Luc 5, 39

Jamais celui qui a bu du vin vieux ne désire du nouveau. Car il dit : “C’est le vieux qui est bon.” »

Jamais celui qui a bu du vin vieux ne désire du nouveau. Car il dit : “C’est le vieux qui est bon.” »
Louis-Claude Fillion
Cette nouvelle comparaison, qui n'est pas moins pittoresque que les précédentes, est une particularité de S. Luc. Elle semble également empruntée à la situation : on était à la fin du repas et le vin circulait dans les coupes. Rien de plus clair que son sens direct. Quel est l'homme qui, après avoir bu du vin vieux pendant un certain temps, aura la pensée d'en demander tout à coup du nouveau ? Il se dit au contraire, et habituellement avec raison : le vieux est meilleur, car le vin vieux est en général plus doux et plus savoureux au palais. Au moral cela signifie que tous les changements sont pénibles, que l'on ne s'accoutume pas en un instant à un genre de vie ou d'idées totalement nouveau, notre esprit prenant peu à peu, sous l'influence des vieilles habitudes, un pli qu'il lui est ensuite bien difficile d'abandonner. Or, voilà précisément ce que Jésus voulait indiquer par cette image. Le vin vieux dont il parle représente en effet l'antique religion mosaïque sous la forme rigide que lui avaient donnée les Pharisiens ; le vin nouveau symbolise la religion chrétienne. Eût-il été naturel que les Juifs renonçassent tout à coup à des idées, à des préjugés, dont ils étaient depuis longtemps imbus, pour faire un parfait accueil à l'enseignement du Sauveur ? C'est donc, on le voit, une excuse aimable de leur conduite et de leur incrédulité qui est contenue dans ce verset. Laissez faire nos accusateurs, semblait dire Jésus à ses disciples : leur résistance est naturelle. Mais ils finiront par s'habituer au vin nouveau de l'Évangile, qui, du reste, ne manquera pas lui-même de vieillir. - Les Rabbins emploient aussi quelquefois au figuré cette comparaison du vin vieux et du vin nouveau. Par exemple, Pirké Aboth, 4, 20 : « Celui qui a des hommes âgés pour professeurs, à quoi ressemble-t-il ? Il ressemble à un homme qui mange des grappes mûres et qui boit du vin vieux. Et celui qui a des jeunes gens pour instructeurs, à quoi ressemble-t-il ? A un homme qui mange des raisins verts et qui boit du verjus ».
Saint Bède le Vénérable
Le vin nous donne des forces à l'intérieur; le vêtement couvre extérieurement notre corps; les bonnes oeuvres que nous faisons en dehors et qui font luire notre lumière devant les hommes, sont donc le vêtement; et la ferveur de la foi, de l'espérance et de la charité, est comme le vin. On peut dire encore que les vieilles outres sont les scribes et les pharisiens, tandis que le fragment de drap neuf et le vin nouveau sont les préceptes de l'Évangile.
Saint Cyrille d'Alexandrie
La manifestation de notre Sauveur dans ce monde fut comme une véritable fête, il venait célébrer des noces toutes spirituelles avec notre nature, pour la rendre féconde, de stérile qu'elle était; les fils de l'Époux sont donc tous ceux qui sont appelés par la loi nouvelle de l'Évangile, et non les scribes et les pharisiens qui ne considèrent que l'ombre de la loi.
Saint Augustin
C'est-à-dire ils seront dans la désolation, dans la tristesse et les larmes, jusqu'à ce que la joie et la consolation leur aient été rendues par l'Esprit saint.

La réponse du Sauveur d'après saint Luc: « Pouvez-vous faire jeûner les amis de l'Époux », donne à entendre que ceux qui lui faisaient cette question, feraient pleurer et jeûner les fils de l'Époux, parce qu'ils devaient être un jour les auteurs de la mort de l'Époux.

