Luc 7, 50
Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »
Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »
35. Cela est manifeste lorsque nous le voyons à l’œuvre. Il est toujours à la recherche, toujours proche, toujours ouvert à la rencontre. Nous le contemplons s’arrêter pour parler avec la Samaritaine au puits où elle va prendre de l’eau (cf. Jn 4, 5-7). Nous le voyons, au milieu de la nuit, rencontrer Nicodème qui a peur d’être vu avec Lui (cf. Jn 3,1-2). Nous l’admirons se laisser laver les pieds, sans honte, par une prostituée (cf. Lc 7, 36-50) ; dire à la femme adultère les yeux dans les yeux : je ne te condamne pas (cf. Jn 8, 11) ; affronter l’indifférence de ses disciples lorsqu’il dit à l’aveugle sur la route avec tendresse : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10, 51). Le Christ montre que Dieu est proximité, compassion et tendresse.
Sans s'inquiéter de ces
protestations injustes qu'il lisait au plus profond des consciences, et qui se manifestaient d'ailleurs
probablement sur la physionomie des convives, Jésus adresse à la convertie une seconde parole, pour la
congédier doucement. En lui disant que c'est sa foi qui l'a sauvée, il ne détruit pas son assertion du v. 47 ; car
ce n'est pas la foi seule, mais la foi active dans la charité, qui avait accompli l’œuvre de régénération. L'union
de la foi et de l'amour avait été nécessaire pour cela. « C’est la foi qui avait conduit la femme au Christ, et
sans la foi personne n’aimerait le Christ au point de lui laver les pieds avec ses larmes, les essuyer avec ses
cheveux, les oindre avec du parfum. La foi commença le salut ; la charité le consomma. », Maldonat. - Tel
est ce beau récit, qu'on a justement appelé un « Évangile dans l'Évangile ». On voit maintenant qu'il avait sa
place toute marquée dans les pages de S. Luc, où l'universalité du salut est si clairement annoncée. Voyez la
Préface, § 5. Bien des peintres ont essayé de le retracer après notre évangéliste (en particulier Jouvenet, Paul
Véronèse, le Tintoret, Nic. Poussin, Rubens, Lebrun) ; mais aucun d'eux n'a surpassé S. Luc. S. Grégoire,
dans la belle homélie 33 qu'il lui consacre, et où il commence par dire d'une manière si pathétique qu'au
souvenir d'une pareille scène il lui serait plus facile de pleurer que de prêcher, en fait une excellente application morale : « Que figure le Pharisien qui présume de sa fausse justice, sinon le peuple juif ? Et que
désigne la femme pécheresse qui se jette aux pieds du Seigneur en pleurant, sinon les païens convertis? Elle
est venue avec son vase d’albâtre, elle a répandu le parfum, elle s’est tenue derrière le Seigneur, à ses pieds,
les a arrosés de ses larmes et essuyés de ses cheveux, et ces mêmes pieds qu’elle arrosait et essuyait, elle n’a
cessé de les baiser. C’est donc bien nous que cette femme représente, pour autant que nous revenions de tout
notre cœur au Seigneur après avoir péché et que nous imitions les pleurs de sa pénitence. » Voir dans
Tholuck, Blütehnsammlung aus der morgenl. Mystik, p. 251, une intéressante narration persane qui semble
calquée sur celle de S. Luc). - Mais quelle était cette femme ? Il nous reste à le chercher rapidement. Depuis
l'époque et grâce à l'autorité de S. Grégoire-le-Grand, qui le premier soutint cette opinion en termes clairs et
formels, on a toujours généralement supposé dans l'Église latine que la pécheresse de S. Luc,
Marie-Madeleine, et Marie sœur de Lazare se confondent en une seule et même personne. L'office de saint
Marie-Madeleine, tel qu'il existe depuis des siècles dans la liturgie romaine (voyez le Bréviaire et le Missel
romains, au 22 juillet), exprime nettement l'identité, et, quoique l'Église ne veuille pas se faire garant
infaillible de tous les détails historiques contenus dans ses prières officielles, on ne saurait nier que ce fait
constituer un argument digne de tout notre respect. Il est vrai que la tradition des premiers siècles est souvent
douteuse, embarrassée, parfois même contraire à la croyance actuelle. Origène, et plus tard Théophylacte,
Euthymius, admettent trois saintes femmes distinctes, et tel est encore le sentiment de l'Église grecque, qui
célèbre séparément la fête de la pécheresse pénitente, de Marie-Madeleine et de Marie sœur de Lazare. Si S.
Jean Chrysostome identifie la première et la seconde, il distingue clairement celle-ci de la troisième. S.
