Luc 4, 13
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Les Évangiles parlent d’un temps de solitude de Jésus au désert immédiatement après son baptême par Jean : " Poussé par l’Esprit " au désert, Jésus y demeure quarante jours sans manger ; il vit avec les bêtes sauvages et les anges le servent (cf. Mc 1, 12-13). A la fin de ce temps, Satan le tente par trois fois cherchant à mettre en cause son attitude filiale envers Dieu. Jésus repousse ces attaques qui récapitulent les tentations d’Adam au Paradis et d’Israël au désert, et le diable s’éloigne de lui " pour revenir au temps marqué " (Lc 4, 13).
Épilogue de tout le récit. S. Luc, il est vrai, ne mentionne pas les anges qui s'approchèrent de Jésus
pour le servir dès que le démon se fut retiré ; mais en revanche il nous fournit deux renseignements
particuliers tout à fait instructifs. - Premier trait : Après avoir achevé toutes ces tentations (la plupart des
exégètes traduisent : toutes formes de tentations). Les trois tentations spéciales auxquelles Satan avait eu
recours pour porter Jésus au péché embrassent, en effet, comme le font remarquer les moralistes, le germe et
l'abrégé de toutes les autres. « Elles sont au nombre de trois; et tu ne trouveras rien qui tente la cupidité
humaine en dehors du désir de la chair, du désir des yeux, et de l’ambition du siècle. C’est par ces trois
choses que le Seigneur est tenté par le diable ». St Augustin. Cfr. S. Greg. Hom. 16 in Evang. ; S. Thom.
Summa Theol., p. 3, q. 41, a. 4- Second trait : Il s'éloigna de lui pour un temps. L'expression est
significative : Satan ne se retire que pour un temps ! Quand il aura trouvé une occasion favorable ou, selon
d'autres, quand Dieu le lui permettra, il reviendra certainement à la charge, car, quoique battu, il est loin de
renoncer à la lutte. Une parole de Jésus, Joan. 14, 80, nous montre que sous ce « temps opportun » nous
devons voir en particulier celui de sa douloureuse Passion. Cfr. S. Bonav. , de Vita Christi, 14.
Puissions-nous, dans nos tentations, vaincre toujours comme notre Maître ! « La raison pour laquelle
l’empereur combat, c’est pour que les soldats apprennent ». St Augustin Serm. 122, 2.
Ou bien, comme il l'avait tenté dans le désert par l'attrait de la sensualité, il se retira de lui jusqu'au temps de sa passion, où il devait le tenter par la crainte de la douleur. - S. Maxim. Ou bien encore, le démon avait suggéré à Jésus-Christ, dans le désert, de préférer les biens matériels à l'amour divin, le Sauveur lui ordonne de se retirer, ce qui était un signe de l'amour qu'il avait pour Dieu. Dans la suite, le démon s'efforça donc de lui faire transgresser le précepte de l'amour du prochain, ainsi il excitait les scribes et les pharisiens à lui dresser des embûches, alors qu'il leur enseignait les sentiers de la véritable vie pour le forcer de les haïr. Mais le Seigneur, ne perdant jamais de vue l'amour qu'il avait pour eux, ne cessait de les avertir, de les reprendre et de leur faire du bien.
Dieu accorde son secours, non à ceux qui le tentent, mais à ceux qui croient et espèrent en lui; aussi Jésus-Christ ne voulut point faire de miracles en présence de ceux qui étaient venus pour le tenter: «Cette génération perverse, disait-il, demande un prodige, et il ne lui sera point donné».
Saint Matthieu rapporte également l'ensemble de ces tentations, mais dans un ordre différent. Nous ne savons donc ce qui eut lieu d'abord, de la deuxième ou de la tr oisième tentation, c'est-à-dire si le démon fit voir au Sauveur tous les royaumes du monde avant de le transporter sur le pinacle du temple; mais peu importe, dès lors qu'il est certain que ces deux faits sont véritables.
L'un des Évangélistes a placé la seconde tentation avant la troisième; l'autre, la troisième avant la seconde, parce que la vaine gloire et l'avarice s'engendrent mutuellement.
C'est en effet une inspiration diabolique que de se jeter dans le danger, pour tenter si Dieu nous en délivrera.
Voyez comme le Seigneur, sans être troublé, discute humblement avec le démon, vous donnant ainsi un exemple que vous devez imiter autant qu'il est possible. Le démon connaît les armes dont Jésus-Christ s'est servi pour le terrasser, il l'a combattu par la douceur, et en a triomphé par l'humilité. Vous donc aussi, si vous rencontrez un homme devenu l'instrument du démon pour lutter contre vous, cherchez à en triompher par les mêmes armes. Que votre âme apprenne à conformer vos paroles aux paroles du Christ; car de même que le juge romain, assis sur son tribunal, n'écoute point la demande de celui qui ne sait point parler son langage; ainsi Jésus-Christ ne vous exaucera point et ne prêtera aucune attention à vos paroles, si vous ne parlez son langage.
Ne vous laissez donc pas séduire par les hérétiques qui pourront vous citer des témoignages de l'Écriture, le démon lui-même a recours à l'Écriture, non pour enseigner, mais pour tromper.
Vous voyez donc que le démon n'est point opiniâtre dans ses poursuites, il cède le terrain à la véritable vertu, et s'il ne cesse point de porter envie et de haïr, il craint de revenir à la charge, parce qu'il redoute la honte de fréquentes défaites. Aussitôt donc qu'il entend le nom de Dieu, il se retire pour un temps, dit l'Évangéliste; car il revint plus tard, non plus pour tenter le Sauveur, mais pour le combattre à force ouverte.
Celui qui lutte suivant les règles, arrive au terme du combat, soit que son adversaire cède de lui-même au vainqueur, soit qu'à la troisième défaite il dépose les armes suivant les lois du combat: «Et ayant épuisé toutes ses tentations, il se retira», etc.
Ce n'est pas contre la divinité que le démon engage le combat (il n'eût osé le faire), aussi c'est pourquoi il dit à Jésus: «Si vous êtes le Fils de Dieu», mais c'est contre l'homme qu'il avait autrefois réussi à séduire.
La sainte Écriture n'eût pas dit que le démon avait épuisé toutes les tentations, si les trois qui précédent n'étaient l'occasion de tous les crimes. En effet, toutes les tentations viennent des concupiscences qui sont le plaisir de la chair, le désir de la gloire et l'ambition du pouvoir.
L'ennemi de notre salut s'était approché de Jésus comme d'un homme, mais n'ayant trouvé en lui aucun des caractères de ses premiers ancêtres, il se retira.
Jésus suivait le démon comme un athlète qui marche volontairement au combat, et il semblait lui dire: Conduis-moi où tu voudras, tu me trouveras supérieur à toutes tes ruses et à toutes tes intrigues.
L'évangéliste saint Jean, qui commence son Évangile par la génération divine, et donne ce magnifique exode: «Au commencement était le Verbe», n'a pas raconté les tentations du Sauveur, parce que la divinité dont il voulait surtout parler est inaccessible à la tentation. Au contraire, saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, qui avaient surtout pour objet de décrire la génération temporelle, et la vie humaine de Notre-Seigneur, nous ont raconté sa tentation.