Luc 5, 7

Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient.

Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient.
Louis-Claude Fillion
Le filet, en vertu de la divine prescience de Jésus, était tombé au milieu d'un de ces énormes bancs de poissons qu'on trouve dans toutes les mers et particulièrement dans le lac de Gennésareth. Voyez Tristram, Natural History of the Bible, 5è édit., p. 283. La fin du v. 6 et le v. 7 tout entier renferment des détails destinés à rehausser l'éclat du prodige : 1° Leur filet se rompait : il y eut en réalité un commencement de rupture : le secours apporté à temps (v. 7) empêcha seul le filet de se déchirer complètement. 2° Ils firent signe … D'après Théophylacte et Euthymius, Pierre et ceux qui étaient dans sa barque auraient été obligés de recourir au langage des signes. Mais cette explication nous semble un peu forcée. Il est plus simple de dire avec la plupart des exégètes qu'on employa les signaux parce que l'autre nacelle était trop loin pour que la parole articulée fût facilement entendue. 3° Ils remplirent les deux barques ; 4° Non-seulement les deux canots furent remplis de poissons, mais ils le furent à tel point qu'ils étaient presque submergés, tant la charge était pesante.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Pierre ne fait aucune difficulté d'obéir: « Et Simon lui répondit: Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ». Il n'ajoute pas: Je ne me rendrai pas à votre parole, je ne veux pas m'exposer à de nouvelles fatigues. Loin de là, il s'empresse de répondre: « Mais sur votre parole, je jetterai le filet ».C'était de la barque de Pierre que Notre-Seigneur avait enseigné le peuple, il ne veut pas laisser sans récompense le maître de la barque; et il le récompense doublement, d'abord il lui fait prendre une multitude innombrable de poissons, et en second lieu, il en fait lui-même son disciple: « Et l'ayant jeté, ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait ». Pierre prit une telle quantité de poissons, qu'il ne pouvait les tirer hors de l'eau, et qu'il demanda du secours à ses compagnons: « Et ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de venir », etc. Il les appelle en leur faisant signe; car l'étonnement que lui causait cette pèche abondante, lui ôtait pour ainsi dire l'usage de la parole. Les autres disciples répondent à son appel: «Et ils vinrent, et ils remplirent les deux barques»,etc. L'évangéliste saint Jean paraît raconter un miracle semblable, mais qui est cependant tout autre, et qui eut lieu après la résurrection du Sauveur sur la mer de Tibériade. Ces deux miracles diffèrent et quant au temps, et quant à la nature même du fait. Dans saint Jean, les filets, jetés à la droite de la barque, prennent cent cinquante-trois grands poissons, et l'Évangéliste a soin de dire que, malgré la grandeur des poissons, les filets ne se rompirent pas. Et il avait alors en vue le fait miraculeux raconté par saint Luc, où le filet se rompait sous le poids énorme des poissons qu'il contenait.
Saint Bède le Vénérable
Ou bien encore, la seconde barque c'est l'Église des Gentils qui, pour suppléer à l'insuffisance de la première est aussi remplie de poissons, qui représentent les élus; car le Seigneur connaît ceux qui sont à lui, il a déterminé le nombre précis de ses élus; et comme il n'a pas trouvé dans la Judée autant de fidèles qu'il en avait prédestinés à la vie éternelle, il cherche pour ainsi dire une autre barque pour recevoir les poissons qui sont à lui, et il répand la grâce de la foi dans le coeur des Gentils. Le filet venant à se rompre, on a recours à la barque voisine; ainsi lorsque Judas le traître, Simon le Magicien, Ananie et Saphire, et un grand nombre de disciples se séparent de l'unité, Paul et Barnabé sont choisis pour exercer l'apostolat parmi les Gentils.

Ces barques ne cessent de se remplir jusqu'à la fin du monde; lorsqu'elles sont pleines, elles s'enfoncent, ou plutôt elles sont exposées au danger d'être submergées; car elles ne le sont jamais en réalité. C'est ce qu'enseigne l'Apôtre, lorsqu'il dit: « Dans les derniers temps, il y aura des temps périlleux, les hommes s'aimeront eux-mêmes »,etc. En effet, les barques sont submergées lorsque les hommes que Dieu avait retirés du siècle par la vocation à la foi y sont de nouveau entraînés par la corruption des moeurs. Pierre était dans l'admiration des dons de Dieu, et plus il avait éprouvé de crainte, moins il était porté à la présomption: « Ce que voyant Simon Pierre, il tomba aux pieds de Jésus, en disant: Éloignez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur ».

Le filet se rompt, mais le poisson ne s'échappe pas, parce que le Seigneur conserve les siens au milieu des scandales de ceux qui les persécutent.
Saint Cyrille d'Alexandrie
Pierre fait signe à ses compagnons de venir à son secours, un grand nombre, en effet, se sont associés aux travaux des Apôtres d'abord ceux qui ont écrit les Évangiles, ensuite les autres évêques ou pasteurs des peuples, et les docteurs versés dans la science de la vérité.

C'était la figure de ce qui devait arriver dans la suite aux prédicateurs de l'Évangile; car ceux qui jetteront le filet de la doctrine évangélique ne travailleront pas inutilement, mais parviendront à réunir la multitude des nations.
Saint Augustin
Leurs filets se rompaient, et les barques étaient remplies de cette quantité de poissons, au point qu'elles étaient près de couler à fond, figure de cette multitude d'hommes charnels, qui devaient abonder un jour dans l'Église, au point de rompre la paix et de déchirer l'Église par les hérésies et par les schismes.
Saint Jean Chrysostome
Il s'accommode aux dispositions comme aux diverses occupations des hommes, c'est par une étoile qu'il avait appelé les mages, c'est par le métier de la pêche qu'il appelle à lui les pécheurs.
Saint Ambroise
L'autre barque représente la Judée, dans laquelle Jean et Jacques sont choisis; ils viennent de la synagogue à la barque de Pierre (c'est-à-dire à l'Église), et ils viennent pour remplir les deux barques, car tous juifs, ou grecs, doivent fléchir le genou au nom de Jésus.

Nous pouvons encore voir dans cette seconde barque la figure d'une autre Église; car l'Église de Jésus-Christ qui est une, se divise en plusieurs Églises particulières.