Matthieu 16, 24

Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.

Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Catéchisme de l'Église catholique
La Croix est l’unique sacrifice du Christ " seul médiateur entre Dieu et les hommes " (1 Tm 2, 5). Mais, parce que, dans sa Personne divine incarnée, " il s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme " (GS 22, § 2), il " offre à tous les hommes, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal " (GS 22, § 5). Il appelle ses disciples à " prendre leur croix et à le suivre " (Mt 16, 24) car " il a souffert pour nous, il nous a tracé le chemin afin que nous suivions ses pas " (1 P 2, 21). Il veut en effet associer à son sacrifice rédempteur ceux-là même qui en sont les premiers bénéficiaires (cf. Mc 10, 39 ; Jn 21, 18-19 ; Col 1, 24). Cela s’accomplit suprêmement pour sa Mère, associée plus intimement que tout autre au mystère de sa souffrance rédemptrice (cf. Lc 2, 35) :

C’est par cette puissance de l’Esprit que les enfants de Dieu peuvent porter du fruit. Celui qui nous a greffés sur la vraie Vigne, nous fera porter " le fruit de l’Esprit qui est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi " (Ga 5, 22-23). " L’Esprit est notre Vie " : plus nous renonçons à nous-mêmes (cf. Mt 16, 24-26), plus " l’Esprit nous fait aussi agir " (Ga 5, 25) :

" Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive " (Mt 16, 24).
Pape Saint Jean-Paul II
En appelant le jeune homme à le suivre sur le chemin de la perfection, Jésus lui demande de vivre parfaitement le commandement de l'amour, « son » commandement : entrer dans le mouvement de son don total, imiter et revivre l'amour même du « bon » Maître, de celui qui a aimé « jusqu'à la fin ». C'est ce que Jésus demande à tout homme qui veut se mettre à sa suite : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive » (Mt 16, 24).
Concile œcuménique
Poussés par la charité qui vient de Dieu, ils pratiquent le bien à l’égard de tous, surtout de leurs frères dans la foi (cf. Ga 6, 10), rejetant « toute malice, toute fraude, hypocrisie, envie, toute médisance » (1 P 2, 1), entraînant ainsi les hommes vers le Christ. Or, la charité divine, qui « est répandue dans les cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5), rend les laïcs capables d’exprimer concrètement dans leur vie l’esprit des Béatitudes. Suivant Jésus pauvre, ils ne connaissent ni dépression dans la privation, ni orgueil dans l’abondance ; imitant le Christ humble, ils ne deviennent pas avides d’une vaine gloire (cf. Ga 5, 26), mais ils s’efforcent de plaire à Dieu plutôt qu’aux hommes, toujours prêts à tout abandonner pour le Christ (cf. Lc 14, 26) et à souffrir persécution pour la justice (cf. Mt 5, 10) se souvenant de la parole du Seigneur : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24). Entretenant entre eux une amitié chrétienne, ils se prêtent un mutuel appui en toutes nécessités.
Louis-Claude Fillion
Troisième parole. - Alors Jésus dit... La leçon que Jésus-Christ se propose d’unir à cet incident ayant une importance universelle pour son Église, il eut soin, d’après S. Marc, 8, 34, de faire approcher la foule qui se tenait alors à quelque distance. Quand elle se fut groupée autour de sa personne divine, il tira la morale de la scène qui s’était passée entre S. Pierre et lui. Les lignes suivantes de S. Jean Chrysostôme expriment fort bien la liaison qui existe entre les deux scènes : « le Fils de Dieu ne se contenta pas d’une réprimande si sévère. Il voulut faire voir quelle était la vanité des paroles de cet apôtre, et quel serait le fruit, au contraire, que tout le monde tirerait de sa passion. Vous m’exhortez, lui dit-il, à avoir pitié de moi-même et vous désirez que ces souffrances ne m’arrivent pas; et moi je vous dis au contraire que non-seulement il vous serait très-dangereux de vous opposer à ma croix et d’empêcher que je ne meure pour vous, mais que vous périrez très-certainement et que vous ne pourrez prétendre aucune part au salut, si vous n’êtes disposé vous-même aux souffrances et toujours prêt à la mort. Il veut que ses disciples reconnaissent qu’il n’était pas indigne de lui de mourir en croix et de mourir non-seulement pour les raisons qu’il leur avait déjà dites, mais encore pour les grands avantages que sa mort produirait pour toute la terre », Hom. 55. - Si quelqu'un veut... Tournure aimable pour exprimer une chose nécessaire et difficile. Il faut bien qu’on marche à la suite de Jésus, en d’autres termes, que l’on se fasse son disciple, si l’on veut arriver au salut ; mais comme de fait personne ne devient malgré lui disciple de Jésus-Christ, Dieu abandonnant cette démarche à la liberté individuelle, Notre-Seigneur dit en ce sens : Si quelqu’un a cette volonté bien arrêtée, à quoi doit-il s’attendre ici-bas, quelle sorte de vie faut-il qu’il embrasse ? Jésus l’indique très explicitement. - Qu'il renonce à lui-même : c’est l’élément fondamental de la vie chrétienne ; elle commence par le renoncement poussé à ses dernières limites, jusqu’à l’abnégation du moi. Sans ce détachement, tout le reste n’est rien ; par ce détachement, la transformation chrétienne est opérée en un clin d’œil. Quelle profonde philosophie dans ce précepte de Jésus ! «C’est peu, remarque saint Grégoire, Hom. 32 in Evang., de renoncer à ce qu’on a, mais c’est considérable de renoncer à ce qu’on est ». Quelle profonde philosophie dans ce précepte de Jésus ! S. Jean Chrysostôme fait observer que le Sauveur « ne nous dit pas simplement que nous n’épargnions pas (notre corps) ; mais que nous "le renoncions", c’est- à-dire que nous l’abandonnions aux périls et aux souffrances, et que nous ayons moins de compassion de lui que d’un étranger ou d’un ennemi », loc. cit. - Une belle métaphore que nous avons déjà rencontrée, 10, 38, exprime mieux encore l’étendue du renoncement exigé par Notre-Seigneur Jésus-Christ de tous ses disciples sans exception : - Qu'il porte sa croix. La croix, l’instrument du supplice le plus honteux, saisie avec empressement, glorieusement et constamment portée par chaque chrétien : perspective affreuse si nous étions livrés à nous-mêmes. Mais le Sauveur ajoute par mode d’encouragement : - et qu'il me suive, promettant ainsi de nous précéder sur la route du Calvaire. Il indique aussi par ces derniers mots la part active que nous devons prendre à notre rédemption. Renoncer à soi-même, c’est une chose négative : mais porter sa croix et suivre le divin Crucifié, c’est du positif, c’est de l’action.
Saint Thomas d'Aquin
1870. ALORS JÉSUS DIT À SES DISCIPLES. Ici, [le Seigneur] exhorte à imiter sa passion. Premièrement, il présente son exhortation ; deuxièmement, [il en donne] la raison ; troisièmement, il la confirme. Le second point [se trouve] en cet endroit : QUI VEUT SAUVER SON ÂME LA PERDRA [16, 25] ; le troisième, en cet endroit : QUE SERT À L’HOMME DE GAGNER LE MONDE ENTIER, etc. [16, 26].

1871. Pierre voulait donc empêcher la passion, mais [le Seigneur] invite [ses disciples] : SI QUELQU’UN VEUT VENIR À MA SUITE, QU’IL SE RENIE LUI-MÊME, QU’IL PRENNE SA CROIX ET QU’IL ME SUIVE. Comme s’il disait : «Il faut que vous soyez prêts à imiter la passion du Christ.» Les martyrs l’imitent d’une manière particulière, corporellement, mais les hommes spirituels [l’imitent] d’une manière spirituelle, en mourant spirituellement pour le Christ. On peut donc entendre [ce qu’il dit] de la croix corporelle. Chrysostome [écrit] : «Ainsi donc, lorsqu’il dit : “Pierre, passe derrière moi”, comprenez qu’il a dit cela au seul Pierre ; mais lorsqu’il dit : “Si quelqu’un veut venir après moi, etc.”, il veut que tous les hommes viennent vers lui.» Et [le Seigneur] dit : VEUT, car celui qui est attiré par volonté est davantage attiré que celui qui l’est de manière violente. Ps 53, 8 : Je sacrifierai de tout cœur.

