Matthieu 20, 23
Il leur dit : « Ma coupe, vous la boirez ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père. »
Il leur dit : « Ma coupe, vous la boirez ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père. »
Pour attacher ses disciples à la foi dont ils ne comprenaient pas encore la vertu, le Sauveur remet à son Père ce qui regarde la gloire, et ne se réserve que de prédire et de distribuer les afflictions ; quoique cependant tout ce qui est au Père soit au Fils, et tout ce qui est au Fils soit au Père (voir Jean, 17, 10).
Jésus répond : Vous boirez mon calice. Il prophétise ainsi, comme l’admet la tradition, les
souffrances réservées aux fils de Zébédée : « Je vous prédis que vous serez honorés du martyre, et que vous
souffrirez comme moi », S. Jean Chrys. Hom. 65 in Matth. S. Jacques le Majeur vida le premier d’entre les
Apôtres la coupe des persécutions et du martyre, Cf. Act. 12, 2 ; S. Jean vécut le plus longtemps et souffrit
jusqu’à la fin de sa vie : la prédiction s’est donc accomplie à la lettre. Mais ce n’est pas tout. Pour jouir des
places supérieures désirées par les deux disciples, il faut encore qu’une autre condition soit réalisée. - Il ne
m'appartient pas... Jésus parle ici, selon le beau langage de S. Augustin, « à la façon d'un serviteur » : quand
il parle en tant que Dieu, il ne craint pas de dire : « Tout ce qui est à moi est à toi ». Il ne fait donc en aucune
façon l’aveu de son impuissance touchant la requête qui lui est exposée ; mais il approprie à son Père céleste,
comme en d’autres circonstances, Cf. 11, 25 ; 16, 17, tout ce qui concerne l’élection et la prédestination des
Apôtres. Théophylacte fait à ce sujet, d'après S. Jean Chrysostôme, une frappante comparaison : « Si un roi
avait proposé une couronne d'or à celui qui l'emporterait sur tous les autre à la course dans le stade, et si,
alors qu'il la tenait à la main, l'un de ceux qui, non seulement n'avaient pas gagné mais même n'avaient pas
couru, lui réclamait la couronne, il répondrait à juste titre : Tu peux courir certes mais il m'appartient de
donner cette couronne non pas à toi mais à ceux pour qui elle a été prévue, c'est à dire aux vainqueurs ; en
réalité cela ne signifierait pas qu'il ne peut donner, alors que c'est son privilège propre, mais qu'il ne doit la
donner qu'aux vainqueurs pour qui elle avait été prévue ». ; Cf. Jansen. in h. l. Il y a une double antithèse
dans les paroles de Jésus : 1° « Mon calice, à mon Père » ; 2° « vous donner, à ceux pour qui cela a été
préparé ».
2124. Ensuite, [le Seigneur] repousse leur demande. Premièrement, il annonce la passion à venir ; deuxièmement, il répond à la demande.
Il dit donc : VOUS BOIREZ MON CALICE. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Il est vrai que Jacques l’a bu. Ainsi, en Ac 12, 2 : Mais il tua par le glaive Jacques, le frère de Jean. Mais Jean est mort sans [avoir bu] le calice de la passion. Mais il faut dire qu’il ne l’a pas bu jusqu’à la mort ; il fut cependant flagellé, plongé dans l’huile et exilé. De même a-t-il supporté bien des souffrances, et ainsi il ne lui fut pas épargné de boire le calice.
