Marc 10, 15

Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. »

Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. »
Louis-Claude Fillion
Jésus commente dans ce verset la dernière partie du précédent : « Le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent ». Cette profonde pensée, « quiconque ne reçoit pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point », avait déjà été prononcée par le divin Maître en une autre circonstance, Matth. 18, 3 ; il la rappelle aux Douze, qui semblaient l’avoir oubliée. — Quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu. Figure expressive. Le royaume messianique y est décrit comme un objet qui arrive au-devant de nous, qui se présente à nous pour que nous le recevions. Et quel devra être notre accueil ? Les mots comme un petit enfant nous le disent. Il faudra qu’il soit accompagné de la foi, de la simplicité, de l’humilité, de l’innocence qui brillent dans les petits enfants. Voyez Jean 3, 3, où Jésus insiste sur la nécessité d’une nouvelle naissance pour quiconque veut mériter le royaume des cieux. — N’y entrera pas. L’image change brusquement, d’une manière assez étrange. On « entre » dans le royaume qu’on avait auparavant « reçu ». Mais l’idée reste claire, quoique la forme soit tout orientale.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Aussi ne dit-il pas: «Le royaume des cieux leur appartient», mais «il appartient à ceux qui leur ressemblent», c'est-à-dire, à ceux qui par des efforts constants parviennent à l'innocence et à la simplicité que les enfants ont par nature. L'enfant n'a point de haine, il agit sans malice, châtié par sa mère il revient près d'elle, il préfère aux vêtements des rois les habits grossiers dont elle le couvre; ainsi, le chrétien docile aux inspirations de l'Eglise, sa mère, ne met rien au-dessus d'elle, pas même la volupté, cette reine, qui en asservit un si grand nombre. «Je vous le dis en vérité, ajoute le Sauveur, quiconque ne recevra point le royaume de Dieu, comme un petit enfant, n'y entrera point».
Saint Bède le Vénérable
C'est-à-dire, si vous n'avez point l'innocence et la pureté de coeur d'un enfant, vous ne pourrez entrer dans le royaume de Dieu. Dans un autre sens, Notre-Seigneur nous commande de recevoir comme un enfant le royaume de Dieu, c'est-à-dire, la doctrine de l'Évangile. Voyez l'enfant qui apprend, il ne contredit pas l'enseignement de ses maîtres, il ne cherche ni raison ni discours pour leur résister, mais il reçoit avec docilité leurs leçons, et leur obéit avec respect. Ainsi devons-nous recevoir la parole de Dieu en lui obéissant avec simplicité et sans résistance.
Clément d'Alexandrie
Le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard (Ps 18,9). Reçois le Christ, reçois la faculté de voir, reçois la lumière, afin que tu connaisses bien Dieu et l'homme (Homère Iliade, 5). Le Verbe qui nous a illuminés est plus délectable que l'or et la pierre précieuse, plus désirable que le miel qui coule des rayons (Ps 18,11). Comment, en effet, ne serait-il pas désirable, celui qui a illuminé l'esprit enseveli dans les ténèbres, et donné l'acuité aux yeux de l'âme porteurs de lumière (Platon Timée, 45 B)? Et de même que sans le soleil, malgré les autres étoiles, tout serait nuit (Héraclite Fragment 99, éd diels), de même, si nous n'avions pas connu le Verbe et n'avions pas été illuminés par lui, rien ne nous distinguerait des volailles que l'on gave, puisque nous serions engraissés dans l'obscurité et élevés pour la mort.

Recevons la lumière afin de recevoir Dieu; recevons la lumière et devenons les disciples du Seigneur. Telle est bien la promesse qu'il a faite à son Père: Je proclamerai ton nom devant mes frères, je te louerai en pleine assemblée (Ps 21,23). Chante la louange de Dieu, ton Père, fais-le moi connaître; tes paroles me sauveront, ton chant m'instruira. Car jusqu'à maintenant j'errais à la recherche de Dieu, mais, puisque tu m'illumines, Seigneur, par toi je trouve Dieu, de toi je reçois le Père; je deviens héritier avec toi, puisque tu n'as pas dédaigné ton frère.

Mettons donc fin à l'oubli de la vérité. Chassons l'ignorance et les ténèbres qui voilent notre regard comme un brouillard. Contemplons le Dieu véritable en faisant d'abord monter vers lui cette acclamation: Salut, ô lumière (Eschyle Agamemnon, 22, 508)! Alors que nous étions ensevelis dans les ténèbres et prisonniers de l'ombre de la mort, du ciel a resplendi pour nous une lumière plus pure que le soleil, plus douce que la vie d'ici-bas. Cette lumière est la vie éternelle, et tout ce qui y participe a la vie. Mais la nuit se garde de la lumière; de peur, elle disparaît, et fait place au jour du Seigneur.

Tout est devenu lumière sans déclin: l'occident s'est changé en orient. Voilà ce que signifie la nouvelle création (Ga 6,15). Car le soleil de justice (Ml 4,2), qui passe partout dans sa chevauchée, visite sans distinction tout le genre humain. Il imite son Père qui fait lever son soleil sur tous les hommes (Mt 5,45), et il répand sur tous la rosée de la vérité. Il a fait passer l'orient à l'occident et, en crucifiant la mort, il l'a transformée en vie. Il a arraché l'homme à la perdition et l'a fixé au firmament. Il a transplanté la corruption pour qu'elle devienne incorruptibilité, et il a changé la terre en ciel. Il est le divin agriculteur qui signale les moments favorables, excite les peuples au travail - au bon travail - leur rappelant la manière de vivre (Aratos Phénomènes, 6) en accord avec la vérité.

Il nous fait don de l'héritage paternel, vraiment immense, divin et inaltérable. Il divinise les hommes par son enseignement céleste en mettant ses lois dans leur pensée et en les inscrivant dans leur coeur (Jr 31,33). De quelles lois le prophète fait-il mention? Tous connaîtront Dieu, des plus petits jusqu'aux plus grands, et je pardonnerai leurs fautes, dit Dieu, et je ne me rappellerai plus leurs péchés (Jr 31,34).

Accueillons les lois de la vie, obéissons à l'exhortation de Dieu, apprenons à le connaître pour qu'il nous pardonne. Même s'il n'en a pas besoin, manifestons-lui notre gratitude, donnons-lui en paiement notre docilité, notre respect, comme un loyer que nous lui devons pour notre séjour ici-bas.