Luc 3, 17
Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Jean répond de façon aussi solennelle que possible. « Au premier indice des sentiments qui se dessinent,
Jean-Baptiste prend l'offensive. Il va au-devant de l'estime exagérée qu'on s'apprête à faire de lui, il se dérobe
aux acclamations qui se préparent, il s'efface devant Celui qu'il est chargé d'annoncer au monde : en quels
termes, avec quelle énergie et quelle soudaineté » ! M. Planus, ibid., p. 181. « Elle ne montre pas de zèle
pour elle-même, mais pour l’époux; il déteste être aimé pour lui-même ». St Augustin. - Dans les
circonstances solennelles, les Orientaux donnent volontiers à leurs paroles une forme poétique,
non-seulement par le choix d'expressions plus relevées, plus imagées, mais aussi par la coupe et la structure
des phrases. Le présent témoignage du Précurseur en est un frappant exemple. Nous y découvrons sans peine un véritable rythme, qui s'est conservé même dans le texte grec, et qui consiste en trois périodes ou strophes
bien marquées les deux premières à trois membres et corrélatives, la troisième à deux membres seulement,
comme il suit :
Moi, je vous baptise dans l’eau
mais il viendra quelqu’un de plus puissant que moi
et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales.
C’est lui qui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et dans le feu.
Le van est dans sa main
et il nettoiera son aire.
Et il amassera le blé dans son grenier,
mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint pas.
Cette division rend beaucoup plus palpable le rapprochement que Jean-Baptiste établit entre sa propre
personne et celle du Messie. Voyez Schegg, Evang. Nach Lukas, h. l. 1° Le baptême de S. Jean et celui du
Christ sont comparés l'un à l'autre au moyen d'une forte antithèse. Ce sont les premiers vers des deux
strophes à trois membres. Moi… est opposé à il…, baptise dans l'eau à baptisera dans l'Esprit-Saint et dans
le feu. Ce que le feu est à l'eau, le baptême du Christ le sera à l'égard du baptême de S. Jean. L'eau ne lave
qu'au dehors, le feu purifie au dedans, lavant pour ainsi dire jusqu'à la moelle, et cela est vrai surtout au
moral, à propos du feu de l'Esprit-Saint dont il est ici question. Voir, pour l'explication détaillée, l'Evang.
selon S. Matth., p. 79 et ss., et Patrizi, de Evangel. Lib. 3, dissert. 43, § 52. 2° La dignité de S. Jean et celle
du Christ : autre antithèse, qui comprend le second et le troisième vers des deux premières strophes. La
figure si pittoresque et si modeste par laquelle Jean-Baptiste exprime son infériorité personnelle relativement
au Messie est vraiment admirable. Le Précurseur ne se croit pas même digne de rendre au Christ le plus
humble service ! Au contraire, continue-t-il en employant une autre image toute majestueuse (cfr. 22, 11 et
Jer. 15, 7), le Messie se manifestera comme un juge souverain, auquel personne ne pourra résister. Pour les
détails nous renvoyons encore le lecteur à l'Evang. selon S. Matth. , pp. 74 et 75. - La troisième strophe
décrit le sort opposé qui attend dans l'autre vie les justes et les pécheurs. - C'est en ces termes que S. Jean au
faîte de sa popularité, rejeta énergiquement l'honneur indu qu'on voulait lui attribuer. Rien ne put le faire
sortir de son rôle de Précurseur.
Comment put-il répondre à ceux qui pensaient dans leurs coeurs qu'il pouvait être le Christ? C'est que non seulement telle était leur pensée, mais qu'ils lui avaient député des prêtres et des lévites pour lui demander s'il était le Christ, comme le raconte un autre Évangéliste.
L'aire est en effet la figure de l'Église de la terre, où il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Cette aire se nettoie en partie dans la vie présente, lorsqu'un mauvais chrétien est retranché de l'Église par le jugement sacerdotal, en punition de ses fautes publiques et scandaleuses; ou bien lorsque après sa mort il est condamné au tribunal de Dieu pour des crimes secrets; et elle sera nettoyée entièrement à la fin du monde, quand le Fils de l'homme enverra ses anges pour faire disparaître de son royaume tous les scandales.
