Luc 9, 17

Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.
Louis-Claude Fillion
Récit du miracle. Voyez l'Évang. selon S. Matthieu, p. 294 et ss. - Quoique Jésus ait devant lui plus de cinq mille personnes à nourrir (Matth. 8, 21 ; Marc. 6, 44), les cinq pains et les deux poissons que les Apôtres ont mis à sa disposition lui suffisent amplement, car sa puissance n'a pas de bornes. Mais tout d'abord il procède au placement de ses convives, pour rendre la distribution des vivres plus facile. Comp. Marc. 6, 39, 40 et le commentaire. « D'après saint Luc on fit asseoir la foule par groupes de cinquante, et d'après saint Marc par groupes de cinquante et par groupes de cent. La difficulté ne peut venir ici de ce que l'un rapporte tout ce qui s'est fait et l'autre une partie seulement … l'on rencontre souvent dans les Évangélistes des passages semblables que le défaut de réflexion et la précipitation font regarder comme opposés, quand ils ne le sont aucunement » S. Augustin, de Cons. Evangel. l. 2, c. 46. - Il distribua : dans le grec à l'imparfait, comme dans le second Évangile : il donnait et continuait de donner ce pain miraculeux, jusqu'à ce que tout le monde fût servi. Comme le dit S. Augustin, Enarrat. 2 in Ps. 110, 10, « Des fontaines de pain étaient dans les mains de Jésus ».
Saint Théophylacte d'Ohrid
Notre-Seigneur se retire dans un lieu désert pour y opérer le miracle de la multiplication des pains, afin que personne ne pût dire que ces pains avaient été apportés d'une ville voisine.

Il veut nous apprendre que la sagesse dont nous devons faire profession, consiste dans les paroles et dans les oeuvres, et nous fait un devoir d'enseigner le bien que nous faisons, et de mettre en pratique ce que nous enseignons. Comme le jour était sur son déclin, les disciples commencent à s'inquiéter pour cette nombreuse multitude, dont ils ont compassion. «Or, le jour commençant à baisser, les douze vinrent lui dire», etc.

En parlant de la sorte, il n'ignorait pas ce qu'ils allaient lui répondre, mais il voulait les amener à dire combien ils avaient de pains, pour faire ressortir par cette déclaration la grandeur du miracle qu'il allait opérer.

C'était encore pour nous apprendre la merveilleuse puissance de l'hospitalité, et combien nous augmentons nos propres richesses, en les distribuant largement aux indigents.
Saint Bède le Vénérable
Ils lui rapportent non seulement les miracles qu'ils ont faits, et quel a été le sujet de leurs enseignements, mais ils lui apprennent aussi tout ce que Jean-Baptiste a eu à souffrir pendant qu'ils prêchaient l'Évangile, et ce sont ses propres disciples, ou ceu x de Jean-Baptiste, qui lui apprennent cette nouvelle, comme semble l'indiquer saint Matthieu.

Bethsaïde est une ville de Galilée, située sur les bords du lac de Génésareth, et d'où les apôtres André, Pierre et Philippe étaient originaires. Si le Sauveur s'éloigne ainsi, ce n'est point par crainte de la mort, comme le pensent quelques-uns, mais pour épargner à ses ennemis, dans un sentiment de miséricorde, un nouvel homicide, et aussi pour attendre le temps marqué pour sa passion.

Le Sauveur quitte la Judée, qui, en refusant de croire en lui, s'était ôté l'honneur d'être le siége des prophéties, et il distribue dans le désert l'aliment de la parole divine à l'Église qui n'avait point d'époux. Et lorsqu'il se retire dans le désert des nations, une multitude innombrable de fidèles sortent des murs de leur vie ancienne et de leurs diverses croyances pour s'attacher à ses pas.

C'est au déclin du jour qu'il nourrit la multitude, c'est-à-dire, lorsque la fin des temps approche, ou bien, lorsque le soleil de justice s'est incliné et a disparu pour nous ( Ml 4, 2).
Saint Cyrille d'Alexandrie
Ils le suivaient, pour lui demander les uns d'être délivrés des démons qui les possédaient, les autres d'être guéris de leurs maladies, d'autres enfin ne se lassaient point de rester avec lui, retenus par le charme de sa doctrine.