1872. [Le Seigneur] dit donc trois choses : QU’IL SE RENIE LUI-MÊME ; QU’IL PRENNE SA CROIX et QU’IL ME SUIVE. Chrysostome dit que [le Seigneur] parle par mode de comparaison. Si tu as un fils et que tu vois qu’il est maltraité, si tu n’en prenais pas soin, tu le renierais. Ainsi, si tu veux suivre la passion du Seigneur, il faut que tu te renies et que tu te considères comme rien. Ps 37, 15 : Et je suis devenu comme un sourd, qui n’a rien à répliquer. Et Pr 23, 35 : On m’a battu, et je n’ai point de mal ; on m’a roué de coups, et je n’ai rien senti. QU’IL PRENNE SA CROIX ET QU’IL ME SUIVE : il faut qu’il soit prêt à endurer la croix ou à mourir d’une mort très pénible et très humiliante. Sg 2, 20 : Condamnons-le à la mort la plus humiliante. L’homme doit donc être prêt à subir n’importe quelle mort pour Dieu. Souffrir pour ses fautes est honteux, mais [souffrir] pour Dieu ne l’est pas. Ainsi, 1 P 4, 15 16 [dit] : Que personne n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur ou pour avoir convoité les biens des autres. Mais, si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas honte, mais qu’il glorifie Dieu de porter ce nom.

1873. Selon Grégoire, cela s’entend de la mise à mort spirituelle. En effet, il existe un triple reniement de soi. Premièrement, lorsqu’on renie l’état d’un péché antérieur. Rm 6, 11 : Considérez-vous comme morts au péché. De même, si l’on n’est pas dans le péché, mais qu’on passe à un état parfait. Ph 3, 11 12 : Afin de parvenir à la résurrection d’entre les morts, non pas que j’aie déjà atteint le but ou que je sois devenu parfait, mais je poursuis ma course pour tâcher d’y parvenir, ayant été moi-même saisi par le Christ Jésus. De même, celui qui renie son propre désir. Ga 2, 9 : Mais moi je suis mort à la loi par la loi afin de vivre pour Dieu : j’ai été attaché à la croix avec le Christ. Et 2 Co 5, 14 : Si un seul est mort, tous sont morts.

1874. QU’IL PRENNE SA CROIX. La croix tire son nom de «supplice» [cruciatus]. Est supplicié spirituellement celui dont l’esprit est tourmenté par la compassion envers le prochain, comme l’Apôtre, Rm 12, 15 : Pleure avec ceux qui pleurent. De même, quelqu’un est-il supplicié par la pénitence. Ga 5, 24 : Ceux qui appartiennent au Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses désirs. ET QU’IL ME SUIVE. Plusieurs compatissent, mais ils ne suivent pas. Celui qui compatit et est dans le péché ne suit pas, car le Christ est venu pour détruire les péchés. De même, si tu t’affliges par vaine gloire, tu ne suis pas Dieu, plus haut, 6, 16 : Lorsque vous jeûnez, ne devenez pas tristes comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour paraître jeûner aux yeux des hommes, etc.
Saint Grégoire le Grand
Il y a aussi deux manières de porter sa croix, lorsqu'on mortifie son corps par l'abstinence, ou lorsqu'on afflige son âme en compatissant aux misères du prochain. Mais comme les vertus sont toujours entremêlées de quelques vices, il faut nous avouer à nous-mêmes que la vaine gloire vient quelquefois attaquer la mortification de la chair; car la mai greur extérieure du corps, la pâleur du visage, découvrent la vertu et l'exposent aux louanges des hommes. D'un autre côté, la compassion dégénère presque toujours secrètement en une fausse tendresse, qui l'entraîne quelquefois jusqu'à la condescendance pour les vices; et c'est pour nous faire éviter ce danger qu'il ajoute: «Et qu'il me suive».
Saint Jérôme
Ou bien encore, celui qui est crucifié au monde porte sa croix, et celui pour lequel le monde est crucifié marche à la suite du Seigneur attaché sur la croix.
Saint Jean Chrysostome
Après que Pierre eut dit au Sauveur: «Soyez-vous favorable, cela ne vous arrivera pas», et qu'il en a reçu cette réponse: «Retirez-vous derrière moi, Satan», Notre-Seigneur, non content de lui avoir fait ce reproche, veut lui démontrer pleinement toute l'inconvenance de son langage et les fruits de sa passion: «Alors Jésus dit à ses disciples «Si quelqu'un veut venir après moi», paroles dont voici le sens: Vous me dites: Épargnez-vous, Seigneur, et moi je vous dis que non-seulement c'est une chose funeste pour vous de me dis suader de souffrir, mais que vous-mêmes vous ne pourrez être sauvés sans souffrir et mourir, et sans un renoncement continuel à votre vie. Remarquez, du reste, qu'il n'impose pas ici de nécessité. Il ne dit pas: Quand même vous ne voudriez pas, il vous faut souffrir, mais: «Si quelqu'un veut», paroles qui étaient pour ses disciples un attrait bien plus puissant, car en lais sant toute liberté à celui qui vous écoute, vous l'attirez plus sûrement, tandis que vous l'éloignez davantage si vous lui faites violence. Ce n'est pas, du reste, à ses disciples seuls qu'il propose ces conditions, c'est en général à tout l'univers: «Si quelqu'un veut», c'est-à-dire si une femme, si un homme, si un roi, si un esclave, etc. Or, ces conditions sont au nombre de trois: Qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix, et qu'il me suive.

