Luc 9, 56

Puis ils partirent pour un autre village.

Puis ils partirent pour un autre village.
Louis-Claude Fillion
Parole toute divine, qu'on a justement appelée la devise du Dieu rédempteur. Elle indique de la façon la plus noble en quoi consiste l'esprit de la nouvelle Alliance, conformément auquel Jésus souhaite que ses collaborateurs se conduisent. Voyez Joan. 3, 17 ; 12, 47, des dires analogues du divin Maître. - Après les âmes, il est probable que le texte primitif portait des hommes, comme lisent divers manuscrits, ce qui donne plus de force à la pensée. Le « Fils de l'homme » est venu pour sauver les âmes « des hommes » : n'est-ce-pas juste et naturel ? - Ils s'en allèrent… Plusieurs auteurs ont conclu que la nouvelle bourgade vers laquelle Jésus et les siens se dirigèrent n'était pas en Samarie, mais en Galilée. Il est assez vraisemblable en effet qu'après l'échec éprouvé sur la frontière de la région samaritaine, Jésus n'ait pas voulu pénétrer plus avant dans la province.
Saint Bède le Vénérable
Que les païens cessent donc d'insulter, comme un homme, ce crucifié qui a prévu, certainement comme Dieu, le temps de son crucifiement, et qui, consentant à cette mort ignominieuse, a marché avec une contenance ferme, c'est-à-dire avec une âme résolue et intrépide.

On peut dire aussi que les Samaritains ne voulurent point le recevoir, par ce qu'ils le voyaient se diriger vers Jérusalem, car selon la remarque de saint Jean, les Juifs ne communiquent pas avec les Samaritains (Jn 4).

Ces saints personnages, en sachant parfaitement que la mort qui sépare l'âme du corps, n'est pas à redouter, ont semblé partager les idées de ceux qui l a craignaient, et ont puni quelquefois de mort certains crimes. Ils inspiraient ainsi à ceux qui en étaient témoins une salutaire frayeur, et pour ceux qui étaient punis de mort, ce n'est pas la mort qui leur était funeste, c'eût été bien plutôt le péché qui n'aurait fait que s'accroître, s'ils eussent vécu plus longtemps.

Le Seigneur ne leur reproche point de vouloir suivre l'exemple du saint prophète, mais l'erreur grossière où ils étaient par rapport à la vengeance, et il les reprend de ce qu'ils désiraient se venger de leurs ennemis, par sentiment de haine plutôt que de les ramener au bien par un sentiment d'affection. Aussi, après qu'il leur eut enseigné comment ils devaient aimer leur prochain comme eux-mêmes, et lors même qu'ils eurent reçu le Saint-Esprit, on vit encore de ces vengeances, quoique plus rarement que dans l'Ancien Testament; car comme Notre-Seigneur ajoute: «Le Fils de l'homme n'est pas venu pour perdre les âmes, mais pour les sauver». Vous donc qui êtes marqués de son esprit, soyez les imitateurs de ses oeuvres, exercez ici bas la miséricorde, vous jugerez avec justice dans le siècle futur.
Saint Cyrille d'Alexandrie
Comme le temps approchait où le Seigneur devait, après les souffrances de sa passion, remonter au ciel, il résolut de se rendre à Jérusalem: «Les jours où il devait être enlevé de ce monde étant près de s'accomplir», etc.
Tite de Bostra
Il fallait, en effet, que le véritable agneau fût offert là où l'agneau figuratif était immolé. L'Évangéliste dit qu'il «affermit son visage», c'est-à-dire qu'il n'allait point de côté et d'autre, qu'il ne parcourait point les bourgs et les villages, mais qu'il se rendait directement à Jérusalem.

Les disciples estiment que la punition des Samaritains, frappés de mort pour avoir refusé de recevoir le Sauveur, serait beaucoup plus juste que celle des cinquante soldats envoyés pour se saisir d'Élie, son serviteur.
Saint Ambroise
Ils se rappelaient que le zèle de Phinées, qui avait mis à mort des sacrilèges ( Nb 25), lui avait été imputé à justice; et encore, qu'à la prière d'Elie, le feu était descendu du ciel pour venger les outrages faits à ce prophète.

Laissons la vengeance à celui qui est dominé par la crainte; celui qui est sans crainte, ne cherche pas à se venger. Nous voyons encore ici que les Apôtres étaient égaux en mérites aux prophètes, puisqu'ils espèrent obtenir le même pouvoir que le prophète; et l'espérance qu'ils ont de faire descendre le feu du ciel est fondée, puisqu'ils sont les fils du tonnerre ( Mc 3, 17).

Le Sauveur, au contraire, ne s'irrite point contre eux, il veut nous apprendre que le désir de la vengeance est incompatible avec la perfection de la vertu, que la plénitude de la charité exclut toute colère, qu'il ne faut point repousser la faiblesse, mais bien plutôt l'aider, et que les âmes vraiment pieuses doivent rejeter bien loin tout mouvement d'indignation, et les âmes magnanimes tout désir de vengeance: «Jésus, se tournant vers eux, les reprit, en disant: Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes».

En effet, il ne faut pas toujours punir ceux qui sont coupables; souvent la clémence est bien plus utile; elle vous fait pratiquer la patience, et elle inspire au pécheur le désir de devenir meilleur. C'est ainsi que les Samaritains, sur lesquels le Sauveur refusa de faire tomber le feu du ciel, embrassèrent la foi avec plus d'empressement.