Là ne s'arrête point le miracle, l'Évangéliste ajoute: «Et des morceaux qui restèrent, on emporta douze corbeilles pleines». C'était une preuve manifeste que les oeuvres de charité envers le prochain obtiennent de Dieu une récompense surabondante.
Saint Augustin
Saint Matthieu et saint Marc, à l'occasion de ce qui précède, rapportent comment Jean-Baptiste fut mis à mort par Hérode. Saint Luc, au contraire, qui avait déjà raconté la mort du saint Précurseur, après avoir parlé des incertitudes d'Hérode au sujet de la personne du Sauveur, ajoute aussitôt: «Et les Apôtres étant de retour, racontèrent à Jésus tout ce qu'ils avaient fait».

Saint Luc réunit ici, sous une même phrase, la réponse de Philippe: «Quand on aurait pour deux cents deniers de pain, cela ne suffirait pas pour en donner à chacun un morceau», et celle d'André: «Il y a ici un jeune homme qui a cinq pains d'orge et deux poissons», comme le rapporte saint Jean ( Jn 6). En effet, ce que dit saint Luc: «Nous n'avons que cinq pains et deux poissons», se rapporte à la réponse d'André, et ce qu'il ajoute: «A moins que nous n'allions acheter de quoi nourrir tout ce peuple»,renferme la réponse de Philippe, si ce n'est qu'il ne parle pas des deux cents derniers, quoiqu'on puisse dire qu'il y est fait allusion dans la réponse d'André; car, après avoir dit: «Il y a ici un jeune homme qui a cinq pains et deux poissons», il ajoute: «Mais qu'est-ce que cela, pour tant de monde ?» ce qui revient à dire: «A moins que nous n'allions acheter de quoi nourrir tout ce peuple». De cette diversité dans le récit, et de cette concordance dans les faits comme dans les maximes, ressort pour nous cette importante leçon, que nous ne devons chercher dans les paroles, que la volonté de ceux qui parlent, et que les narrateurs, amis de la vérité, doivent s'attacher surtout à la mettre en évidence dans leurs récits, qu'il y soit question de l'homme, des anges ou de Dieu.

Saint Luc dit qu'on les fit asseoir par troupes de cinquante; saint Marc par groupes de cinquante et de cent, mais cette différence ne peut faire difficulté; car l'un des Évangélistes n'exprime qu'une des parties dont les groupes étaient composés, et l'autre la totalité. Si l'un des deux Évangélistes ne parlait que de groupes de cinquante, et l'autre de groupes de cent personnes, la contradiction paraîtrait évidente, et il serait difficile d'admettre que les deux choses soient vraies, mais racontées chacune par un seul des deux Évangélistes; et cependant en y réfléchissant plus attentivement, qui ne reconnaîtra la vraisemblance de cette explication? J'ai fait cette observation, parce qu'il se présente souvent des faits de ce genre qui, pour les esprits superficiels ou prévenus, paraissent contradictoires et ne le sont point.
Saint Jean Chrysostome
Jésus ne s'éloigne que lorsqu'il eut appris ce qui venait d'arriver, profitant ainsi de toutes les circonstances pour manifester la vérité de sa chair.

Ou bien, il se retire dans un lieu désert, pour que personne ne pût le suivre; mais le peuple ne consent point pour cela à se séparer de lui, et s'attache à ses pas: «Le peuple l'ayant appris, il le suivit»,etc.

Le Christ, pour nous attirer à l'aimer davantage, nous a donné sa chair en nourriture. Allons donc à lui avec beaucoup d'amour et de ferveur, afin de ne pas nous exposer au châtiment. Dans la mesure où nous avons reçu de plus grands bienfaits, nous serons punis plus durement, parce que nous nous serons montrés indignes de tant de bonté.

Ce corps, les mages l'ont adoré quand il était couché dans une mangeoire. Ces païens, ces étrangers, quittèrent leur patrie et leur maison, entreprirent un long voyage pour l'adorer avec crainte et tremblement. Imitons au moins ces étrangers, nous qui sommes citoyens des cieux. Car ceux-là, voyant l'enfant, le Christ, dans une mangeoire, sous un pauvre toit, ne voyant rien de ce que vous voyez, s'avancèrent avec un très grand respect.