Ambroise est hésitant : « elle peut ne pas être la même », dit-il. S. Jérôme est tantôt favorable, tantôt opposé
à l'identité. D'autre part, il est certain que le texte évangélique semble de prime abord plus conforme à la
distinction. « S. Luc, 7, 37 (nous citons les réflexions de Bossuet, Sur les trois Magdeleines, Œuvres, édit. De
Versailles, t. 43, p. 3 et ss.) parle de la femme pécheresse qui vint chez Simon le Pharisien laver de ses
larmes les pieds de Jésus, les essuyer de ses cheveux, et les parfumer. Il ne la nomme pas. 8, 3, deux versets
après la fin de l'histoire précédente, il nomme, entre les femmes qui suivaient Jésus, Marie-Madeleine, dont il
avait chassé sept démons. 10, 39, il dit que Marthe, qui reçut Jésus chez elle, avait une sœur nommée Marie.
Ces trois passages semblent marquer plus aisément trois personnes différentes que la même. Car il est bien
difficile de croire que si la pécheresse était Magdeleine, il ne l'eût pas nommée d'abord, plutôt que deux
versets après, où non seulement il la nomme, mais la désigne par ce qui la faisait le plus connaître, d'avoir été
délivrée de sept démons. Et il semble nous parler de Marie, sœur de Marthe, comme d'une nouvelle personne
dont il n'a pas encore parlé. S. Jean parle de Marie, sœur de Marthe et de Lazare, 11, et 12. Dans ces deux
chapitres, il ne la nomme jamais que Marie, comme S. Luc ; et toutefois dans les chapitres 19 et 20, où il
parle de Marie-Magdeleine, il répète souvent ce surnom… Il est donc plus conforme à la lettre de l'Évangile
de distinguer ces trois saintes : la pécheresse qui vint chez Simon le Pharisien ; Marie, sœur de Marthe et de
Lazare ; et Marie-Magdeleine ». Cette difficulté exégétique est très réelle, comme s'accordent à le
reconnaître les meilleurs interprètes contemporains (voyez en particulier MM. Bisping, Schegg, Curci,
Patrizi). Aussi a-t-elle suscité en France, pendant le 16è et le 17è siècle, contre l'identité des trois saintes
femmes, un mouvement assez accentué, auquel prirent part non seulement des hommes ardents et
inconsidérés comme Launoy et Dupin, mais des savants de la trempe de Tillement, d'Estius, de D. Calmet, et
notre grand Bossuet lui-même, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Nous n'avons pas la prétention de la résoudre, et
nous avouons même que nous avons été très fortement influencé par elle. Néanmoins, il nous semble qu'on
peut lui opposer avec assez de succès la considération suivante.
Entre la pécheresse que nous venons de contempler aux pieds de Jésus, et Marie-Madeleine telle que la
représentent les récits de la Passion et de la Résurrection, il existe certainement une frappante ressemblance
de caractère. C'est, de part et d'autre, le même dévouement sans bornes pour la personne sacrée du Sauveur,
la même nature d'âme et d'activité : aussi l'identification est-elle plus aisée pour ce qui les concerne. Mais il
n'est pas moins remarquable de voir, quand on étudie l'histoire évangélique de Marie, sœur de Lazare, qu'en
elle aussi se manifeste un caractère analogue à celui de la pécheresse et de Madeleine. Son âme est
pareillement aimante et généreuse, contemplative, calme et saintement enthousiaste ; il n'y a pas jusqu'à son
attitude aux pieds de Notre-Seigneur qui ne rappelle celle de la femme pénitente chez Simon le Pharisien,
celle de Marie-Madeleine auprès du sépulcre et du divin ressuscité (voyez un beau développement de cette
pensée dans Isaac Williams, On the Passion, pp. 404 et ss.). - Nous aurons plus tard l'occasion de signaler
d'autres arguments exégétiques qui ont aussi leur force. En attendant, voici quelques sources auxquelles pourront puiser les lecteurs qui s'intéressent à cette belle question : D. Calmet, Dictionnaire de la Bible, aux
mots Marie-Madeleine et Marie de Béthanie ; Tillemont, Mémoires, t. 2 ; Noël Alexandre, Histor. eccles.,
Saec. 1, Dissert. 17 ; les Bollandistes, Acta Sanctorum, 22 juillet (dissertation très savante) ; Wouters,
Dilucidat. select. S. Script., de Concord. Evangel., c. 15, q. 1 ; Faillon, Monuments inédits sur l'apostolat de
sainte Marie-Madeleine en Provence, Paris, 1848 ; Dublin Review, juillet 1872, pp. 28 et ss., S. Mary
Magdalene in the Gospel ; Lacordaire, saint Marie-Madeleine.
La GloseIl répond ici à la pensée du pharisien, que cette parole rend plus attentif: «Il répondit Maître, dites».
