Matthieu 14, 19
Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule.
Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule.
Fraction du Pain parce que ce rite, propre au repas juif, a été utilisé par Jésus lorsqu’il bénissait et distribuait le pain en maître de table (cf. Mt 14, 19 ; 15, 36 ; Mc 8, 6. 19), surtout lors de la dernière Cène (cf. Mt 26, 26 ; 1 Co 11, 24). C’est à ce geste que les disciples le reconnaîtront après sa résurrection (cf. Lc 24, 13-35), et c’est de cette expression que les premiers chrétiens désigneront leurs assemblées eucharistiques (cf. Ac 2, 42. 46 ; 20, 7. 11). Ils signifient par là que tous ceux qui mangent à l’unique pain rompu, le Christ, entrent en communion avec Lui et ne forment plus qu’un seul corps en Lui (cf. 1 Co 10, 16-17).
Apportez-les moi. Jésus se fait apporter les cinq pains et les deux poissons qui vont servir de matière à l’un
de ses miracles les plus éclatants. Puis, à la façon d’un hôte qui, avant de commencer le repas, distribue aux
convives leurs places respectives, il établit entre ses nombreux invités un ordre harmonieux qui rendra le
service plus facile. Voir les détails dans S. Marc et S. Luc. - S'asseoir sur l'herbe. La région dans laquelle se
trouvait Jésus abonde en pâturages, comme tant d’autres endroits déserts de la Palestine au printemps, - et
c’était précisément alors cette saison de l’année, - elle est couverte d’une herbe longue et serrée qui fournit
pour ce repas providentiel les couches usitées aux festins des anciens : de là le mot « s'asseoir ». Ayant pris
les cinq pains. Il prit les cinq pains à la fois et c’était chose facile, car les pains orientaux ont toujours été
minces et légers. Ils ressemblent encore à des galettes qui ont l’épaisseur d’un doigt et la largeur d’une
assiette ordinaire, Cf. Robinson, Palæstina, 3, p.40 et 293 ; de Wette, Archæologie, § 133. - Levant les yeux.
En agissant ainsi, Jésus paraît s’être conformé à une ancienne coutume religieuse des Juifs. Au
commencement de chaque repas, le père de famille prenait un pain et le bénissait en prononçant sur lui, les
yeux levés au ciel, une formule traditionnelle qui avait probablement une grande analogie avec la suivante,
dont les Israélites se servent aujourd’hui : « Sois béni, Jéhova notre Seigneur, roi du monde, qui fais sortir le
pain de la terre ». Celui, dit le Talmud, qui jouit d’une chose sans action de grâces, ressemble à un homme
qui volerait Dieu. Mais Jésus faisait assurément quelque chose de plus qu’une simple action de grâces. En
levant les yeux vers le ciel, il s’unissait à son divin Père, il montrait la source de la puissance merveilleuse
qu’il allait manifester. En bénissant les pains, il leur communiquait la fécondité en vertu de laquelle ils
devaient rassasier une si grande quantité de personnes. - Rompant les pains. « Jésus , en les rompant , y
répandit l'abondance » , dit saint Jérôme, Comment. in h. l. Luc de Bruges ajoute avec beaucoup de justesse :
« La multiplication des pains a commencé par cette fraction de Jésus; elle s’est amplifiée par la distribution des disciples; et elle a trouvé son apogée dans les mains de ceux qui les ont mangés ». Tel est en effet le
mode le plus naturel et le plus raisonnable de la multiplication des cinq pains. Il en fut de même pour les
poissons. - Il les donna à ses disciples... L’analogie qui existe entre ce passage et l’institution de la sainte
Eucharistie est vraiment remarquable ; Cf. 26, 26 : elle le devient davantage encore si l’on se rappelle que, le
lendemain de ce miracle, Jésus promit, dans la synagogue de Capharnaüm, l’institution de l’adorable
Sacrement de l’autel ; Cf. Joan. 6, 22 et ss. - Les disciples les donnèrent aux foules. La distribution aurait été
trop lente si le Sauveur eût entrepris de la faire lui-même : c’est pourquoi il en chargea ses Apôtres qui, en
moins d’une heure, grâce à l’organisation de la foule par groupes de cinquante et de cent, purent s’en
acquitter aisément.
1691. ET APRÈS AVOIR ORDONNÉ QUE LA FOULE S’ASSOIE SUR L’HERBE, etc. Ici est présentée l’installation des gens, car il les fit asseoir sur l’herbe. Is 40, 6 : Toute chair est comme l’herbe. S’asseoir sur l’herbe n’est donc rien d’autre que de mortifier sa chair. Col 3, 5 : Mortifiez vos membres terrestres. De même, la loi est signifiée par l’herbe. Parce que ceux-ci étaient juifs, ils étaient élevés par la loi. Il ne voulut donc pas qu’ils s’assoient par terre.