2125. QUE VOUS SIÉGIEZ À MA DROITE. Ici, il répond à la demande de la gloire. Si le Seigneur avait dit : «Je vous l’accorderai», les autres auraient été contristés. S’il avait refusé, [Jacques et Jean] auraient été contristés. C’est pourquoi il leur dit : IL NE M’APPARTIENT PAS D’ACCORDER QUE VOUS SIÉGIEZ À MA DROITE ET À MA GAUCHE, MAIS C’EST POUR CEUX À QUI MON PÈRE L’A PRÉPARÉ. À partir de ce passage, les ariens ont soutenu que la dignité du Père et du Fils n’est pas égale. Jérôme et d’autres expliquent que [le Seigneur] lui-même donne en même temps que le Père. Il veut donc dire : IL NE M’APPARTIENT PAS DE VOUS ACCORDER, comme s’il disait : «L’éminence de la dignité n’est pas donnée à la personne, mais au mérite, et cela selon la prédestination divine.» 1 Co 2, 9 : L’œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, ni n’est apparu dans le cœur de l’homme ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment. Jn 14, 3 : Si je m’en vais, je vous préparerai un endroit, etc. Par cela, [on voit] que le Père et lui-même préparent [un endroit]. Ou bien : IL NE M’APPARTIENT PAS D’ACCORDER, sans le mérite, mais pour les personnes qui l’obtiennent par le mérite ; mais cela m’appartient par la prédestination, qui me vient de mon Père. Augustin [dit] ceci : «Salomé était la sœur de la mère du Christ, et parce qu’ils croyaient obtenir davantage par l’intercession d’une personne plus proche [du Seigneur], ils croyaient qu’il devait le leur accorder, parce qu’ils étaient unis selon la chair. Mais en lui, en une seule personne, existaient deux natures. Il dit donc : «IL NE M’APPARTIENT PAS, à savoir, selon le pouvoir que je tiens du Père. Je vous accorderai donc selon que mon Père en aura disposé.»
Il dit donc : VOUS BOIREZ MON CALICE. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Il est vrai que Jacques l’a bu. Ainsi, en Ac 12, 2 : Mais il tua par le glaive Jacques, le frère de Jean. Mais Jean est mort sans [avoir bu] le calice de la passion. Mais il faut dire qu’il ne l’a pas bu jusqu’à la mort ; il fut cependant flagellé, plongé dans l’huile et exilé. De même a-t-il supporté bien des souffrances, et ainsi il ne lui fut pas épargné de boire le calice.
2125. QUE VOUS SIÉGIEZ À MA DROITE. Ici, il répond à la demande de la gloire. Si le Seigneur avait dit : «Je vous l’accorderai», les autres auraient été contristés. S’il avait refusé, [Jacques et Jean] auraient été contristés. C’est pourquoi il leur dit : IL NE M’APPARTIENT PAS D’ACCORDER QUE VOUS SIÉGIEZ À MA DROITE ET À MA GAUCHE, MAIS C’EST POUR CEUX À QUI MON PÈRE L’A PRÉPARÉ. À partir de ce passage, les ariens ont soutenu que la dignité du Père et du Fils n’est pas égale. Jérôme et d’autres expliquent que [le Seigneur] lui-même donne en même temps que le Père. Il veut donc dire : IL NE M’APPARTIENT PAS DE VOUS ACCORDER, comme s’il disait : «L’éminence de la dignité n’est pas donnée à la personne, mais au mérite, et cela selon la prédestination divine.» 1 Co 2, 9 : L’œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, ni n’est apparu dans le cœur de l’homme ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment. Jn 14, 3 : Si je m’en vais, je vous préparerai un endroit, etc. Par cela, [on voit] que le Père et lui-même préparent [un endroit]. Ou bien : IL NE M’APPARTIENT PAS D’ACCORDER, sans le mérite, mais pour les personnes qui l’obtiennent par le mérite ; mais cela m’appartient par la prédestination, qui me vient de mon Père. Augustin [dit] ceci : «Salomé était la sœur de la mère du Christ, et parce qu’ils croyaient obtenir davantage par l’intercession d’une personne plus proche [du Seigneur], ils croyaient qu’il devait le leur accorder, parce qu’ils étaient unis selon la chair. Mais en lui, en une seule personne, existaient deux natures. Il dit donc : «IL NE M’APPARTIENT PAS, à savoir, selon le pouvoir que je tiens du Père. Je vous accorderai donc selon que mon Père en aura disposé.»
Ou bien encore: «Ce n'est point à moi de vous le donner, c'est-à-dire de le donner à des orgueilleux comme vous, mais cela est réservé aux humbles de coeur auxquels mon Père céleste l'a préparé».
Saint Matthieu met dans la bouche de la mère la de mande qui, d'après saint Marc, a été faite par les enfants de Zébédée eux-mêmes, parce qu'elle n'a été auprès du Seigneur que l'interprète de leurs désirs, et ainsi saint Marc, pour abréger, leur attribue cette demande.
Ou bien enfin, le Seigneur répond à ses disciples comme homme revêtu de la forme de serviteur: «Mais pour ce qui est d'être assis à ma droite, ce n'est point à moi de vous le donner», etc. Or, ce que le Père a préparé, le Fils l'a également préparé; car le Fils et le Père ne sont qu'un.