Car nul ne peut par lui-même être délivré de la dette du péché, si la grâce de Dieu ne lui octroie son pardon.
L'albâtre est une espèce de marbre nuancé de diverses couleurs, on en fait des vases destinés à contenir des parfums, qu'ils conservent, dit-on, sans altération.
Plus donc le coeur du pécheur brûle du feu de la charité, plus aussi ce feu consume la rouille et les souillures du péché.
Dans le sens mystique, le pharisien qui présume de sa fausse justice, c'est le peuple juif; cette femme pécheresse qui se jette aux pieds du Seigneur, et les arrose de ses larmes, c'est la Gentilité convertie au vrai Dieu.
Nous lavons les pieds du Seigneur de nos larmes, lorsque par un sentiment d'affectueuse compassion, nous nous abaissons jusqu'aux membres les plus humbles du Seigneur; nous essuyons ses pieds avec nos cheveux, lorsque la charité nous porte à secourir de notre superflu les saints serviteurs de Dieu.
Que figure ce parfum, si ce n'est l'odeur d'une bonne renommée? Si donc nous faisons des bonnes oeuvres, dont la réputation se répande comme un parfum par toute l'Église, nous répandons dans un sens véritable des parfums sur le corps du Seigneur. Cette femme se tenait à côté des pieds du Seigneur; car nous nous tenions directement contre ses pieds, lorsque vivant au milieu de nos péchés, nous résistions en quelque sorte à ses voies; mais lorsqu'après nos péchés, nous revenons à lui dans les sentiments d'une véritable pénitence, alors nous nous tenons derrière lui, à ses pieds; parce que nous suivons alors ses traces auxquelles nous faisions alors profession de résister.
On peut aussi a dmettre que la même personne, appelée Marie, a répété la même action, une première fois, lorsque, comme le raconte saint Luc, elle s'approcha dans l'humiliation et dans les larmes, et obtint la rémission de ses péchés. Voilà pourquoi saint Jean avant de raconter la résurrection de Lazare, et lorsque Jésus n'était pas encore venu en Béthanie, s'exprime de la sorte: «Or, Marie était celle qui avait répandu des parfums sur le Seigneur, et lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux, et Lazare, qui était malade, était son frère:» donc Marie avait déjà fait cette même action; elle la répète à Béthanie, sans que saint Luc en parle, parce qu'elle n'entrait point dans l'ordre de son récit, mais elle est racontée par les trois autres Évangélistes.
Il arrive souvent, en effet, qu'un grand pécheur obtient par la confession le pardon de ses fautes, tandis que celui qui n'est coupable que de fautes légères, refuse, par orgueil, de recourir au remède de la confession, comme l'indiquent les paroles suivantes: «Celui à qui on remet moins, aime moins».
Ainsi cette femme de mauvaise vie devient plus vertueuse que les vierges; car à cette pénitence si pleine de ferveur, succède un amour plus ardent pour Jésus-Christ. Et nous ne parlons ici que de ce qui se passait à l'extérieur; car quelle ferveur bien plus grande dans les sentiments qui agitaient son âme, et dont Dieu seul était témoin !
Lorsque la pluie est tombée avec abondance, le ciel reprend sa sérénité; ainsi après une abondante effusion de larmes, le calme renaît, le nuage de nos crimes se dissipe, et nous sommes purifiés de nouveau par les larmes et la confession, comme nous avons été autrefois régénérés par l'eau et par l'esprit: «C'est pourquoi, je vous le dis: Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé».En effet, ceux qui se sont jetés à corps perdu dans le mal, se livrent avec autant d'énergie à la pratique du bien, au souvenir des dettes qu'ils ont contractées.
Il en est beaucoup pour qui ce fait évangélique est une source d'embarras, et qui se demandent si les Évangélistes ne sont point ici en contradiction.
Vous donc aussi qui avez péché, rentrez dans les voies de la pénitence, accourez partout où vous entendrez le nom de Jésus-Christ, hâtez-vous de vous rendre dans toute maison où vous apprenez que Jésus est entré; lorsque vous aurez trouvé la sagesse assise dans quelque demeure secrète, accourez vous jeter à ses pieds, c'est-à-dire cherchez d'abord le dernier degré de la sagesse, et confessez vos péchés dans les larmes. Peut-être Jésus-Christ ne lava point ses pieds dans cette circonstance, afin que nous les lavions nous-mêmes dans les larmes; heureuses larmes qui peuvent non seulement laver nos fautes, mais arroser les pieds du Verbe divin, pour que ses pas deviennent pour nous une source abondante de grâces ! Larmes précieuses qui sont non seulement la rédemption des pécheurs, mais la nourriture des justes; car c'est la voix d'un juste qui fait entendre ces paroles: «Mes larmes m'ont servi de pain le jour et la nuit».