Luc 8, 41

Et voici qu’arriva un homme du nom de Jaïre ; c’était le chef de la synagogue. Tombant aux pieds de Jésus, il le suppliait de venir dans sa maison,

Et voici qu’arriva un homme du nom de Jaïre ; c’était le chef de la synagogue. Tombant aux pieds de Jésus, il le suppliait de venir dans sa maison,
Louis-Claude Fillion
Après cette mise en scène, l'évangéliste aborde la narration du double prodige opéré par Jésus aussitôt après son débarquement. - Jaïre, chef de la synagogue. Sur ce nom, et sur cette fonction qui était regardée comme très honorable, voyez l'Evang. selon S. Marc, p. 82. - Il se jeta aux pieds de Jésus. C'est là un acte significatif de la part d'un personnage officiel, d'autant mieux que le monde ecclésiastique d'alors était loin d'être sympathique à Jésus ; mais le malheur fait courber même les têtes les plus altières. Les miracles accomplis par Notre-Seigneur à Capharnaüm (cfr. 4, 31 et ss. ; 5, 12 et ss. ; 7, 1 et ss.) avaient sans doute vivement impressionné Jaïre, et il se souvint du Thaumaturge dès qu'il se trouva lui-même dans le besoin.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Il vient donc, sous l'impulsion de la douleur qu'il éprouve, se jeter aux pieds de Jésus. Il aurait dû, sans y être contraint par la nécessité, se prosterner à ses pieds, et reconnaître sa divinité.
Saint Bède le Vénérable
Ou bien ce prince de la synagogue, c'est Moïse. Il porte avec raison le nom de Jaïre (c'est-à-dire qui éclaire ou qui est éclairé), parce que celui qui reçoit les paroles de vie pour nous les communiquer, éclaire les autres, et est éclairé lui-même par l'Esprit-Saint. Le chef de la synagogue se prosterne aux pieds de Jésus, parce que le législateur des Juifs, et toute la succession des patriarches reconnurent que le Christ fait homme leur était de beaucoup supérieur. Car si Dieu est la tête du Christ ( 1Co 11 ), il est juste de voir dans ses pieds son incarnation par laquelle il a touché la terre de notre mortalité. Il prie Jésus d'entrer dans sa maison, parce qu'il désirait voir son avènement. Sa fille unique, c'est la synagogue, qui seule est établie en vertu d'une institution légale; elle allait mourir, âgée seulement de douze ans (c'est-à-dire aux approches de sa puberté), parce qu'en effet, après avoir reçu des prophètes une éducation distinguée, elle devait, une fois parvenue à l'âge du discernement, produire pour Dieu des fruits spirituels; mais la multiplicité de ses erreurs l'ayant fait tomber en langueur, elle ne put entrer dans les voies de la vie spirituelle, et si Jésus-Christ ne fût venu à son secours, elle eût succombé à une mort certaine. Tandis que le Seigneur se dirige vers la maison de la jeune fille qu'il va guérir, il est pressé par la foule, parce qu'en effet, il est comme accablé par les moeurs de ceux qui mènent une vie charnelle, alors qu'il annonce aux Juifs les enseignements du salut.
Saint Cyrille d'Alexandrie
Par là enfin, il amenait le chef de la synagogue à croire, sans hésiter, qu'il délivrerait sa fille des liens de la mort.
Tite de Bostra
Voyez quelle est encore son ignorance, il demande à Jésus-Christ de venir chez lui: «Il le suppliait de venir dans sa maison», c'est-à-dire qu'il ignorait que Jésus pût guérir sa fille sans être extérieurement présent; car s'il l'avait su, il eût dit à Jésus comme le centurion: «Dites seulement une parole, et ma fille sera guérie» ( Mt 8).

L'Évangéliste donne le nom de ce chef de la synagogue, à cause des Juifs qui connurent alors cet événement, et pour rendre plus évidente la preuve du miracle. Ce n'est point un des derniers du peuple, mais un chef de synagogue qui vient trouver Jésus pour mieux confondre les Juifs et leur ôter toute excuse: «Il était chef de la synagogue». Il vint trouver Jésus, parce qu'il y était comme forcé par la nécessité; car quelquefois c'est la douleur qui nous porte au bien, selon cette parole du Psalmiste: «Resserrez avec le mors et le frein la bouche de ceux qui ne veulent point s'approcher de vous».
Saint Ambroise
Avant de ressusciter cette jeune fille, il guérit l'hémorroïsse pour exciter la foi du chef de la synagogue; c'est ainsi que nous célébrons la résurrection temporelle dans la passion du Sauveur, pour affermir notre foi à la résurrection éternelle: «Comme Jésus s'en allait aveu lui, et qu'il était pressé par la foule».

Mais que représente ce chef de la synagogue, sinon la loi, en considération de laquelle le Seigneur n'a pas entièrement abandonné la synagogue?

Mais tandis que le Verbe de Dieu se rend chez cette fille du chef de la synagogue pour sauver les enfants d'Israël, la sainte Église, composée des Gentils, et qui allait périr victime de ses désordres et de ses crimes, dérobe par la foi la grâce de la guérison qui était réservée à d'autres.