Il n'est pas étonnant que le Sauveur les reprenne de leur ignorance, puisqu'il est dit de Pierre lui-même: «Il ne savait pas ce qu'il disait» ( Lc 9,33 ).
Le mot calice, dans le style des Écritures, signifie souffrance, comme dans le Ps 116,13
Quant à moi, telle n'est pas mon opinion, mais je pense que le Sauveur ne nomme pas ceux qui seront assis dans le royaume des cieux, dans la crainte que cette désignation spéciale de quelques-uns, ne parût une exclusion pour les autres. En effet, la gloire du royaume des cieux ne dépend pas seule ment de celui qui la donne, mais aussi de celui qui la reçoit; car Dieu ne fait acception de per sonne, et celui qui se rendra digne de ce royaume, recevra ce que Dieu a préparé, non pas à la personne, mais à la vie sainte et pure. Si donc vous vous rendez dignes par vos vertus du royaume des cieux, vous en serez mis en possession. Cependant il ne leur dit pas: Vous ne serez pas assis à ma droite, pour ne pas les couvrir de confusion, ni: Vous y serez assis, pour ne pas froisser les autres disciples.
Or, en s'exprimant de la sorte, il leur fait comprendre qu'ils ne demandent rien de spirituel, et que s'ils avaient su ce qu'ils demandaient, jamais ils n'auraient songé à en faire l'objet d'une prière dont l'accomplissement surpasse le pouvoir des puissances célestes.
Ou bien ils font cette réponse moins par confiance dans leur propre force que par ignorance de leur fragilité; car la tentation de la souffrance et de la, mort paraît légère à ceux qui ne l'ont pas éprouvée.
Ou bien encore, ils promettent de boire ce calice par le désir qu'ils en ont; car ils n'auraient jamais parlé de la sorte, si ce qu'ils demandaient n'avait été l'objet de leur attente. Or, le Seigneur leur prédit des biens du plus grand prix, c'est-à-dire qu'ils seront rendus dignes de souffrir le martyre.
Ces deux disciples se voyaient plus ho norés que les autres, ils avaient entendu dire au Sauveur: «Vous serez assis sur douze trô nes», ils demandent donc d'occuper les premiers. Ils savaient bien qu'ils étaient plus élevés en dignité que les autres auprès de Jésus-Christ, mais ils craignaient que Pierre n'obtint la pri mauté sur eux. Aussi un autre Évangéliste nous rapporte que, comme ils approchaient de Jéru salem, ils s'imaginaient que le royaume de Dieu allait s'établir, c'est-à-dire un royaume visible, preuve évidente qu'ils ne demandaient rien de spirituel, et qu'ils n'avaient aucune idée d'un royaume plus élevé.
Ou bien dans un autre sens, nous ne prétendons pas que la demande de cette femme soit légitime, mais nous disons qu'elle désirait pour ses enfants, non pas les biens de la terre, mais les biens du ciel. Elle ne partageait pas les sentiments des autres mères, qui aiment le corps de leurs enfants, et ne font aucun cas de leur âme, et qui désirent les voir réussir et prospérer en ce monde, sans avoir aucun souci de ce qu'ils auront à souffrir dans l'autre; elles montrent ainsi qu'elles sont les mères des corps, mais non des âmes de leurs enfants. Je pense donc que ces deux frères ayant entendu le Seigneur prédire sa passion et sa résurrection, se dirent en eux-mêmes dans le sen timent de foi qui les animait: voici que le roi du ciel va descendre dans le royaume des en fers pour détruire l'empire de la mort; lorsque sa victoire sera consommée, que lui restera-t-il, que de recevoir les honneurs et la gloire de la royauté?
Souvent, en effet, le Seigneur permet que ses disciples aient des pensées, tiennent des discours répréhensibles, pour y trouver l'occasion d'expliquer les règles de la vie chrétienne; car il sait que leur erreur ne peut leur nuire tant que leur maître est avec eux, et la doctrine qu'il leur expose devient une source d'édification, non-seulement dans le présent, mais pour l'avenir.
Notre-Seigneur savait qu'ils étaient disposés à le suivre jusque dans ses souffrances, mais il leur fait cette question pour nous apprendre que personne ne peut régner avec lui sans avoir participé à sa passion; car un trésor aussi précieux ne peut s'acquérir à vil prix (cf. 2Tm 2,12 Rm 8,17 ). Or, la passion du Sauveur, ce n'est pas seulement la persécution des Gentils, mais toute violence que nous souffrons en combattant contre le péché.
