Matthieu 20, 21

Jésus lui dit : « Que veux-tu ? » Elle répondit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. »

Jésus lui dit : « Que veux-tu ? » Elle répondit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. »
Louis-Claude Fillion
Que veux-tu ?. Le Sauveur déjoue la politique maternelle en demandant brusquement, sèchement, l’objet précis de la supplique. - Cette fois Salomé s’exprime avec toute la clarté désirable. - Dis, c’est-à-dire « ordonne ». - Mes deux fils que voici est pittoresque : elle montre à Jésus ses deux fils agenouillés derrière elle. - L'un à votre droite... Dans tous les temps et chez tous les peuples, les deux places d’honneur ont été, comme elles le sont aujourd’hui, à la droite et à la gauche du personnage principal ; Cf. 3 Reg. 2, 19 ; Ps. 44, 10 : 109,1 ; Jos. Ant. 6, 11, 7. « Dans les temps à venir, le Dieu très saint fera asseoir le roi Messie à sa droite, et Abraham à sa gauche », Talmud (ap. Wetstein). Salomé demandait en conséquence pour ses deux fils le rang de premiers ministres dans le royaume futur de Jésus. C’est bien une mère prise sur le fait, mais une mère oubliant momentanément la grâce pour écouter les inspirations de la nature. Les Saints Pères, sans excuser Salomé, veulent qu'avant de la juger nous nous rappelions ce qu'elle était : « Si c'est une erreur, c'est une erreur de tendresse ; les entrailles d'une mère ignorent la patience… Souvenez vous qu'elle était mère, pensez à cette mère », S. Ambr. Lib. 5 de fide, c. 2. « En présentant sa demande, la mère des fils de Zébédée commet une erreur de femme emportée par l'amour, ne sachant pas ce qu'elle demandait », S. Jérôme.
Saint Thomas d'Aquin
2118. C’est pourquoi le Christ, plus sage, ne voulut pas y donner suite avant qu’elle ne soit explicitée, plus haut, 12, 42 : Il y a ici plus que Salomon. Suit donc l’explicitation de la demande : ORDONNE QUE MES DEUX FILS QUE VOICI SIÈGENT, L’UN À TA DROITE, L’AUTRE À TA GAUCHE, DANS TON ROYAUME.

Mais une question se pose : où cette femme avait-elle pris cette idée ? Elle avait entendu parler de la passion et de la résurrection ; elle en avait donc conçu quelque chose de charnel, qui devait se réaliser immédiatement à Jérusalem. Elle voulut donc demander que ses fils soient avantagés. Elle avait aussi entendu dire que les Douze devaient juger ; elle voulait donc que les siens aient préséance. Elle comprenait donc au sens littéral. Et il faut savoir que Jacques et Jean étaient les plus honorés par le Christ après Pierre. Ils voulaient donc écarter Pierre.

2119. Chrysostome donne une autre interprétation : cette [femme] demanda quelque chose de spirituel, et elle doit être louée pour cela, car les mères demandent ce qui est temporel plutôt que ce qui est spirituel. De sorte que la mère, si elle voit son fils pécher, ne s’en afflige pas autant que si elle le voit malade. Ainsi, par la droite, sont signifiées les réalités spirituelles, et, par la gauche, les réalités terrestres. Ou bien, nous pouvons comprendre par la droite et la gauche la vie active et la vie contemplative. [La mère] demande donc que [ses fils] soient parfaits dans les deux vies. Ct 2, 6 : Sa gauche sera sous ma tête et sa droite m’enlacera.
Saint Jean Chrysostome
Cette mère des enfants de Zébédée est Salomée, dont un autre Évangéliste ( Mc 15,40 ) nous fait connaître le nom, femme vraiment pacifique, qui a enfanté les enfants de la paix. Nous pouvons juger ici du mérite et de la gloire de cette femme qui, non contente de voir ses enfants quitter leur père, abandonne elle-même son mari pour suivre Jésus-Christ; car son mari pouvait vivre sans elle, mais pour elle, elle ne pouvait obtenir le salut sans Jésus-Christ. On peut admettre, d'ailleurs, que Zébédée était mort dans l'espace de temps qui s'écoula de la vocation des Apôtres à la passion du Sauveur. C'est donc alors que cette femme d'un sexe faible et accablée par l'âge, marchait à la suite de Jésus-Christ; car la foi ne vieillit point, et la piété ne connaît point la fatigue. L'affection naturelle pour ses enfants lui, donne la hardiesse de faire au Sauveur une demande. «Elle l'adora en lui témoignant qu'elle voulait lui demander quelque chose», c'est-à-dire elle commence par lui rendre ses hommages pour assurer le succès de sa demande. «Il lui dit: Que voulez-vous ?» S'il lui fait cette question, ce n'est point qu'il ignore ce qu'elle désire, mais il veut lui montrer tout ce que la demande qu'elle allait lui adresser avait de déraisonnable. «Et elle lui dit: Ordonnez que mes deux enfants soient assis», etc.