Marc 8, 9
Or, ils étaient environ quatre mille. Puis Jésus les renvoya.
Or, ils étaient environ quatre mille. Puis Jésus les renvoya.
Détails qui servent à montrer la grandeur du prodige. — Sept corbeilles. S. Marc, comme S.
Matthieu, donne ici aux corbeilles (sporta) le nom de σπύριδες. Lors de la première multiplication des pains,
il les avait désignées par celui de κόφινοι. Voyez l’Évangile selon S. Matthieu, Matth. 15, 37. A. Rich donne
un spécimen de la « sporta » [357]. — Il les renvoya. Les pasteurs des âmes, ainsi que le font observer ici les
moralistes, ne doivent renvoyer leurs peuples qu’après leur avoir fourni, à l’exemple de Jésus, une nourriture
substantielle et abondante. Autrement, combien seraient saisis de défaillance sur le long et pénible chemin de
la vie, et ne pourraient parvenir au salut ! — D’après saint Augustin [358], et saint Hilaire [359], les convives
du premier de ces festins miraculeux représenteraient les Juifs, tandis que ceux du second seraient la figure
des Gentils. « Comme la première foule qu’il a nourrie correspondait à celle des croyants Juifs, celle-ci se
rapporte au peuple des Gentils ». Ce sont les mots venus de loin, Marc 8, 3, qui ont suggéré cette ingénieuse
distinction, les païens, pour venir à Jésus, ayant besoin de faire au moral une route plus longue que les Juifs.
Ou bien encore, ce peuple qui attend trois jours, figure ceux qui ont reçu le baptême, car le baptême est appelé illumination, et on l'administre par une triple immersion.
Ou bien encore, ces quatre mille personnes figurent ceux qui sont parfaits dans les quatre vertus, et qui, mangeant en proportion de leur force, laissent peu de la nourriture qui leur est servie. Dans ce second miracle, les Apôtres remportent sept corbeilles des morceaux qui restèrent; dans le premier où Notre-Seigneur multiplia miraculeusement cinq pains, ils en remportèrent douze corbeilles, parce que la foule était composée de cinq mille personnes qui figuraient ceux qui sont esclaves de leurs sens, et c'est pour cela qu'ils mangèrent beaucoup moins, et qu'il resta une si grande quantité de morceaux.
«Et de ce qui restaient de morceaux, ils remportèrent sept corbeilles». Cette multitude qui vient de manger et de se rassasier n'emporte pas avec elles les restes des pains, mais elle les laisse recueillir par les disciples dans des corbeilles, comme précédemment, et cette circonstance expliquée dans le sens littéral, nous apprend à être contents du nécessaire, et à ne jamais rechercher rien au delà. L'Évangéliste nous fait ensuite connaître le nombre de ceux qui ont été rassasiés: «Or ceux qui mangeaient étaient environ quatre mille, et il les renvoya». Considérons ici que Notre-Seigneur Jésus-Christ ne veut renvoyer personne à jeun, car il veut au contraire donner à tous les hommes la nourriture de sa grâce.
Dans le sens figuré, il y a cette différence entre ce second miracle et la première multiplication des cinq pains et des deux poissons, que la première figure la lettre de l'Ancien Testament qui était comme pleine de la grâce spirituelle du nouveau, tandis que la seconde représentait la vérité et la grâce du Nouveau Testament abondamment communiquées aux fidèles. La multitude qui, au témoignage de saint Matthieu, attend trois jours la guérison de ses malades ( Mt 15) représente les élus dans la foi de la sainte Trinité qui implorent le pardon de leurs péchés par une prière persévérante, ou ceux qui se convertissent au Seigneur par leurs pensées, leurs paroles et leurs actions.
Il ne veut point renvoyer cette multitude sans qu'elle ait mangé de peur que plusieurs ne succombent en route: Il faut en effet que l'homme reçoive par la prédication la parole de la consolation, ou alors n'étant plus soutenu par la nourriture de la vérité, il est exposé à succomber sous le poids des fatigues de cette vie.
Ou bien les sept pains représentent les dons de l'Esprit saint, et les morceaux qui restent sont les significations mystiques de ces sept dons du Saint-Esprit.
Les poissons qu'il bénit sont les livres du Nouveau Testament, parce que Notre-Seigneur, après sa résurrection, demande une partie du poisson que ses disciples avaient fait rôtir ( Lc 24, 42), ou bien encore, les poissons figurent les saints dont la foi, la vie et les souffrances sont contenues dans les écrits du Nouveau Testament, et qui, retirés des flots tumultueux du siècle, donnent à notre âme par leurs exemples la nourriture intérieure qui lui convient.
Les sept corbeilles sont les sept Eglises ( Jn 1, 4); les quatre mille personnes représentent l'année du Nouveau Testament partagée en quatre saisons. C'est par un dessein particulier que cette multitude est composée de quatre mille personnes, car ce nombre seul indique qu'ils étaient nourris de la doctrine des Évangiles.
Le Seigneur, plein de bonté, demande le zèle, mais il donne la force nécessaire, il ne veut pas les renvoyer sans nourriture, de peur qu'ils ne succombent en chemin, c'est-à-dire, ou dans le cours de cette vie, ou avant d'arriver au terme de leur course, c'est-à-dire, au Père, et de comprendre que c'est du Père qu'est sorti le Christ, car il est à craindre qu'en croyant qu'il est né de la Vierge, ils ne reconnaissent en lui que la puissance de l'homme, et non la toute puissance de Dieu. Notre-Seigneur Jésus-Christ partage donc la nourriture, il veut la distribuer à tous sans exception, il en est le dispensateur universel; mais lorsqu'il rompt les pains et les donne à ses disciples, si vous n'étendez pas les mains pour recevoi r votre nourriture, les forces vous manqueront en chemin, et vous ne pourrez en accuser celui qui, dans un sentiment de compassion, vous avait préparé le pain qui devait vous soutenir.