1692. IL PRIT LES CINQ PAINS ET LES DEUX POISSONS, etc. Il faut remarquer que le Seigneur, lorsqu’il fait des miracles, parfois prie et parfois ne prie pas. Parfois il prie, comme ici, afin de montrer qu’il est vraiment un homme ; parfois aussi il fait des choses plus grandes et ne prie pas, afin de montrer qu’il est Dieu.
1693. LEVANT LES YEUX AU CIEL, IL BÉNIT. AU CIEL, c’est-à-dire vers son Père. Ps 120[121], 1 : J’ai levé les yeux vers les montagnes d’où me viendra le secours. IL BÉNIT, car tout est béni par la parole de Dieu. Il faut remarquer que notre bénédiction n’est pas créatrice, mais a valeur de signe ; mais la bénédiction de Dieu est créatrice. Ainsi, la bénédiction a un rapport avec la multiplication. Gn 1, 22 : [Dieu] bénit et dit : «Croissez et mutipliez-vous, et remplissez la terre.»
1694. ROMPANT LES PAINS, IL LES DONNA À SES DISCIPLES. Par cela est signifié que la première distribution a été faite aux disciples par le Christ tête. 1 Co 11, 3 : Le Christ est la tête de tous les hommes. Mais il a rompu [le pain] afin d’indiquer sa distribution. Is 58, 7 : Romps ton pain avec celui qui a faim. IL LES DONNA AUX DISCIPLES, en tant qu’ils sont médiateurs, plus loin, 26, 20 : Prenez et mangez. 1 Co 11, 28 : Et que l’homme se montre digne de manger ce pain et de boire cette coupe, etc. QUI LES DONNÈRENT AUX FOULES, en tant qu’ils sont les dispensateurs.
1695. Mais comment [les pains] ont-ils été multipliés ? Il faut dire que les morceaux ont été multipliés. Certains disent que cela peut être fait naturellement : en effet, le rapport de la matière à la forme est semblable à celui qu’elle a avec la quantité. Mais il est insensé que la matière ait un rapport avec n’importe quelle quantité, car ceci ne pourrait se faire que par raréfaction. Or, une telle raréfaction est limitée dans les choses naturelles. Certains disent que [Jésus] multiplie [les pains] à la manière dont un grand nombre de grains proviennent d’un petit nombre, mais là par la nature, et ici par l’action du Christ. Les mains du Christ étaient donc comme la terre, et les morceaux comme des grains. Ainsi, de même que les grains se multiplient, de même [en fut-il] des morceaux. Toutefois, ce miracle n’a pas consisté seulement en cela, mais en la conversion d’une autre matière en celle-ci.
1692. IL PRIT LES CINQ PAINS ET LES DEUX POISSONS, etc. Il faut remarquer que le Seigneur, lorsqu’il fait des miracles, parfois prie et parfois ne prie pas. Parfois il prie, comme ici, afin de montrer qu’il est vraiment un homme ; parfois aussi il fait des choses plus grandes et ne prie pas, afin de montrer qu’il est Dieu.
1693. LEVANT LES YEUX AU CIEL, IL BÉNIT. AU CIEL, c’est-à-dire vers son Père. Ps 120[121], 1 : J’ai levé les yeux vers les montagnes d’où me viendra le secours. IL BÉNIT, car tout est béni par la parole de Dieu. Il faut remarquer que notre bénédiction n’est pas créatrice, mais a valeur de signe ; mais la bénédiction de Dieu est créatrice. Ainsi, la bénédiction a un rapport avec la multiplication. Gn 1, 22 : [Dieu] bénit et dit : «Croissez et mutipliez-vous, et remplissez la terre.»
1694. ROMPANT LES PAINS, IL LES DONNA À SES DISCIPLES. Par cela est signifié que la première distribution a été faite aux disciples par le Christ tête. 1 Co 11, 3 : Le Christ est la tête de tous les hommes. Mais il a rompu [le pain] afin d’indiquer sa distribution. Is 58, 7 : Romps ton pain avec celui qui a faim. IL LES DONNA AUX DISCIPLES, en tant qu’ils sont médiateurs, plus loin, 26, 20 : Prenez et mangez. 1 Co 11, 28 : Et que l’homme se montre digne de manger ce pain et de boire cette coupe, etc. QUI LES DONNÈRENT AUX FOULES, en tant qu’ils sont les dispensateurs.
1695. Mais comment [les pains] ont-ils été multipliés ? Il faut dire que les morceaux ont été multipliés. Certains disent que cela peut être fait naturellement : en effet, le rapport de la matière à la forme est semblable à celui qu’elle a avec la quantité. Mais il est insensé que la matière ait un rapport avec n’importe quelle quantité, car ceci ne pourrait se faire que par raréfaction. Or, une telle raréfaction est limitée dans les choses naturelles. Certains disent que [Jésus] multiplie [les pains] à la manière dont un grand nombre de grains proviennent d’un petit nombre, mais là par la nature, et ici par l’action du Christ. Les mains du Christ étaient donc comme la terre, et les morceaux comme des grains. Ainsi, de même que les grains se multiplient, de même [en fut-il] des morceaux. Toutefois, ce miracle n’a pas consisté seulement en cela, mais en la conversion d’une autre matière en celle-ci.
