Luc 9, 44
« Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. »
« Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. »
Ils étaient vivement frappés :
S. Luc relève seul, et comme on le voit, en termes énergiques, l'impression produite par la guérison du
lunatique. La divine puissance de Jésus s'était rarement déployée sous les yeux de la foule avec tant d'éclat.
Mais ce prodige en rappela d'autres à ceux qui venaient de le contempler ; chacun se mit à les raconter avec
admiration, comme l'ajoute notre évangéliste avec emphase : tous étaient dans l'admiration de tout ce que
faisait Jésus. Jésus, ce semble, craignait que l'enthousiasme universel ne fît oublier à ses apôtres les
humiliations qu'il leur avait récemment annoncées ; c'est pourquoi il leur en renouvelle la sombre prophétie. -
Mettez vous bien dans vos cœurs… (dans le grec, « dans vos oreilles »). Cette solennelle formule
d'introduction n'a été conservée que par S. Luc. « Vous » est emphatique : vous, mes disciples, par opposition
à la foule superficielle et ignorante. - Ces paroles ne désigne pas, comme le veut Meyer, les paroles
louangeuses du peuple, mais la prédiction suivante de Jésus. - Le Fils de l'homme… les mains des hommes :
antithèse remarquable, qu'on trouve dans les trois synoptiques. S. Luc se borne à un rapide sommaire de la
prophétie, qui paraît d'autant plus lugubre dans son récit, qu'il omet de mentionner la joyeuse espérance de la
Résurrection. Cfr. Matth. 17, 22 ; Marc. 9, 30.
Le Sauveur, en les appelant génération perverse, démontre qu'ils n'étaient pas mauvais par principe et par nature, car en qualité de fils d'Abraham, ils étaient droits par nature, et c'est par leur malice qu'ils s'étaient volontairement pervertis.
Le motif le plus probable du reproche d'incrédulité que le Sauveur fait à cet homme, est donc l'accusation portée contre les saints Apôtres, qu'ils ne pouvaient commander aux démons; il aurait dû bien plutôt honorer Dieu en implorant son secours, car Dieu exauce ceux qui lui rendent l'honneur qui lui est dû. Mais accuser ceux qui ont reçu de Jésus-Christ le pouvoir de chasser les démons d'impuissance sur ces esprits mauvais, c'est attaquer la grâce de Dieu elle-même, plutôt encore que ceux qui l'ont reçue et par lesquels Jésus-Christ manifeste ses divines opérations. C'est donc offenser Jésus-Christ que d'accuser les saints auxquels il a confié la prédication de la parole sainte, aussi voyez comment le Seigneur réprimande cet homme et tous ceux qui partagent ses sentiments: «O génération infidèle et perverse», comme s'il lui disait: C'est à cause de votre infidélité que la grâce n'a pas produit son effet.
J'admire la sagesse de cet homme, il ne dit pas au Sauveur: Faites ceci ou cela, mais: «Jetez un regard», car cela suffit pour sa guérison; c'est dans le même sens que le Roi-prophète disait: «Jetez les yeux sur moi, et ayez pitié de moi» ( Ps 24, 16; Ps 85, 15; Ps 118, 132). Cet homme dit à Jésus: «Jetez un regard sur mon fils», pour motiver la hardiesse qui le portait à crier seul au milieu de cette multitude. Il ajoute: «Car c'est le seul que j'aie», c'est-à-dire, je ne puis espérer d'autre consolation de ma vieillesse. Il expose ensuite la nature de sa maladie, pour émouvoir la compassion du Sauveur: «Un esprit se saisit de lui», etc. Enfin, il semble accuser les disciples, mais il paraît bien plus vouloir excuser sa hardiesse. Ne pensez pas, semble-t-il dire au Sauveur, que je viens à vous avec légèreté, votre dignité impose, et je me suis bien gardé de vous importuner tout d'abord; j'ai commencé par m'adresser à vos disciples, mais comme ils n'ont pu guérir mon fils, je suis forcé de recourir à vous. Aussi les reproches du Seigneur ne s'adressent pas à cet homme, mais à cette génération incrédule: «Et Jésus prenant la parole, leur dit: O race infidèle», etc.
Cependant nous voyons par plusieurs expressions rapportées dans le saint Évangile, que cet homme était encore bien faible dans la foi; ainsi il dit au Sauveur: «Aidez mon incrédulité» ( Mc 9, 23). Et encore: «Si vous pouvez» ( Mc 9, 21). Et Notre-Seigneur même lui dit: «Tout est possible à celui qui croit» (vers. 22).
Jésus ne s'adresse pas seulement à cet homme, pour ne point le jeter dans le trouble, mais àtous les Juifs, car il est vraisemblable qu'un grand nombre d'entre eux s'étaient scandalisés, et avaient conçu des soupçons injustes contre les disciples.
Il nous fait voir en même temps combien il désirait la mort, et qu'il redoutait moins le supplice de la croix que de rester plus longtemps avec eux.