Marc 5, 5

Sans arrêt, nuit et jour, il était parmi les tombeaux et sur les collines, à crier, et à se blesser avec des pierres.

Sans arrêt, nuit et jour, il était parmi les tombeaux et sur les collines, à crier, et à se blesser avec des pierres.
Louis-Claude Fillion
Ces trois versets contiennent une description pittoresque du caractère sauvage et farouche de notre démoniaque. Sa vie était un perpétuel paroxysme de folie furieuse, ce qui faisait de lui un objet d’effroi et d’horreur pour toute la contrée. — Dans les tombeaux. Cf. v. 5. Les vastes chambres sépulcrales creusées dans le roc aux environs de Gadara, tel était son domicile habituel ; preuve qu’il avait complètement abandonné la société des hommes. L’esprit impur qui le dominait lui faisait hanter les tombeaux. — Personne ne pouvait plus le lier, même avec des chaînes… Les détails suivants montrent en effet le motif pour lequel on avait désormais cessé d’enchaîner le démoniaque. Des expériences réitérées avaient prouvé que c’était inutile. — Car souvent il avait eu les fers aux pieds… « Dans la civilisation si vantée de l’antiquité, dit justement M. Farrar, il n’y avait ni hôpitaux, ni établissements pénitentiaires, ni asiles ; et les infortunés de cette espèce, trop dangereux pour qu’on les tolérât dans la société, étaient simplement expulsés d’auprès de leurs semblables : pour les empêcher de nuire, on employait à leur égard des mesures à la fois insuffisantes et cruelles » [267]. Il fallait le Christianisme, et surtout le Catholicisme, pour créer des refuges à ces êtres malheureux. — Les fers désigne des entraves mises autour des pieds et des jambes, les chaînes des liens ou des chaînes qui attachaient les mains et les bras, peut-être aussi le corps. — Il avait rompu les chaînes… Rendu plus furieux encore par ce traitement, le possédé, dont le démon centuplait les forces musculaires, mettait en pièces chaînes et entraves. Ainsi donc, comme l’ajoute l’Évangéliste, « personne n’avait réussi à le dompter ». — Sur les montagnes. Quand il n’était pas caché dans les sépulcres, on le voyait courant comme un forcené à travers les montagnes qui bordent les rives orientales de la mer de Galilée. Alors il poussait de grands cris, bien plus, il se déchirait le corps en se frappant avec des pierres. Affreux spectacle, qui prouve jusqu’à quel point ce malheureux était au pouvoir du démon. Un Évangile apocryphe, faisant allusion à cette lamentable histoire des possédés de Gadara, note un autre trait caractéristique : « il mangeait ses propres membres » [268].