Vous-mêmes, vous ne le voyez plus dans une mangeoire, mais sur l'autel. Vous ne voyez plus une femme qui le tient dans ses bras, mais le prêtre qui l'offre, et l'Esprit de Dieu, avec toute sa générosité, plane au-dessus des offrandes. Non seulement vous voyez le même corps que voyaient les mages, mais en outre vous connaissez sa puissance et sa sagesse, et vous n'ignorez rien de ce qu'il a accompli, après toute l'initiation aux mystères qui vous a été donnée avec exactitude. Réveillons-nous donc, et réveillons en nous la crainte de Dieu. Montrons beaucoup plus de piété que ces étrangers, afin de ne pas avancer n'importe comment vers l'autel et de ne pas attirer le feu sur nos têtes.

Je ne dis pas cela pour vous détourner d'avancer vers l'autel, mais pour vous empêcher de le faire inconsciemment. Car, de même qu'il est dangereux d'avancer n'importe comment, de même ne pas communier au repas sacramentel, c'est se condamner à la famine et à la mort. Cette table fortifie notre âme, rassemble notre pensée, soutient notre assurance; elle est notre espérance, notre salut, notre lumière, notre vie. Si nous quittons la terre après ce sacrifice, nous entrerons avec une parfaite assurance dans les parvis sacrés, comme si nous étions protégés de tous côtés par une armure d'or.

Mais pourquoi parler du futur? Dès ce monde, le sacrement transforme la terre en ciel. Ouvrez donc les portes du ciel, ou plutôt les portes des cieux les plus sublimes, et alors vous verrez ce que je viens de dire. Ce qu'il y a de plus précieux au ciel, je vous le montrerai sur la terre. Ce que je vous montre, ce n'est ni les anges, ni les archanges, ni les cieux des cieux, mais celui qui est leur maître. Vous voyez ainsi d'une certaine façon sur la terre ce qu'il y a de plus précieux. Et non seulement vous le voyez, mais vous le touchez, mais vous le mangez et vous l'emportez chez vous. Purifiez donc votre âme, préparez votre esprit à la réception de ces mystères.
Saint Ambroise
Ce fut donc grâce à une abondante multiplication des pains que ce peuple fut rassasié. On eût pu voir les morceaux sortir comme d'une source mystérieuse, et se multiplier, sans être divisés entre les mains de ceux qui les distribuaient, et les fragments intacts venir se glisser d'eux-mêmes sous les doigts de ceux qui les rompaient.

Dans le sens mystique, c'est après que cette femme, qui était la figure de l'Église, a été guérie d'une perte de sang; après que les Apôtres ont reçu la mission d'annoncer le royaume de Dieu, que le Sauveur distribue l'aliment de la grâce céleste. Mais remarquez ceux qui sont jugés dignes de le recevoir, ce ne sont point des gens oisifs, ni ceux qui restent dans les villes, qui siégent dans la synagogue, ou se reposent avec complaisance dans les dignités séculières, mais ceux qui cherchent Jésus-Christ dans le désert.

Ce n'est pas sans dessein que les restes de ces pains sont recueillis par les disciples, parce que les choses divines se trouvent plus facilement auprès des élus que parmi le peuple. Heureux celui qui p eut recueillir le superflu des âmes versées dans la science divine. Mais pourquoi Jésus-Christ a-t-il voulu qu'on remplît douze corbeilles des morceaux qui restèrent, si ce n'est pour délivrer le peuple juif de cette servitude que le Roi-prophète rappelait en ces termes: «Leurs mains servaient à porter sans cesse des corbeilles ?» ( Ps 80 ). C'est-à-dire que ce peuple qui était condamné à porter de la terre dans des corbeilles ( Ex 1 Ex 6 ), travaille maintenant par les mérites de la croix de Jésus-Christ, à gagner le pain de la vie céleste. Et cette grâce n'est pas le privilège d'un petit nombre, elle est accordée à tous les hommes; ces douze corbeilles, en effet, figurent la multiplication et l'affermissement de la foi dans chaque tribu.
Saint Grégoire de Nysse
Ce n'était point le ciel qui distillait la manne, ni la terre qui produisait le blé selon sa nature, pour subvenir aux besoins de ce peuple; cette abondante largesse sortait des trésors ineffables de la puissance divine. Le pain se multiplie dans les mains de ceux qui le distribuent et il augmente en proportion de la faim de ceux qui mangent. Ce n'est pas non plus de la mer que sortent les poissons dont ils se nourrissent, mais de la main de celui qui, en créant les diverses espèces de poissons, leur a donné la mer pour séjour.