Ou bien encore, celui qui renonce son frère, ou son serviteur, ou n'importe quel autre homme, c'est celui qui ne lui porte aucun secours lorsqu'il le voit déchiré sous les coups de fouets, ou soumis à d'autres tourments. Ainsi le Sauveur veut-il que nous ne ménagions pas davantage notre corps, soit qu'on nous frappe de verges, soit qu'on nous accable d'autres mauvais traitements; car c'est l'épargner en réalité, de même que les pères épargnent véritablement leurs enfants, lorsque les confiant aux soins de leurs maîtres, ils leur recommandent de n'avoir pour eux aucun ménagement. Et ne croyez pas que ce renon cement à soi-même ne doive s'étendre qu'aux paroles injurieuses et aux outrages. Notre-Seigneur nous découvre clairement jusqu'où il faut porter ce renoncement, jusqu'à la mort la plus honteuse, jusqu'à la mort de la croix, comme il nous l'exprime par ces paroles: «Qu'il porte sa croix, et qu'il me suive».

Mais comme les voleurs eux-mêmes sont exposés à de nombreuses et à de rudes épreuves, Notre-Seigneur, ne voulant pas vous laisser croire qu'il suffit de souffrir en général, vous fait connaître la cause pour laquelle vous devez souffrir, en ajoutant: «Et qu'il me suive». C'est-à-dire qu'il vous faut tout supporter pour l'amour de lui, et pratiquer à son exemple toutes les vertus; car la seule manière légitime de suivre Jésus-Christ, c'est d'être plein de zèle pour les vertus, et de tout supporter pour l'amour de lui.
Origène
Ces paroles peuvent s'entendre de deux manières: premièrement, si quelqu'un, par af fection pour la vie présente, épargne son âme dans la crainte de la mort, et parce qu'il croit que cette mort est la perte de son âme, en voulant sauver son âme, de cette manière, il la perdra, et lui fera perdre tous ses droits à la vie éternelle. Mais celui, au contraire, qui méprise la vie présente et qui aura combattu jusqu'à la mort pour la vérité (cf. Si 4,23 ), celui-là perdra son âme pour cette vie, mais comme il la perd pour Jésus-Christ, il la sauve infailliblement pour la vie éternelle. Ou bien encore, dans un autre sens Si quelqu'un comprend en quoi consiste le salut véritable, et veut procurer ce salut à son âme, en se renonçant lui-même, il perd son âme pour Jésus-Christ, quant à la jouissance des plaisirs charnels; et en perdant son âme de cette manière, il la sauve par les oeuvres de piété. Cette expression: «Celui qui voudra», indique que cette proposition et celle qui précède n'ont qu'un seul et même sens. Si donc ce que Jésus a dit plus haut: «Qu'il se renonce lui-même», doit s'entendre de la mort du corps, nous devons conclure que tout doit s'entendre de cette mort seule. Si, au contraire, se renoncer soi-même c'est se dépouiller de toute habitude de vie sensuelle, perdre son âme, c'est vivre entièrement séparé des plaisirs de la chair.