Ou bien il les fait asseoir sur le gazon, et d'après un autre Évangéliste ( Mc 6 ), par groupes de cinquante et de cent, afin qu'après avoir foulé aux pieds les inclinations de la chair, et placé au-dessous d'eux les voluptés du siècle comme un gazon desséché, ils s'élèvent par la pénitence, représentée par le nombre cinquante, à la perfection du nombre cent. Il lève les yeux vers le ciel, pour leur apprendre à diriger leurs regards de ce cô té; il leur rompt le pain de la loi avec celui des prophètes, et leur en expose les mystères, afin que ce qui ne pouvait servir de nourriture en demeurant dans son entier, pût rassasier la multi tude des nations, lorsqu'il serait divisé en plusieurs parties.
Cette réponse du Sauveur ne suffit pas pour donner aux disciples de plus hautes idées; ils continuent de lui parler comme s'il n'était qu'un homme: «Et ils lui répondi rent: Nous n'avons ici que cinq pains», etc. Cependant les disciples nous donnent ici une preuve de leur sagesse dans le peu de souci qu'ils prennent de la nourriture. Ils étaient douze et n'avaient que cinq pains et deux poissons. Ils méprisaient les besoins du corps, et ils étaient tout entiers aux choses spirituelles. Mais comme leurs pensées se tramaient encore sur la terre, le Sauveur les amène insensiblement au miracle qu'il veut opérer: « Et il leur dit: Apportez-moi ces pains ». Pourquoi donc n'a-t-il pas tiré du néant ces pains avec lesquels il doit nourrir la foule? C'est pour fermer la bouche à Marcion et aux Manichéens, qui soutiennent que les créatures sont complètement étrangères à Dieu, et pour montrer par ses oeuvres que toutes les choses visibles sont sorties de sa main et ont été créées par lui. C'est ainsi qu'il prouve quel est celui qui produisit les fruits et qui a dit au commencement: « Que la terre produise les plan tes verdoyantes » ( Gn 1 ). Le miracle qu'il va faire n'est pas moins grand, car il ne faut pas une moindre puissance pour nourrir une grande multitude avec cinq pains et quelques poissons que pour faire sortir les fruits de la terre, et du sein des eaux les reptiles et les animaux qui ont la vie et le mouvement, double création qui le proclame le Seigneur de la terre et de la mer. L'exemple des disciples nous apprend que le peu même que nous possédons nous devons ai mer à le verser dans le sein des pauvres. En effet, aussitôt que le Seigneur leur ordonne d'apporter leurs cinq pains, ils obéissent sans songer à répondre: «Comment pourrons-nous apaiser notre faim ?» « Et après avoir commandé au peuple de s'asseoir sur l'herbe, il prit les cinq pains et, levant les yeux au ciel, il les bénit », etc. Pourquoi lever les yeux au ciel et bénir ces pains? C'était pour déclarer qu'il venait du Père et qu'il était son égal. Il prouvait qu'il était égal à son Père en agissant en tout avec puissance, et il montrait qu'il venait du Père en lui rapportant tout ce qu'il faisait et en l'invoquant avant toutes ses oeuvres. C'est comme preuve de cette double vérité que tantôt il opérait ses miracles avec puissance, tantôt il priait avant de les faire. Il faut de plus remarquer que pour les miracles moins importants il lève les yeux vers le ciel, et que pour les plus éclatants, il agit avec une puissance absolue. Ainsi, lorsqu'il ressus cite les morts, quand il met un frein à la fureur des flots, quand il juge les pensées secrètes des coeurs, quand il ouvre les yeux de l'aveugle-né, oeuvres qui ne peuvent avoir que Dieu pour auteur, nous ne le voyons pas recourir à la prière; mais lorsqu'il multiplie les pains (miracle inférieur à ceux qui précèdent), il lève les yeux au ciel pour vous apprendre que même dans les prodiges moins importants il n'agit point par une puissance différente de celle de son Père. Il nous apprend en même temps à ne jamais prendre nos repas avant d'avoir rendu grâces à Celui qui nous donne la nourriture. Notre-Seigneur veut en outre opérer un miracle avec ces cinq pains pour amener ses disciples à croire en lui, car ils étaient encore bien faibles dans la foi. C'est pourquoi il lève les yeux vers le ciel. Car s'ils avaient déjà été témoins d'un grand nom bre de miracles, ils n'en avaient pas encore vu de semblable.