Marc 2, 12

Il se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous étaient frappés de stupeur et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »

Il se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous étaient frappés de stupeur et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »
Louis-Claude Fillion
Et aussitôt il se leva… La scène est pour ainsi dire photographiée, tant elle est vivante et détaillée. On voit le paralytique se dresser sur son séant, sauter promptement à bas de sa couchette, la charger sur ses épaules et s’en aller en présence de tous. Comme tous les regards devaient être rivés sur lui ! — Ils furent tous dans l’admiration… L’admiration est universelle, ou plutôt, suivant l’énergie du texte grec (cf. Luc 5, 26), c’est une sorte d’extase qui s’empare de toute l’assistance, tant le miracle a été frappant dans ses différentes circonstances ! — Et rendaient gloire à Dieu. Du fait surnaturel dont elle vient d’être témoin, la pieuse foule remonte aussitôt à Dieu, l’auteur de tout don parfait. Ainsi donc, les Scribes accusaient Jésus de blasphème, et voilà qu’au contraire il avait porté le peuple à glorifier le Seigneur. — Les Juifs se sont autrefois excusés, dans leur Talmud, de n’avoir pas cru en Jésus parce qu’il n’avait pas le pouvoir de remettre les péchés : « Auprès de lui ne se trouvait pas le pouvoir de remettre nos péchés. Nous l’avons donc répudié » [200]. L’excuse est-elle bien valable ? — Voyez d’anciennes représentations artistiques de la guérison du paralytique [201].
Saint Théophylacte d'Ohrid
Jésus vit aussi la foi du paralytique; car s'il n'eût pas eu foi en sa guérison, il ne se serait pas laissé porter aux pieds de Jésus-Christ.

Il dit donc au paralytique: «Prenez votre lit», pour établir plus clairement la vérité du miracle, et pour montrer qu'il n'est pas seulement apparent, mais bien réel, et qu'avec la guérison, il rend à cet homme la force. C'est ainsi qu'il ne se contente pas de retirer les âmes du péché, mais qu'il leur donne encore la force pour accomplir les commandements.

Ce paralytique n'est point celui dont saint Jean raconte la guérison. Ce dernier n'avait point d'homme pour le porter. Celui dont il est ici question, en a quatre. L'un est guéri dans la piscine, l'autre dans une maison particulière. Mais c'est le même dont saint Marc et saint Matthieu rapportent la guérison. Il y a aussi une signification mystérieuse dans le lieu choisi par Jésus-Christ pour opérer ce miracle, c'est Capharnaüm, le lieu de la consolation.

Si donc dans le funeste relâchement des puissances de mon âme, semblable à un paralytique, je tends mollement vers le bien; et que porté par les quatre Évangélistes, je sois présenté à Jésus-Christ, j'entendrai cette parole: «Mon fils, vos péchés vous sont remis»; car on devient fils de Dieu par l'accomplissement de ses préceptes.

Mais comment serai-je porté aux pieds de Jésus-Christ, à moins que le toit ne soit entr'ouvert? Car ce toit figure l'intelligence qui domine toutes les puissances de notre être. Cette intelligence tient beaucoup à la terre, si l'on considère les tuiles faites d'argile, c'est-à-dire les choses terrestres qui l'enveloppent. Mais si on les soulève, la vertu de notre intelligence, comme allégée, retrouve toute sa force. Il faut ensuite nous faire entrer par cette ouverture, c'est-à-dire il faut que l'âme s'humilie; car elle doit, non s'enfler de ce que l'intelligence est délivrée d'un accablant fardeau, mais s'humilier davantage.

Disons encore qu'il faut emporter son lit, c'est-à-dire soulever son corps, pour opérer le bien; car ce n'est qu'alors que nous pourrons parvenir aux sublimes hauteurs de la contemplation, et dire au fond de notre coeur: Jamais nous n'avons vu avec tant de clarté, c'est-à-dire jamais nous n'avons si bien compris les célestes vérités, que depuis la guérison de notre paralysie; car celui qui est purifié du péché, a l'oeil de l'âme plus limpide et plus pur.
Saint Bède le Vénérable
Jésus opère donc un prodige extérieur, pour rendre témoignage au miracle intérieur, bien qu'à vrai dire, il appartînt à la même puissance de guérir les maladies du corps et celles de l'âme: «Et aussitôt, il se leva, et ayant pris son lit, il s'en alla en présence de tous».

Quelle n'est pas, près de Dieu, la puissance de la foi personnelle de chaque fidèle, si la puissance de la foi d'autrui et de leurs mérites, a été si grande, qu'elle a obtenu pour cet homme la guérison complète de son corps et de son âme, et la rémission de ses péchés !

