Marc 2, 10

Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… – Jésus s’adressa au paralysé –

Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… – Jésus s’adressa au paralysé –
Saint Jean Chrysostome
Mais comme il est plus aisé de dire que de faire, ils persévéraient ouvertement dans leur incrédulité, parce qu'il n'avait pas encore opéré le fait extérieur qu'ils désiraient. Aussi, ajoute-t-il: «Or, afin que vous sachiez», etc. Comme s'il disait: Puisque vous doutez de ma parole, j'y joindrai les oeuvres, pour confirmer la vérité de ce qui ne paraît pas à vos yeux, il dit donc clairement: «Le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés», pour montrer qu'il a uni par un lien indissoluble la puissance divine avec la nature humaine. Il s'est fait homme, il est vrai, mais il n'en demeure pas moins le Verbe de Dieu; il a daigné, par son incarnation, converser avec les hommes, mais il n'en avait pas moins la puissance de faire des miracles, et d'accorder la rémission des péchés; car son humanité n'a diminué en rien les attributs de sa divinité; et la divinité n'a point empêché que le Verbe de Dieu se fit sur la terre Fils de l'homme, en réalité et d'une manière permanente.

Les Juifs professaient que Dieu seul peut remettre les péchés. Jésus, avant même de remettre les péchés, a révélé les secrets des coeurs, montrant par là qu'il possédait aussi cet autre pouvoir réservé à Dieu. Évidemment, les scribes se gardaient bien de dévoiler leurs pensées. Or, quelques scribes se disaient: Cet homme blasphème. Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit: Pourquoi avez-vous en vous-mêmes des pensées mauvaises (Mt 9,3-4)?

Aussi bien, il ne revient à personne d'autre qu'à Dieu de connaître les secrets des coeurs. C'est ce que dit le prophète: Toi seul, tu connais les secrets des humains (2Ch 6,30). Il est encore écrit: Dieu, toi qui scrutes les coeurs et les reins (Ps 7,10). <> Jésus révèle donc sa divinité et son égalité avec le Père en dévoilant aux Juifs le fond de leur coeur, et en divulguant des pensées qu'ils n'osent pas déclarer ouvertement par crainte de la foule. Et il fait cela avec beaucoup de douceur, en posant la question: Pourquoi avez-vous en vous-mêmes des pensées mauvaises?

A tout prendre, si quelqu'un avait lieu de ne pas être satisfait, c'était bien le paralytique. Il aurait pu manifester sa déception au Christ en lui disant: "Soit! Tu es venu pour soigner une autre maladie et guérir un autre mal. Mais quelle preuve aurai-je que mes péchés sont pardonnes?" Or, il ne dit rien de tel, mais il se confie à celui qui a le pouvoir de le guérir.

Alors les Juifs, terriblement jaloux, se mettent à comploter contre le bien des autres. C'est pourquoi Jésus les réprimande, mais avec une extrême douceur: "Si donc, veut-il dire, vous refusez d'ajouter foi à ce que je viens de dire et que vous taxiez mes paroles d'orgueil, voici que je les confirme en dévoilant vos secrets. Et je vous apporte encore une autre preuve: Voyez, je vais montrer mon pouvoir sur ce corps paralysé! "

Par ailleurs, dans les premières paroles qu'il adresse au paralytique, Jésus n'affirme pas clairement qu'il agit de sa propre autorité. Il ne dit pas: "Je te pardonne tes péchés", mais: Tes péchés sont pardonnes (Mt 9,2). Ensuite, lorsque les scribes l'y contraignent, il déclare sans ambiguïté que ce pouvoir lui appartient: Pour que vous sachiez, dit-il, que le Fils de l'homme a le pouvoir, sur terre, de pardonner les péchés... (Mt 9,6).

D'ailleurs, avant même de guérir l'infirme, il avait posé cette question aux scribes: Qu'est-ce qui est le plus facile? De dire: Tes péchés sont pardonnes, ou bien de dire: Prends ta civière et rentre chez toi (Mt 9,5-6)? Autrement dit: "Qu'est-ce qui vous semble le plus facile? De montrer son pouvoir sur un corps inerte, ou de pardonner à une âme ses fautes?" C'est évidemment de guérir un corps, car le pardon des péchés dépasse cette guérison autant que l'âme est supérieure au corps. Mais puisque l'une de ces oeuvres est visible, et l'autre pas, je vais accomplir également l'oeuvre qui est visible et moindre, pour prouver celle qui est plus grande et invisible.

A ce moment-là, Jésus a témoigné par ses oeuvres qu'il est, comme l'a dit Jean Baptiste, celui qui enlève les péchés du monde (cf. Jn 1,29).