Marc 4, 30

Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ?

Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ?
Louis-Claude Fillion
À quoi comparerons-nous… par quelle parabole… Ces formules sont destinées tout à la fois à relever l’attention des auditeurs et à ménager une transition entre deux idées distinctes. Elles étaient fréquemment employées par les Rabbins. — La parabole précédente nous avait révélé la croissance imperceptible du royaume des cieux sur la terre, les révolutions intérieures produites par l’Évangile, soit dans le monde en général, soit dans chaque âme en particulier. Celle-ci nous fait assister à ses progrès extérieurs et visibles.
Saint Jean Chrysostome
Après avoir exposé, dans les paraboles précédentes, comment la semence de l'Évangile fructifie, le Sauveur en ajoute une autre pour faire ressortir la supériorité de la doctrine évangélique sur toutes les autres doctrines. Il disait encore: «A quoi comparerons-nous le royaume de Dieu ?»

Qu'y a-t-il de plus grand que le Royaume des cieux et de plus petit qu'un grain de moutarde? Comment Jésus peut-il comparer ce Royaume infini à un minuscule grain de moutarde, qui occupe une si petite place? Pourtant, quand nous examinons attentivement le Royaume des cieux et le grain de moutarde, nous découvrons combien la comparaison est juste et naturelle.

Le Royaume des cieux n'est évidemment rien d'autre que le Christ, puisque celui-ci dit de lui-même: Voilà que le règne de Dieu est au milieu de vous (Lc 17,21). Or, rien n'est plus grand que le Christ dans sa divinité, comme la parole du prophète peut nous l'apprendre: C'est lui qui est notre Dieu: aucun autre ne lui est comparable. Il a découvert les chemins de la connaissance, et il les a confiés à Jacob, son serviteur, à Israël, son bien-aimé. Ainsi la Sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes (Ba 3,36-38).

Par ailleurs, qu'y a-t-il de plus petit que le Christ dans son incarnation, puisqu'il est devenu moindre que les anges et que les hommes? Apprends-le de la bouche de David: Qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci? Tu l'as voulu un peu moindre que les anges (Ps 8,5-6). L'interprétation qu'en donne Paul montre qu'il s'agit bien du Christ: Nous voyons Jésus abaissé un peu en-dessous des anges à cause de sa passion et de sa mort (He 2,9).

Comment se fait-il que le Christ soit en même temps le Royaume des cieux et le grain, qu'il soit à la fois grand et petit par rapport au Royaume? Voici: sa miséricorde pour ceux qu'il a créés est si grande qu'il s'est fait tout à tous pour les gagner tous. Du fait de sa nature, il était Dieu comme il l'est encore et le sera toujours. Il est devenu homme en vue de notre salut. Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables (Rm 11,33)!

O grain, par lequel le monde a été fait, les ténèbres dispersées, l'Église renouvelée! Qu'elle est grande la force de ce grain suspendu à la croix! Alors qu'il y était cloué, il a, par une simple parole, détaché du bois le larron pour le plonger dans les délices du paradis. De son flanc percé par la lance, ce grain a laissé couler une boisson d'immortalité pour les assoiffés. Ce grain, après qu'on l'eut descendu du bois et planté dans le jardin, a couvert toute la terre de ses branches. Ce grain, semé dans le jardin, a plongé ses racines jusqu'aux enfers. Il en a fait sortir les âmes et, en trois jours, les a emmenées au ciel. <> Le Royaume des cieux est comparable à un grain de moutarde qu'un homme a semé dans son champ (Mt 13,31). Sème ce grain de moutarde dans le jardin de ton âme <> et la parole du prophète vaudra aussi pour toi: Tu seras comme un jardin bien irrigué, comme une source où les eaux ne manquent jamais (Is 58,11).