Le Seigneur, avant de guérir cet homme de sa paralysie, commence par briser les liens de ses péchés, afin de montrer que c'étaient ces liens funestes qui l'avaient condamné à cet anéantissement de ses membres, et qu'il n'en pouvait recouvrer l'usage qu'après avoir été délié de ses fautes. O admirable humilité de Jésus ! Cet homme méprisé et faible, dont les membres ont perdu tout ressort et toute force, Jésus l'appelle son fils, lui que les prêtres n'auraient même pas voulu toucher. Ou bien encore, il lui donne le nom de fils, parce que ses péchés lui sont remis.

Nous devons aussi comprendre par là, que les péchés sont la source de la plupart des infirmités corporelles; et c'est probablement pour cela, que les péchés sont remis tout d'abord, afin que la santé ne soit rendue que lorsque les causes de l'infirmité ont disparu. En effet, les hommes sont soumis aux infirmités de la chair, pour cinq causes: c'est pour augmenter leurs mérites, comme nous le voyons dans Job et dans les martyrs; ou pour conserver l'humilité, comme il advint à saint Paul, tourmenté par l'ange de Satan; ou pour nous faire comprendre la malice de nos péchés et la nécessité de nous en corriger, comme Dieu le permit pour Marie, soeur de Moïse, et pour le paralytique; ou pour la gloire de Dieu, comme l'aveugle-né et Lazare en sont une preuve; ou comme un commencement de damnation, comme il arriva pour Hérode et Antiochus. Or, nous devons admirer la vertu de la puissance divine, qui, sur-le-champ, et d'une seule parole, opère le salut de cet homme. Aussi, lisons-nous: «Et ils étaient dans l'admiration», etc. - victor d'antioche. Ils négligent le plus important, c'est-à-dire la rémission des péchés, pour admirer ce qui frappe les yeux, la guérison du corps.

Jésus, prêchant dans cette maison, ne peut être entendu de ceux qui étaient à la porte, c'est-à-dire que lorsque Jésus prêchait dans la Judée, les Gentils ne purent entrer pour l'entendre, mais cependant il envoya des prédicateurs à ceux qui étaient dehors pour leur enseigner sa doctrine.

Ou bien encore, le malade est introduit par le toit entr'ouvert, pour signifier qu'on parvient à la connaissance du Christ, par les mystères des Écritures qui nous sont découverts, c'est-à-dire qu'on descend jusqu'à ce Dieu humilié, par une foi pleine de piété. Ce malade, couché sur son grabat, signifie que Jésus-Christ doit être connu par l'homme, encore enveloppé de sa chair mortelle; se lever de son grabat, c'est soustraire son âme aux désirs charnels, qui la tenaient assujettie; emporter son lit, c'est soumettre sa chair au frein salutaire de la continence, et la séparer des jouissances terrestres, dans l'espérance des récompenses du ciel; retourner dans sa maison en emportant son lit, c'est retourner vers le paradis. Ou bien encore, celui qui était malade revient guéri, et emporte son lit dans sa maison, c'est-à-dire que l'âme, après avoir reçu la rémission de ses péchés, s'astreint à la garde intérieure d'elle-même et des sens.
Saint Augustin
Saint Matthieu rapporte ( Mt 9) que le miracle qui suit, fut opéré dans la ville du Sauveur; Saint Marc le place à Capharnaüm. Il serait difficile de résoudre cette difficulté, si saint Matthieu avait dit positivement que cette ville est Nazareth. Mais comme la Galilée a très bien pu être appelée la patrie du Seigneur, parce que Nazareth se trouvait dans la Galilée, on peut dire que le Seigneur a fait ce miracle dans sa ville, puisqu'il l'a opéré dans Capharnaüm, ville de Galilée, surtout si l'on se rappelle que Capharnaüm dominait tellement sur toutes les villes de la Galilée, qu'elle en était regardée comme la métropole. Ou bien saint Matthieu ne parle des miracles opérés par Jésus-Christ à Nazareth, que quand il fût arrivé à Capharnaüm, et ce n'est qu'après avoir dit: «Et il vint dans sa ville», qu'il ajoute, en parlant de la guérison du paralytique: «Et voici qu'ils lui présentaient un paralytique».
Saint Jérôme
La paralysie est l'image de la torpeur spirituelle, dans laquelle languit le paresseux, engourdi par une honteuse mollesse, tout en conservant le désir du salut de son âme.
Saint Jean Chrysostome
Ou bien saint Matthieu appelle Capharnaüm la ville du Sauveur, parce que Jésus y allait souvent et qu'il y faisait beaucoup de miracles.

Il commença par guérir ce qu'il était venu chercher, c'est-à-dire les âmes en remettant leurs péchés, pour opposer ensuite au doute des pharisiens un miracle sensible, confirmer sa parole par ses oeuvres, et prouver par l'évidence du prodige extérieur la vérité du prodige intérieur, c'est-à-dire la guérison de l'âme rendue manifeste par la guérison du corps.