Luc 5, 26
Tous furent saisis de stupeur et ils rendaient gloire à Dieu. Remplis de crainte, ils disaient : « Nous avons vu des choses extraordinaires aujourd’hui ! »
Tous furent saisis de stupeur et ils rendaient gloire à Dieu. Remplis de crainte, ils disaient : « Nous avons vu des choses extraordinaires aujourd’hui ! »
L'impression produite sur
les témoins du miracle fut immense. Elle consista en un mélange bien naturel d'admiration et de sainte
frayeur, mentionné de concert par les trois synoptiques. 1° L'admiration est exprimée en termes énergiques
(le grec parle d'extase). Elle eut pour résultat de mettre la louange de Dieu sur toutes les lèvres. 2° La frayeur
fut grande aussi, et chacun la motivait en disant à ceux qui l'entouraient : nous avons vu aujourd'hui des
choses prodigieuses. Le texte grec emploie ici un adjectif qui pris à la lettre signifierait « des choses
étranges, paradoxales ». Mais les classiques s'en servent aussi pour désigner des événements merveilleux.
Le Sauveur prouve la rémission des péchés par la guérison du corps: «Il dit au paralytique: Je vous le commande, levez-vous»,et il prouve la guérison du corps de ce paralytique, en lui commandant d'emporter son lit, ce qui confirmait invinciblement la réalité de cette guérison: «Prenez votre lit», etc., comme s'il lui disait: Je voulais me servir de votre infirmité pour guérir ceux qui paraissent pleins de saute, mais dont l'âme est bien malade, puisqu'ils refusent la guérison, allez convertir votre famille.
Avant de guérir cet homme de sa paralysie, le Seigneur l'affranchit d'abord des liens du péché; il lui apprend ainsi que l'affaiblissement, la défaillance de ses membres est la punition des fautes dont son âme est comme enchaînée, et qu'il faut rompre ces chaînes spirituelles pour qu'il puisse recouvrer la santé.
Ils disent vrai, Dieu seul peut remettre les péchés, et il les remet aussi par ceux auxquels il a donné ce pouvoir. Nous avons donc ici une preuve que Jésus-Christ est vraiment Dieu, puisqu'il peut remettre les péchés comme Dieu.
Ce n'est pas sans dessein que la maison où se trouve Jésus nous est représentée comme couverte de tuiles, parce que, sous le voile grossier de la lettre, nous trouvons la vertu de la grâce spirituelle.
En formulant cette accusation, ils se hâtent bien légèrement de prononcer la sentence de mort. Car la loi ordonnait de punir de mort tout homme coupable de blasphème contre Dieu.
Il semble leur dire: Vous dites, ô pharisiens: «Qui peut remettre les péchés que Dieu seul»,et moi je vous réponds: «Qui peut scruter les secrets des coeurs, si ce n'est Dieu seul ?» Lui qui dit par la bouche des prophètes: «Je suis le Seigneur qui scrute les coeurs et pénètre les reins ( Jr 10; Ps 7, 10; 1 Paralip 28, 9; Sg 6, 4; Sof 12; Ap 2, 23) ».
Notre-Seigneur lui dit: «O homme ! vos péchés vous sont remis». Et en parlant ainsi, il insinue que les péchés étaient remis à un homme qui, par là même qu'il était homme, ne pouvait dire: «Je suis sans péché». Il voulait encore faire entendre que celui qui remettait les péchés était Dieu.
On peut voir dans ce paralytique une image de l'âme privée de ses membres, c'est-à-dire, de ses opérations, cherchant Jésus-Christ (c'est-à-dire, la volonté du Verbe de Dieu). Elle ne peut arriver jusqu'à lui, empêchée qu'elle en est par la foule tumultueuse de ses pensées; il faut qu'elle découvre le toit, c'est-à-dire, le voile des Écritures, pour arriver ainsi à la connaissance de Jésus-Christ, c'est-à-dire, pour descendre pieusement jusqu'à l'humilité de la foi.
Ceux donc qui déposent le paralytique peuvent représenter les vrais docteurs de l'Église, et le lit sur lequel il est déposé signifie que c'est pendant que l'homme est revêtu d'un corps mortel qu'il doit chercher à connaître Jésus-Christ. - S. Ambr. Le Seigneur voulant établir l'espérance pleine et entière de la résurrection, pardonne les péchés de l'âme et guérit l'infirmité de la chair, c'est la guérison de l'homme tout entier. Il est grand sans doute de remettre aux hommes leurs péchés, mais il est plus divin de rendre la vie aux corps par la résurrection, puisque Dieu lui-môme est la résurrection; or, le lit qu'on ordonne au paralytique d'emporter c'est le corps humain.
