Matthieu 21, 31

Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. » Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.

Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. » Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.
Louis-Claude Fillion
Lequel des deux. Jésus, pour rendre l’application plus piquante, fait résoudre le cas par les délégués du Sanhédrin, les obligeant ainsi à prononcer leur propre culpabilité, puisqu’ils étaient représentés par le second fils. Leur solution est parfaite : Le premier, répondent-ils sans hésiter. Le premier fils avait en effet racheté par son repentir la désobéissance outrageante dont il s’était rendu coupable tout d’abord : au contraire la conduite hypocrite du second présentait un caractère extrêmement odieux que rien n’avait réparé dans la suite. - En vérité, je vous le dis... Jésus faisant maintenant disparaître le voile des figures, exprime clairement sa pensée. - Les publicains et les prostituées. Les publicains et les femmes de mauvaise vie sont nommés comme les représentants des plus grands pécheurs ; ces deux classes étaient traitées chez les Juifs avec le plus profond mépris, la première parce qu’on voyait en elle le type de l’injustice et du servilisme antipatriotique, la seconde à cause de l’immoralité qu’elle personnifiait. - Vous devanceront, c’est-à-dire ils entreront avant vous dans le royaume des cieux. Cela ne veut pas dire cependant que les Pharisiens et leurs semblables y entreront aussi. - Quel rapprochement honteux pour les prêtres et les docteurs superbes auxquels Notre-Seigneur Jésus-Christ s’adressait alors !
Saint Thomas d'Aquin
2196. [Le Seigneur] précipite alors la conclusion : LEQUEL DES DEUX A FAIT LA VOLONTÉ DU PÈRE ? Le premier n’a pas promis, mais il l’a faite ; le second a promis, mais ne l’a pas faite. LEQUEL D’ENTRE EUX A FAIT LA VOLONTÉ DU PÈRE ? ILS RÉPONDENT : «LE PREMIER», car il est mieux de ne pas promettre que de ne pas accomplir ce qui a été promis après l’avoir promis, Qo 5, 4, et 2 P 2, 21 : Il est mieux de ne pas connaître le chemin de la vérité que de retourner en arrière après l’avoir connu. Il existe en effet un double péché : le péché de désobéissance et la transgression d’une promesse.

[Le Seigneur] applique ensuite la parabole : premièrement, il présente la prééminence des Gentils sur les Juifs, ou des laïcs sur les clercs ; deuxièmement, il en donne la raison.

2197. Il leur dit : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, LES PUBLICAINS ET LES PROSTITUÉES VOUS PRÉCÉDERONT DANS LE ROYAUME DE DIEU. Une chose semblable a été dite plus haut, 20, 16 : Les derniers seront les premiers. Chrysostome se demande pourquoi [le Seigneur] a fait état des publicains et des prostituées plutôt que d’autres. Il répond que, par les publicains, il entend les pécheurs. Le péché des publicains est l’avarice, car, lorsqu’ils reçoivent les taxes, il en gardent beaucoup pour eux et raflent plus qu’il ne leur est concédé. Car le péché des hommes est l’avarice, et le péché des femmes est la luxure, parce qu’elles sont oisives et que l’oisiveté a enseigné beaucoup de fautes. Ez 16, 49 : La faute de Sodome, ce fut l’abondance de pain et des loisirs. ILS VOUS PRÉCÉDERONT DANS LE ROYAUME DE DIEU, c’est-à-dire qu’ils sont plus proches du royaume, plus haut, 12, 41 : Les Ninivites vous précéderont, etc.
Rabanus Maurus
On peut entendre par le royaume de Dieu l'Évangile et l'Église actuelle, dans laquelle les nations ont précédé les Juifs, car elles ont embrassé bien plutôt la foi.

Jean vint pour prêcher la voie de la justice, car il montra du doigt le Christ, qui est la consommation de la loi (Rm 10, 4). Ou bien il marcha d'une manière si éclatante dans la voie de la justice, que sa vie sainte et vénérable fit une profonde impression sur le coeur des pécheurs: «Les publicains et les femmes de mauvaise vie, au contraire, l'ont cru». Considérez combien la vie sainte d'un prédicateur donne de force à sa prédication, puisqu'elle triomphe des coeurs les plus indomptés. «Pour vous, qui avez vu (la conversion de ces grands pé cheurs), vous n'avez pas été touchés de repentir, ni portés à le croire». C'est-à-dire: Les pu blicains et les femmes pécheresses ont fait ce qu'il y a de plus difficile en croyant, et pour vous, vous n'avez même pas fait pénitence, ce qui était beaucoup plus facile. Cette explication que nous avons donnée d'après un grand nombre d'interprètes me paraît renfermer une contradic tion; car, si par ces deux enfants il faut entendre les Juifs et les Gentils, après que les prêtres ont répondu à la question qui leur était faite que c'est le premier qui a fait la volonté de son père, Jésus-Christ aurait dû conclure en ces termes: «Je vous dis en vérité, les Gentils vous précéderont dans le royaume de Dieu», tandis qu'il s'exprime de cette manière «Les publi cains et les femmes de mauvaise vie vous précéderont dans le royaume de Dieu», ce qui paraît indiquer plutôt le sort des gens de basse condition que celui des Gentils. Mais on peut, comme nous l'avons dit, entendre ce passage en ce sens: Le peuple des Gentils l'emporte tellement sur vous aux yeux de Dieu, que les publicains eux-mêmes et les femmes de mauvaise vie lui sont plus agréables que vous.
Saint Jérôme
Après les avoir confondus de la sorte, Notre-Seigneur leur propose une parabole des tinée à les convaincre d'impiété et à leur montrer que le royaume de Dieu doit être donné aux Gentils, et il la commence en ces termes: «Mais que vous en semble ?»
Saint Jean Chrysostome
Mais ils se détournèrent ensuite de Dieu et se rendirent coupables de mensonge envers lui, selon ces paroles du roi-prophète: «Des fils rebelles ont menti contre moi», et c'est ce qui est exprimé par ces mots: «Et il n'y alla point». Le Sauveur leur fait ensuite cette question: «Lequel des deux a fait la volonté de son père? Le premier, lui dirent-ils». Voyez comme ils ont prononcé leur propre condamnation, en reconnaissant que c'est l'aîné des enfants, le peuple des Gentils qui a fait la volonté de son père; car il est bien mieux de ne pas promettre d'accomplir les commandements de Dieu et de l'accomplir, en effet, que de faire des promesses et d'y être infidèle.

Notre-Seigneur confirme pleinement leur jugement: «Et Jésus leur dit: Je vous dis en vérité que les publicains et les femmes de mauvaise vie vous devanceront dans le royaume de Dieu», c'est-à-dire: ce n'est pas seulement le peuple des Gentils, mais les publicains et les femmes prostituées qui valent mieux que vous.
Origène
Toutefois on ne peut conclure de ce fait que les Juifs n'entreront pas un jour dans le royaume de Dieu, mais ce ne sera que lorsque la plénitude des nations y sera entrée que tout Israël sera sauvé (Rm 11).