Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !”

Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !”
Louis-Claude Fillion
Le triste récit continue. - Voyant le fils, dès qu’ils le reconnaissent de loin. - Entre eux ; mieux « inter se » d’après le contexte : ils ourdissent entre eux le plus noir complot. - Venez, tuons-le. Tel avait été le langage des fils de Jacob à Dothaïn, quand ils virent s’approcher d’eux leur frère Joseph, type de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Venez, avaient-ils dit, donnons-lui la mort, Gen. 37, 20. Tel avait été, Matth. 12, 14 ; Marc. 3, 6 ; Joan. 7, 1 ; 11, 50-53 ; Luc. 19, 47, tel devait être encore, Cf. Matth. 26, 4 ; 27, 1, le langage des hiérarques. - Et nous aurons son héritage. Ceux qui parlent ainsi dans la parabole n’avaient été jusque-là que des vignerons à gages ; ils supposent qu’après avoir tué l’héritier, ils pourront partager entre eux la vigne et en jouir librement. Mais comme le fait remarquer S. Augustin, ils se trompent étrangement. « Ils ont tué pour prendre possession ; et parce qu'ils ont tué, ils ont tout perdu ». S. Hilaire applique ce trait à la Synagogue dans les termes suivants : « Le dessein des vignerons est de s'emparer de l'héritage du fils tué ; ils ont le vain espoir de s'approprier la gloire de la Loi, une fois le Christ mort », Comm. in h.l. L’erreur des membres du Sanhédrin n’est donc pas moins étrange que celle des vignerons.
Saint Thomas d'Aquin
2207. Ensuite leur mauvais dessein est présenté. Premièrement, leur interrogation est présentée ; deuxièmement, leur dessein ; troisièmement, leur méchanceté.

MAIS LES VIGNERONS, EN VOYANT LE FILS, SE DIRENT PAR DEVERS EUX : «CELUI-CI EST L’HÉRITIER. VENEZ, TUONS-LE, ET NOUS AURONS SON HÉRITAGE !» Le Fils lui-même est l’héritier du Père, car ce qu’il demande, il l’obtient. Ps 2, 8 : Fais-m’en la demande, et je te donnerai les nations en héritage. Il est aussi l’héritier, car tout ce qu’a le Père, lui-même l’a. En effet, il n’est pas appelé héritier comme un autre qui, à la mort de son père, reçoit l’héritage, mais parce que tout ce qui appartient au Père lui appartient aussi toujours. Mais on peut objecter : S’ils l’avaient connu, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire, 1 Co 2, 8. Cela est vrai s’ils l’avaient vraiment connu, mais ils l’ont connu en conjecturant.

Vient ensuite leur dessein : VENEZ, TUONS-LE ! Sg 2, 20 : Nous le condamnerons à la mort la plus honteuse. Et quel est ce dessein ? NOUS AURONS SON HÉRITAGE. Ils savaient en effet qu’il devait diriger le peuple juif. Ils craignaient donc qu’il ne leur impose le joug de la loi et ne détruise leurs traditions. Ils ne voulurent donc pas supporter le joug du Christ ; ils portèrent donc le joug des Romains. Ainsi, Jn 11, 48 : De crainte que les Romains ne viennent détruire notre pays et notre nation.
Rabanus Maurus
Cet aveu qu'ils font en disant: «Voici l'héritier»,nous prouve clairement que ce n'est point par ignorance, mais par jalousie, que les princes des prêtres ont crucifié Jésus-Christ. Ils comprirent qu'il était celui à qui Dieu a dit par son prophète: «Demandez-moi, et je vous donnerai les nations pour héritage».L'héritage du Fils est, en effet, la sainte Église formée de toutes les nations, héritage que le Père ne lui a pas laissé en mourant, mais qu'il a conquis lui-même d'une manière admirable par sa mort.
Saint Jean Chrysostome
Pourquoi ne l'a-t-il pas envoyé en premier lieu? C'était pour leur laisser le temps de se reconnaître coupables des mauvais traitements qu'ils avaient faits aux premiers envoyés, et que, renonçant à leur fureur, ils fussent saisis de honte en voyant le Fils de Dieu lui-même venir à eux. C'est pour cela qu'il dit: «Ils auront quelque respect pour mon Fils.

Cependant, ce n'est qu'après qu'il fut entré dans le temple, et qu'il en eut chassé tous ceux qui vendaient les animaux destinés aux sacrifices, qu'ils formèrent surtout le projet de le mettre à mort. Et ils se dirent entre eux: «Venez, tuons-le». Tel était en effet leur raisonnement: «Cet homme fera nécessairement perdre au peuple l'habitude de sacrifier ces victimes qui font notre profit, pour le déterminer à offrir le sacrifice de justice ( Ps 4,6 , Ps 59,20 , Ml 3,3 ) qui tend directement à la gloire de Dieu, et ce peuple cessera ainsi d'être à nous pour être tout à Dieu. Si, au contraire, nous le mettons à mort, alors que personne ne demande à ce peuple les fruits de la justice, on continuera d'offrir des victimes, et le peuple sera toujours sous notre domination. C'est ce qu'ils expriment en propres termes: «Et nous aurons son héritage». Telles sont les pensées des prêtres qui suivent les inspirations de la chair, et qui, sans se préoccuper que leur peuple s'ive sans péché, n'ont en vue qu'une seule chose: les offrandes qui sont faites dans l'église, et qu'ils considèrent comme le gain du sacerdoce.
Origène
Ou bien enfin ces paroles: «Ils respecteront mon fils», se sont accomplies dans ceux d'entre les Juifs qui connu rent Jésus-Christ et crurent en lui; et quant à celles qui suivent: «Les vignerons, voyant le Fils, dirent entre eux: Voici l'héritier, venez, tuons-le»,elles ont trouvé leur accomplissement dans ceux qui, ayant vu Notre-Seigneur Jésus-Christ, et l'ayant reconnu pour le Fils de Dieu, n'ont pas laissé de le crucifier.