Marc 15, 43

Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.

Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.
Louis-Claude Fillion
Joseph d’Arimathie. On ajoute au nom de Joseph celui de sa patrie, pour le distinguer de ses homonymes évangéliques. Sur la situation probable d’Arimathie, voyez l’Évangile selon S. Matthieu, Matth. 27, 57. — Membre éminent du conseil. Dans le grec, l’adjectif traduit ici par « éminent » signifie au propre « beau, orné », au figuré « honorable », puis, « noble, digne », et telle est ici sa vraie signification [571]. Quant au substantif traduit par « conseil », il a été différemment interprété. Lightfoot, supposant que Joseph d’Arimathie était prêtre, le traduit par « conseiller du temple » [572] ; Érasme, Casaubon, Michaelis [573] et Grotius, par « conseiller municipal », avec cette différence que le conseil municipal dont Joseph aurait fait partie était celui de Jérusalem d’après Grotius, celui d’Arimathie suivant Érasme. Mais on admet communément et plus justement (cf. Luc 23, 50, 51 et l’explication) que ce mot signifie dans le Nouveau Testament « assesseur du grand sanhédrin ». Joseph était donc l’un des 70 membres du sanhédrin juif. — Qui attendait, lui aussi… expression emphatique. Lui aussi, comme saint Siméon, comme sainte Anne, comme tant d’autres Juifs pleins de foi, « il attendait le royaume de Dieu », c’est-à-dire l’avènement du Messie et de son règne mystique. La construction de la phrase latine équivaut à « était en état d’attente », qui marque une attente anxieuse, constante et fidèle [574]. Mais, voici que les pieux désirs de Joseph ont été satisfaits : le royaume de Dieu est arrivé pour lui. À en croire une tradition vénérable, ce noble personnage, devenu plus tard missionnaire, aurait évangélisé la grande Bretagne, et construit à Glastonbury, comté de Somerset, le premier oratoire chrétien de l’Angleterre [575]. Une autre tradition, qui présente moins de garanties, le range parmi les 72 disciples [576]. — Le courage d'aller chez Pilate. Excellente traduction du grec (littéral. ayant osé il entra). Ces mots sont significatifs à divers titres : d’abord, parce qu’il fallait en soi un courage réel pour faire alors ouvertement une démarche favorable à Jésus ; en second lieu parce que, jusqu’à cet instant, Joseph était demeuré disciple secret du divin Maître « par crainte des Juifs », Jean 19, 38. Mais la croix du Sauveur l’a transformé en héros ! Sa timidité antérieure disparaît complètement, et il s’approche sans crainte de Pilate pour lui demander le corps de Jésus.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Imitons nous aussi, la conduite de Joseph en recevant le corps de Jésus-Christ dans le sacrement de l'unité, et déposons-le dans un monument taillé dans le roc, c'est-à-dire, dans une âme qui ne perd jamais le souvenir de Dieu; une telle âme est comme taillée dans le roc, c'est-à-dire, dans Jésus-Christ, qui est la pierre, parce qu'il est le principe de toute fermeté. Nous devons aussi envelopper ce divin corps dans un linceul blanc, c'est-à-dire, le recevoir dans un corps pur, car le linceul est l'emblème du corps qui est le vêtement de l'âme, et l'honneur dû au corps de Jésus-Christ, exige que nous le recevions, non-seulement dans une âme innocente, mais dans un corps exempt de toutes souillures. Il faut de plus envelopper le corps et ne pas le laisser à découvert, c'est un secret qu'il faut tenir soigneusement fermé et caché.
Saint Bède le Vénérable
«Joseph d'Arimathie, qui était très-considéré», etc. Il était convenable que ce fût un homme de ce mérite qui ensevelît le corps de Jésus; qui par la grandeur de ses vertus, fût digne de lui rendre ce devoir, et par le crédit que lui donnait sa haute position dans le monde, pût en obtenir l'autorisation; c'est pour cela que l'Évangéliste nous fait remarquer que c'était un homme d e considération et du grand conseil, et qui lui aussi attendait le royaume de Dieu. On appelait décurion celui qui faisait partie du conseil et qui remplissait les fonctions de conseiller ou de sénateur; on lui donnait aussi le nom de magistrat municipal, à cause des emplois civils qu'il remplissait. Arimathie est la même ville que Ramata, patrie de Samuel et d'Helcana ( 1R 1 ). Arimathie signifie qui détache, et Joseph, qui vint pour détacher le corps de Jésus de la croix, sort de cette ville.
Saint Jérôme
Tous ces détails de la sépulture du Sauveur peuvent aussi s'appliquer au peuple juif, qui doit embrasser la foi à la fin du monde. Ennobli par la foi, il redevient fils d'Abraham, il recouvre l'espérance, il attend le royaume de Dieu; il entre dans l'assemblée des chrétiens pour recevoir le baptême, ce qui est figuré par le nom de Pilate (c'est-à-dire, forgeron), qui dompte les peuples les plus durs, et les gouverne avec un sceptre de fer. Il demande le sacrifice qui est donné comme viatique aux pénitents à la fin de leur vie; il l'enveloppe dans un coeur pur ( 1Tm 1,5 ) et mort au péché, il le dépose dans un lieu fortifié par la foi, le recouvre avec l'espérance par les oeuvres de la charité (car la fin du précepte est la charité). Cependant les élus qui sont comme les étoiles de la mer, regardent de loin, alors que les élus eux-mêmes seront scandalisés, si cela était possible.