Matthieu 21, 2

en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi.

en leur disant : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi.
Louis-Claude Fillion
En leur disant. Le triomphateur donne lui-même des ordres pour organiser son prochain triomphe : il le fait avec la dignité d’un prophète et d’un Homme-Dieu. Pour une entrée triomphale à Jérusalem du côté de l’Est, aucune localité ne convenait mieux que Bethphagé comme point de départ : c’est donc dans le voisinage de ce hameau que Jésus confie la mission suivante à ses deux envoyés. - Au village qui est devant vous, c’est-à-dire en face de vous. En prononçant ces mots, Jésus montrait du doigt les deux ou trois métairies dont se composait Bethphagé. Il dit ensuite aux disciples qu’à l’entrée même du hameau, aussitôt, ils trouveraient une ânesse attachée, et son ânon auprès d’elle. C’est ainsi qu’il embrassait dans sa prédiction les plus petits détails ; Cf. Marc. 11, 2 ; Luc. 19, 30. Mais pourquoi ces animaux ? La réponse est aisée. Le Sauveur veut entrer dans Jérusalem à la façon d’un roi victorieux ; pour cela il lui faut une monture, car il ne conviendrait pas à un triomphateur de s’avancer à pied, perdu au milieu des rangs de la foule. C’est donc la monture de son triomphe que Jésus-Christ envoie chercher. - Déliez-la et amenez-la. Jésus se présente comme le Messie et avec toute l’autorité de ce divin personnage : tout lui appartient en tant qu’il est le chef suprême du peuple juif ; il a par conséquent le droit de tout réquisitionner sur son passage. C’est en vertu de ce droit indiscutable qu’il dispose de l’ânesse et de l’ânon comme un maître.
Saint Thomas d'Aquin
2149. Et [le Seigneur] fait trois choses. Premièrement, il leur adresse un discours salutaire ; deuxièmement, il leur donne un ordre à propos du salut ; troisièmement, [un ordre] au sujet de l’opposition.

Il dit donc : ALLEZ AU BOURG QUI EST DEVANT VOUS. Au sens littéral, il y avait un bourg qui était devant eux, pour signifier le monde dans lequel le Seigneur les envoyait. Mc 16, 15 : Allant par tout le monde, prêchez l’évangile à toute créature. Et ce [monde] s’opposera. Jn 15, 19 : Je vous ai choisis au sein du monde ; c’est pourquoi le monde vous hait. Il dit donc : ALLEZ AU BOURG QUI EST DEVANT VOUS. [Le Seigneur] ordonne quelque chose et annonce à l’avance quelque chose. Il ordonne : ALLEZ etc. ; il annonce à l’avance : VOUS TROUVEREZ UNE ÂNESSE ATTACHÉE, AVEC SON PETIT. Les autres [évangélistes] ne mentionnent pas l’ânesse.

2150. Au sens moral, sont signifiés par l’ânesse et son petit les hommes qui vivent comme des animaux, parce qu’ils sont en cela semblables à des bêtes. Ps 48, 13 : L’homme, alors qu’il vivait dans le luxe, ne comprenait pas ; il se rapprochait de bêtes sans intelligence et leur devenait semblable. Par l’ânesse est signifiée la Judée ; par le petit, le peuple des Gentils. Et pourquoi le peuple juif est-il signifié par l’ânesse ? Parce que l’âne a une triple caractéristique. Premièrement, il est un animal stupide ; c’est pourquoi on l’appelle âne [a-sinus], c’est-à-dire insensé. Ainsi l’homme insensé abandonne-t-il la loi du Seigneur. Dt 32, 6 : Peuple stupide et insensé ! De même, [l’âne] est-il assigné aux fardeaux ; de la même façon, [le peuple] juif est-il accablé sous le poids de la loi, comme le dit Pierre, Ac 15, 10 : C’est un fardeau que ni nous ni nos pères n’avons pu porter. De même l’âne est-il un animal vil ; ainsi dit-on que ceux qui méprisent les commandements du Seigneur sont vils. Mais [une ânesse] ATTACHÉE, à savoir, par les liens de l’ignorance. Sg 17, 17 : Ils étaient tous attachés par la même chaîne de ténèbres. De même étaient-ils attachés par le lien du péché. Pr 5, 22 : Ses iniquités retiennent l’impie.

2151. DÉTACHEZ-LES ET AMENEZ-LES-MOI. Ici, [le Seigneur] indique le salut du peuple. Détachez-les des liens de l’ignorance par l’enseignement. Ps 106[107], 14 : Il les arracha aux ténèbres et à l’ombre de la mort. De même, [détachez-les] des liens des péchés ; ainsi il dit plus haut à Pierre, 16, 19 : Tout ce que tu auras délié sur la terre sera aussi délié dans le ciel. Et en Ps 31[32], 19 : Bienheureux ceux dont les fautes ont été remises et dont les péchés ont été couverts. Ainsi, [les apôtres], en convertissant le peuple, l’ont conduit à Jésus. 1 Co 1, 13 : Est-ce que Paul a été crucifié ? Is 56, 19 : Ils annonceront ma gloire aux païens. Mais, comme le dit l’Apôtre dans Tt 1, 9, il faut que l’évêque possède la doctrine, afin d’être en mesure d’exhorter dans la saine doctrine.
Saint Jean Chrysostome
C'est par suite de quelques rapports d'analogie que les hommes, qui ne connaissent pas le Fils de Dieu, ont été comparés à ces deux animaux. L'âne, en effet, est un animal immonde, le moins intelligent presque de tous les animaux, faible, stupide, vil et fait pour porter les fardeaux. C'est ainsi que les hommes, avant l'avènement du Christ, étaient souillés par le dérèglement de toutes les passions, sans intelligence, parce qu'ils étaient privés de la raison du Verbe, insensés par le mépris qu'ils faisaient de Dieu, faibles dans leur âme, sans noblesse dans les sentiments, parce qu'ayant oublié leur céleste origine, ils étaient devenus les esclaves de leurs passions et des démons; semblables à des bêtes de somme, parce qu'ils portaient le fardeau de l'erreur que les philosophes ou les démons leur avait imposé. L'ânesse était liée, c'est-à-dire retenue dans les liens de l'erreur par le démon, et n'ayant pas la liberté d'aller où elle voudrait. Car avant de pécher, nous sommes libres de suivre le démon ou de lui résister, mais si nous nous laissons une seule fois enchaîner par ses oeuvres en commettant le péché, nous ne pouvons plus lui échapper par notre propre force. Semblable à un vaisseau dont le gouvernail est brisé, et qui devient le jouet de la tempête, l'homme qui a perdu par le péché le secours de la grâce divine, ne fait plus ce qu'il veut, mais ce que veut le démon; et si Dieu ne brise ses chaînes de la puissante main de sa miséricorde, il restera jusqu'à sa mort captif dans les liens du péché. C'est pour cela que le Sauveur dit à ses disciples: «Déliez-les», par votre doctrine, par vos miracles, et c'est ainsi que tous les Juifs et toutes les nations ont été délivrés par les Apôtres. «Et amenez-les moi», c'est-à-dire faites-les servir à ma gloire.