Il leur dit donc: «Pouvez-vous boire ?» etc., c'est-à-dire: «Vous me parlez de gloire et de couronnes, et moi je vous parle de combats et de fatigues, car le temps des récompenses n'est pas encore venu». Par la manière dont il leur fait cette question, il les encourage et les attire; il ne leur dit pas: Pourrez-vous répandre votre sang? mais: «Pouvez-vous boire le calice ?» et il ajoute: «Que je dois boire», pour enflammer plus vivement leurs désirs par ce rapprochement.
Ou bien dans un autre sens, cette place est inaccessible, non-seulement aux hommes, mais encore aux anges; car saint Paul nous déclare en ces termes qu'elle est l'apanage exclusif du Fils unique: «A qui, parmi les anges, a-t-il jamais dit: Asseyez-vous à ma droite ?» C'est donc uniquement par condescen dance pour ceux qui l'interrogent, et non pour établir que quelques-uns des saints seraient assis à ses côtés, qu'il répond à leur question; car le Seigneur leur répond: «Vous mourrez, en effet, pour moi, mais cela ne suffit pas pour: que vous obteniez la première place; car s'il s'en trouve un autre qui joint au martyre une vertu plus parfaite, mon amour pour vous ne peut aller jusqu'à lui enlever la première place pour vous la donner». Mais il ne veut pas que l'on croie que c'est impuissance de sa part, aussi ne dit-il pas simplement: Ce n'est point à moi de don ner, mais: «Ce n'est point à moi de vous le donner», cela est réservé à ceux à qui mon Père l'a préparé, c'est-à-dire à ceux qui peuvent briller par l'éclat de leurs bonnes oeuvres.
Ils ne savent encore ce qu'ils demandent, parce que la gloire réservée aux Apôtres ne pouvait faire l'objet d'aucune discussion, après qu'il leur avait prédit si clairement qu'ils devaient juger le monde.
Notre-Seigneur, tout en louant la foi qui les anime, leur déclare qu'ils se ront associés à ses souffrances, mais que Dieu, son Père, avait disposé en faveur d'autres de l'honneur de s'asseoir à sa droite et à sa gauche: «Mais pour ce qui est d'être assis à ma droite et à ma gauche», etc. Dans notre opinion, cet honneur n'est pas tellement réservé à d'autres, que les Apôtres n'y aient point de part, eux qui, assis sur les sièges des patriarches, jugeront les douze tribus d'Israël. Autant que l'Évangile nous permet de le conclure, nous ver rons assis aux côtés du Sauveur Moise et Elle, au milieu desquels il parut sur la montagne dans tout l'éclat de sa gloire ( Mt 18; Mc 9; Lc 9).
Jésus-Christ ne leur dit pas: Vous pouvez boire mon calice, mais les yeux fixés sur la perfection à laquelle ils devaie nt atteindre, il leur dit: «Il est vrai que vous boirez mon calice».
Dans les cours des rois de la terre, on regarde comme un grand honneur d'être assis près du roi, il n'est donc pas étonnant que cette femme, dans la simplicité et l'inexpérience de son sexe, ait cru pouvoir faire au Sauveur une semblable demande. Ses deux enfants eux-mêmes, qui étaient encore bien imparfaits, et n'avaient pas des pensées fort élevées du règne du Christ, partagèrent les idées de leur mère sur la destinée de ceux qui seront assis avec Jésus.
C'est, en effet, après qu'il a détruit le péché qui régnait dans nos corps mortels et toute la puissance des esprits de malice, que Jésus-Christ reçoit parmi les hommes les honneurs de la souveraineté, ce qui est pour lui s'asseoir sur le trône de sa gloire. Dieu agit en toute puissance à sa droite et à sa gauche, en ne souffrant aucun mal en sa présence. Parmi ceux qui s'approchent de Jésus-Christ, ceux qui sont les plus élevés, sont à sa droite; ceux qui sont au-dessous, sont à sa gauche. Par la droite du Christ, peut-être peut-on comprendre toute créature invisible; et par la gauche toute créature visible et corporelle. Dans le nombre de ceux qui s'approchent du Christ, les uns prennent la droite, c'est-à-dire les choses intelligibles, les autres la gauche, c'est-à-dire les choses sensibles.