Marc 11, 14

Alors il dit au figuier : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples avaient bien entendu.

Alors il dit au figuier : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples avaient bien entendu.
Louis-Claude Fillion
Il lui dit. Jésus traite cet arbre trompeur comme un être doué d’intelligence ; bien plus, en le maudissant, il le traite en être moral, libre et responsable. Il y a là évidemment un symbole. En effet, dit Eusèbe d’Emèse (cité par Westcott), « Le Seigneur ne fait jamais rien sans raison. Quand il semble agir pour rien, c’est là le signe d’une grande chose ». Dans ce fait extraordinaire, qui n’a pas son parallèle dans la vie du Sauveur, nous devons donc voir, suivant l’heureuse expression du Vén. Bède, une parabole de choses ; autrement, il n’aurait pas de raison d’être, et serait incompréhensible pour nous. « L’Évangéliste dit positivement que ce n'était pas le moment des figues ; le Sauveur toutefois en cherchait sur cet arbre pour apaiser sa faim. Mais quoi ! le Christ ignorait-il ce que savait un paysan ? Le Créateur de ces arbres méconnaissait-il ce que savait le jardinier ? Il faut donc reconnaître qu'en cherchant des fruits sur cet arbre pour apaiser sa faim, il voulait faire entendre qu'il avait faim d'autre chose et qu'il cherchait une autre espèce de fruits. On le vit de plus maudire ce figuier qu'il trouva couvert de feuilles mais sans aucun fruit, et cet arbre se dessécha. Or comment avait -il démérité en ne portant pas de fruits [467] ? » Voici maintenant, d’après le même Père, la chose signifiée : « c'est qu'il est des hommes dont la stérilité est volontaire, et la volonté les rendant féconds, ils sont coupables de ne pas l'être. Tels étaient les Juifs ; arbres chargés de feuilles et dénués de fruits, ils se vantaient de posséder la loi sans en faire les œuvres ». Voyez l’Évangile selon S. Matthieu, Matth. 21, 19. Jéhova ne disait-il pas déjà, par l’intermédiaire du prophète Michée, Mi 7, 1,2, en parlant du peuple théocratique : « Hélas pour moi ! Je suis comme au temps des récoltes d’été, comme au grappillage des vendanges : plus une grappe à manger, plus de ces figues précoces que j’aime tant ! ». — Que jamais plus personne… Accumulation emphatique, exprimée avec plus de force encore dans le texte grec. Cette forme de la sentence est spéciale à S. Marc. Nous lisions dans S. Matthieu : « Qu’à jamais il ne naisse de toi aucun fruit ». — Et ses disciples l’entendirent. Ce trait est également propre au second Évangile. Il a pour but de préparer la suite du récit, vv. 20 et 21.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Son dessein était de leur prouver qu'il pouvait exterminer en un moment, s'il l'eût voulu, ceux qui devaient le crucifier. Dans le sens mystique, Notre-Seigneur entre dans le temple, et en sort aussitôt pour montrer qu'il allait l'abandonner, comme une solitude déserte, et exposée à la dévastation des voleurs.
Saint Bède le Vénérable
Le temps de sa passion n'étant pas éloigné, Notre-Seigneur voulut se rapprocher du lieu où il devait souffrir, pour bien établir qu'il mourait par un effet de sa volonté: «Et Jésus entra à Jérusalem dans le temple». A peine entré dans la ville, il se dirige vers le temple; il nous donne ainsi un grand exemple de religion et nous apprend qu'en arrivant dans un endroit où se trouve une maison de prières, nous devons nous empresser de nous y rendre. Remarquons encore que la pauvreté du Sauveur était si grande et qu'il recherchait si peu la faveur des hommes, que dans une si grande ville il ne trouve personne qui le reçût, aucun endroit où il pût se retirer. Il est oblige d'aller dans une pauvre campagne demander l'hospitalité à Lazare et à ses soeurs, car Béthanie était le village qu'ils habitaient. «Et ayant observé toutes choses (c'est-à-dire, si quelqu'un lui offrirait un asile), comme déjà l'heure était avancée», etc. Il ne fit pas seulement cela une fois, mais pendant les cinq jours qui s'écoulèrent depuis son entrée à Jérusalem jusqu'à sa passion; il enseignait toute la journée dans le temple, et sortait de Jérusalem le soir pour aller passer la nuit sur la montagne des Oliviers.

Il observe avec attention tous les coeurs et ne trouvant pas où reposer la tête dans ces contradicteurs de la vérité, il se retire chez les fidèles et fixe sa demeure parmi ceux qui lui obéissent, car Béthanie signifie maison d'obéissance.

Les actions du Sauveur sont paraboliques comme ses discours. Ainsi la faim semble le presser de chercher sur un figuier des figues, dont la saison, il le savait bien, n'était pas encore venue; et cependant il le frappe d'une stérilité perpétuelle, pour montrer que le peuple juif ne pouvait être sauvé par des feuilles sans fruit, c'est-à-dire, par les paroles de justice qui étaient sur ses lèvres, sans être accompagnées des bonnes oeuvres, mais qu'il serait arraché et jeté au feu. Notre-Seigneur donc, pressé par la faim, c'est-à-dire, plein du désir de sauver le genre humain, voit un figuier, c'est-à-dire, le peuple juif couvert de faillies, c'est-à-dire, des oracles de la loi et des prophètes, il cherche à lui faire produire le fruit des bonnes oeuvres par ses enseignements, ses reproduis, ses miracles, et ne trouvant pas ce fruit, il condamne le figuier. Vous aussi, si vous ne voulez pas être condamné par Jésus-Christ au jour du jugement, gardez-vous d'être un arbre stérile, mais empressez-vous d'offrir à Jésus-Christ pauvre, le fruit de piété qu'il nous demande.
Saint Jérôme
C'est le matin qu'il vient vers les Juifs, et c'est au soir du monde qu'il nous visite.
Saint Jean Chrysostome
On peut encore dire que le Sauveur a maudit ce figuier sur lequel il n'avait point trouvé le fruit qu'il demandait avant le temps, parce que tous ceux qui accomplissent les commandements de la loi, celui-ci, par exemple: «Vous ne commettrez point d'adultère», sont dits porter des fruits dans leur temps. Celui, au contraire, qui non content d'éviter l'adultère, pratique la virginité, ce qui est beaucoup plus parfait, s'élève au plus haut degré des vertus. Or, le Seigneur exige des parfaits la pratique, non-seulement des devoirs ordinaires, mais des vertus supérieures à ce qu'exigent les commandements.