Évidemment saint Luc paraît faire entendre que cette question fut adressée au Sauveur de différents côtés, et qu'elle embrassait plusieurs personnes; comment donc saint Matthieu s'exprime-t-il de la sorte: « Alors les disciples de Jean s'approchèrent et dirent: Pourquoi, tandis que les pharisiens et nous nous jeûnons souvent, vos disciples ne jeûnent-ils pas ? » si ce n'est parce que les disciples de Jean étaient présents, et que tous à l'envi s'empressèrent de faire cette objection.

Il y a deux sortes de jeûnes, le jeûne de l'affliction pour obtenir de Dieu le pardon des péchés; et le jeûne de la joie, où l'âme est d'autant moins sensible aux plaisirs de la chair, qu'elle jouit en plus grande abondance des délices spirituelles. Or, le Sauveur, interrogé pourquoi ses disciples ne jeûnaient pas, s'explique successivement sur ces deux sortes de jeûne, et d'abord sur le jeûne de la tribulation: « Il leur répondit: Pouvez-vous faire jeûner les fils de l'Époux, tandis que l'Époux est avec eux ? »

On peut encore donner cette autre explication: Après avoir reçu le don de l'Esprit saint, quoi de plus convenable que les fils de l'Époux déjà renouvelés dans la vie spirituelle, pratiquent le jeûne qui s'accomplit sans la joie? Avant qu'ils aient reçu l'Esprit saint, le Sauveur les compare à des vêtements vieux auxquels il ne faut pas coudre un morceau de drap neuf, c'est-à-dire un fragment de la doctrine qui a pour objet la tempérance de la loi nouvelle; car alors la doctrine est comme divisée et rompue par ce fragment, puisque le jeûne qu'elle prêche est un jeûne général, qui interdit non seulement le désir des aliments, mais toute joie qui vient des plaisirs de la terre. Notre-Seigneur ne veut pas que l'on donne ce fragment de doctrine, qui a pour objet les aliments, à ceux qui sont encore esclaves des anciennes coutumes, autrement il se fera une déchirure, et ce fragment de doctrine nouvelle ne pourra s'unir avec ce qui est vieux. Le Sauveur les compare encore à des outres: « De même personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ».

Il compare les Apôtres à des outres déjà vieilles, parce qu'ils se rompent sous l'effort du vin nouveau des préceptes spirituels qu'ils ne peuvent contenir: «Autrement le vin nouveau rompra les outres et se répandra, et les outres seront perdues». Ils étaient déjà devenus des outres neuves, lorsqu'après l'ascension du Seigneur, l'Esprit saint vint les renouveler, en leur inspirant le désir de ses divines consolations, l'esprit de prière et d'espérance: « Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves, et l'un et l'autre sont conservés ».
Saint Jean Chrysostome
Comme s'il leur disait: Le temps actuel est un temps de joie et d'allégresse, pourquoi donc vouloir y mêler la tristesse?
Saint Ambroise
Ou bien encore, le jeûne, dont Notre Seigneur ajourne ici la pratique, n'est pas celui qui mortifie la chair et réprime les penchants de la concupiscence (car ce jeûne, au contraire, nous rend agréables à Dieu), mais il veut dire que nous ne pouvons jeûner, nous qui possédons le Christ, et qui sommes nourris de sa chair et de son sang.

Il nous fait voir la fragilité de la condition humaine, en comparant nos corps aux dépouilles des animaux morts.
Saint Grégoire de Nysse
Le vin nouveau, par la fermentation qui lui est naturelle, chasse au dehors, par un mouvement qui tient également à sa nature, l'écume et la lie impure qu'il contient. Ce vin, c'est le Nouveau Testament, que les outres anciennes, vieillies par leur incrédulité, ne peuvent contenir; bien plus, elles se rompent par la force de l'excellence de la doctrine, et laissent ainsi s'écouler la grâce de l'Esprit saint; car la sagesse n'entre pas dans une âme qui veut le mal. ( Sg 1 ).
Saint Basile le Grand
Ou encore, les fils de l'Époux ne peuvent jeûner, c'est-à-dire se priver de la nourriture de l'âme, mais ils doivent vivre de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.