Il ne faut pas que l'infirmité de l'âme se repose davantage dans les joies charnelles, comme sur un lit, mais au contraire, qu'elle réprime les affections de la chair, et se dirige vers sa maison, c'est-à-dire, vers le repos mystérieux de son coeur.
Disons cependant que la foi de ce paralytique concourait aussi pour demander sa guérison, car s'il n'avait eu la foi, il n'aurait pas consenti à ce qu'on le descendît ainsi aux pieds de Jésus.
Lorsque nous sommes atteints de souffrances corporelles, nous nous empressons bien vite de les faire cesser; si, au contraire, notre âme vient à être malade, nous différons de recourir aux remèdes, et c'est pour cela que nous n'obtenons pas la guérison de nos infirmités corporelles. Retranchons donc courageusement la source du mal, et le cours de ces infirmités s'arrêtera. Or, les pharisiens, dans la crainte de la multitude, n'osaient manifester leurs pensées, ils se contentaient de s'en occuper dans leurs coeurs: «Et ils commencèrent à dire en eux-mêmes: Qui est celui qui profère des blasphèmes ?»
Si vous refusez de croire le premier miracle (la rémission des péchés), j'en ajoute un second, en dévoilant vos pensées les plus secrètes, et un troisième en rendant la santé et la force au corps de ce paralytique: «Lequel est le plus facile»,etc. Il est évident qu'il est beaucoup plus facile de rendre la force à un corps affaibli, car l'âme est beaucoup plus noble que le corps, et la rémission de ses fautes est d'autant plus excellente. Mais comme vous refusez de croire au premier miracle, parce qu'il reste cache, j'en ajouterai un autre qui lui est inférieur, mais qui est visible et qui vous démontrera la vérité de celui qui est invisible. Remarquez encore qu'en adressant la parole au paralytique, Notre-Seigneur ne lui dit pas: «Je vous remets vos péchés», pour établir sa propre puissance, mais lorsqu il y est force par la malice de ses ennemis, il la déclare ouvertement, en disant: «Or, afin que vous sachiez», etc.
Les Juifs rampent encore dans des pensées terrestres, tout en louant Dieu, mais sans reconnaître que Jésus-Christ lui-même était Dieu, car la chair était pour eux un obstacle, et toutefois, c'était beaucoup déjà de le reconnaître comme le premier des mortels et comme l'envoyé de Dieu.
Qu'il est grand le Seigneur qui pardonne aux uns, en considération du mérite des autres, qui accueille favorablement les uns, et pardonne aux autres leurs égarements ! O homme ! comment pourriez-vous refuser d'écouter les prières de vos semblables, lorsqu'auprès de Dieu, un serviteur a le droit d'intervenir par ses mérites et d'obtenir ce qu'il demande? Si donc vous désespérez d'obtenir le pardon de fautes énormes, ayez recours aux prières des autres, ayez recours à la médiation de l'Église, qui priera pour vous, et en sa considération, Dieu vous accordera le pardon qu'il aurait pu vous refuser à vous-même.
C'est ainsi qu'ils viennent eux-mêmes témoigner en faveur de l'oeuvr e de la toute puissance du Fils de Dieu, car rien n'établit plus fortement la foi qu'un aveu involontaire et forcé, comme aussi rien n'augmente la culpabilité comme la négation de ceux qui se condamnent par leurs propres assertions: «Qui peut remettre les péchés que Dieu seul ?» Quelle folie de la part de ce peuple infidèle, de reconnaître d'un côté que Dieu seul peut remettre les péchés, et de ne point croire de l'autre au Dieu qui remet les péchés.
La guérison s'opère immédiatement, et sans retard, le Sauveur guérit cet homme au même moment qu'il parle «Et se levant aussitôt»,etc.
Les Juifs incrédules voient le paralytique se lever et s'étonnent qu'il marche: «Et ils furent tous frappés de stupeur», etc.
Ils sont témoins des miracles de sa toute-puissance, et ils aiment mieux se laisser dominer par la crainte que diriger par la foi: «Et ils furent remplis de crainte»,etc. S'ils avaient cru, ils eussent cessé de craindre pour aimer, car l'amour parfait chasse la crainte ( 1Jn 4,18 ). Or, la guérison de ce paralytique nous donne un enseignement important; Notre-Seigneur commença par prier, non par nécessité, mais pour nous donner l'exemple.