Matthieu 21, 29

Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.

Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
Louis-Claude Fillion
Je ne veux pas. Le refus est brutal, irrespectueux au dernier degré : ce mauvais fils ne cherche pas même à adoucir sa désobéissance par une réponse polie. Il est en cela l’image de tant de pécheurs éhontés qui ont perdu toute pudeur, et que leurs fautes ont cessé de faire rougir. « Une vie dans le péché n'est rien d'autre en réalité qu'un cri, qu'une déclaration : Nous ne voulons pas faire la volonté de Dieu », Gerhard. Il est en particulier l’image des publicains, qui avaient d’abord reçu sans en tenir aucun compte les exhortations à la pénitence que le Seigneur leur avait adressées par la bouche du Précurseur et du Messie. Toutefois les natures brusques et violentes ne sont pas toujours les plus mauvaises ; il arrive fréquemment qu’elles se repentent avec générosité et qu’une conversion sincère fasse place à leurs débordement passés : telle fut l’histoire de ce fils rebelle. - Il y alla. Il est digne de remarque que dans plusieurs manuscrits grecs, ainsi que dans les versions copte et syrienne, le verset 29 est devenu le trentième et réciproquement.
Saint Thomas d'Aquin
2194. Vient ensuite le refus : CELUI-CI RÉPONDIT : «JE NE VEUX PAS.» Ceci n’est rien d’autre que de mépriser les commandements de Dieu. Jb 21, 14 : Nous ne voulons pas connaître tes chemins.

Puis, suit l’exécution : ENSUITE, PRIS DE REMORDS, IL Y ALLA. Jr 31, 19 : Après que tu m’as converti, j’ai fait pénitence.
Saint Jérôme
C'est d'abord au peuple des Gentils que Dieu dit par la voix de la loi naturelle: «Allez et tra vaillez à ma vigne», c'est-à-dire: ne faites jamais à un autre ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit. Mais sa réponse fut pleine d'orgueil. «Et son fils lui répondit: «Je ne veux pas y aller».

Mais ensuite, lors de l'avènement du Sauveur, le peuple des Gentils fit pénitence et travailla dans la vigne de Dieu, et répara par l'activité de son travail l'indocilité de sa réponse, comme nous le voyons dans la suite de la parabole: «Mais après, étant touché de repentir, il y alla».
Clément d'Alexandrie
Les portes sont ouvertes à quiconque se tourne sincèrement vers Dieu, de tout son coeur, et le Père reçoit avec joie un fils qui se repent vraiment. C'est le signe d'un repentir véritable que de ne plus retomber dans les mêmes fautes, mais aussi d'extirper complètement de ton âme les péchés pour lesquels tu te juges digne de mort. Une fois qu'ils auront été effacés, Dieu reviendra donc habiter en toi. Car, comme dit l'Écriture, un pécheur qui se convertit et se repent procurera au Père et aux anges du ciel une joie immense et incomparable (cf. Lc 15,10). Voilà pourquoi le Seigneur s'est écrié: C'est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice (Os 6,6 Mt 9,13; 12,7); je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse (Ez 33,11); si vos péchés sont comme la laine écarlate, ils deviendront blancs comme la neige; s'ils sont plus noirs que la nuit, je les laverai, si bien qu'ils deviendront comme la laine blanche (Is 1,18).

Dieu seul, en effet, peut remettre les péchés et ne pas imputer les fautes, alors que le Seigneur nous exhorte à pardonner chaque jour aux frères qui se repentent. Et si nous, qui sommes mauvais, savons donner de bonnes choses aux autres (cf. Mt 7,11), combien plus le Père plein de tendresse (2Co 1,3) le fera-t-il? Le Père de toute consolation, qui est bon, plein de compassion, de miséricorde et de patience par nature, attend ceux qui se convertissent. Or, la conversion véritable suppose que l'on cesse de pécher et que l'on ne regarde plus en arrière.

Dieu accorde donc la rémission des fautes passées, tandis que, pour ce qui concerne le futur, chacun est responsable de ses propres actes. Se repentir, c'est condamner ses fautes passées et prier le Père pour qu'il les oublie. Lui seul peut, dans sa miséricorde, défaire ce qui a été fait et, par la rosée de l'Esprit, effacer les fautes passées.

Si tu es voleur et veux recevoir le pardon, cesse de voler. Si tu as dérobé un objet, restitue-le avec un supplément. As-tu fait un faux témoignage? Exerce-toi à dire la vérité. As-tu été parjure? Ne fais plus de serment. Tu dois aussi refréner les autres passions mauvaises: la colère, la convoitise, la tristesse et la crainte. Les passions que tu as laissé grandir en toi, tu ne pourras sans doute pas les supprimer d'un seul coup. Mais, moyennant un vrai repentir et une application constante, tu y parviendras avec la puissance de Dieu, la prière des hommes et l'aide de tes frères.