Expression merveilleuse et étonnante pour désigner le feu de l'enfer. En effet, notre feu matériel ne peut être entretenu que par la quantité de bois qu'on y jette, et il ne dure qu'à la condition d'être toujours alimenté; au contraire, le feu de l'enfer, quoiqu'il soit matériel et qu'il brûle corporellement les réprouvés qui y sont précipités, n'est point alimenté par le bois, mais une fois créé, il dure toujours et ne s'éteint jamais.
En ajoutant: « Et il nettoiera son aire », Jean-Baptiste nous apprend que Jésus-Christ est le souverain Maître de l'Église.
La paille, au contraire, est l'emblème des âmes indolentes et vaines, et dont la mobilité flotte à tout vent de péché.
Saint Matthieu dit au contraire: « Dont je ne suis pas digne de porter la chaussure ». S'il y a quelque intérêt à donner un sens différent à ces deux locutions: « Porter la chaussure »,ou: « Dénouer les cordons de la chaussure »,de manière qu'un Évangéliste ait rapporté la première de ces deux locutions, et l'autre la seconde, il faut admettre que tous deux ont dit la vérité. Si au contraire, en parlant de la chaussure du Seigneur, Jean-Baptiste ne s'est proposé que de faire ressortir la supériorité du Christ et son humble dépendance, ces deux locutions figurées, rapportées l'une par saint Matthieu et l'autre par saint Luc, expriment la même vérité, et ont pour but de faire ressortir la profonde humilité du saint Précurseur.
Le van, que le Seigneur tient en sa main, signifie qu'à lui seul appartient le droit de discerner les mérites des hommes, parce qu'en effet, lorsqu'on vanne le blé dans l'aire, le souffle de l'air fait comme une espèce de discernement du bon grain d'avec le mauvais: « Et il amassera le froment dans son grenier », etc. Par cette comparaison, le Seigneur nous enseigne qu'au jour du jugement, il fera le discernement des mérites solides et des véritables fruits de vertu d'avec la légèreté stérile de toutes ces actions vaines, aussi chétives que présomptueuses, et placera dans la demeure des cieux les hommes d'une vertu parfaite. Or, les hommes qui sont des fruits parfaits sont ceux qui ont été jugés dignes de ressembler à celui qui a été semé comme un grain de blé pour produire ensuite des fruits plus abondants ( Jn 12).
Quoi de plus insensé que de refuser de croire, lorsqu'il vint lui-même en personne, celui qu'ils voulaient reconnaître dans la personne d'un autre? Ils pensaient que le Messie devait naître d'une femme, et ils ne veulent pas croire qu'il ait pu naître d'une Vierge, et cependant le signe que Dieu avait donné de l'avènement du Sauveur, c'était l'enfantement d'une Vierge et non celui d'une femme.
Les chrétiens de cette espèce ne laissent pas d'être utiles à ceux qui sont jugés dignes du royaume des cieux, soit en leur communiquant les dons spirituels, soit en leur donnant des secours extérieurs, bien qu'ils ne le fassent point par un motif d'amour de Dieu ou de charité du prochain.
Il est utile de se rappeler que les biens qui nous sont promis et que Dieu tient en réserve pour ceux qui vivent saintement, dépassent de beaucoup toutes les explications que nous pouvons en donner; car ni l'oeil de l'homme n'a vu, ni son oreille n'a entendu, ni son coeur n'a compris l'excellence de ces biens. Il en est de même des châtiments réservés aux pécheurs, ils n'ont aucune proportion avec les peines sensibles de cette vie. Nous les exprimons sans doute par les noms dont nous faisons usage dans notre langue, mais quelle distance les sépare de nos peines ordinaires ! car lorsque vous entendez parler de feu, et que l'Évangéliste ajoute: « inextinguible », aussitôt votre attention se porte sur un feu tout différent du nôtre, auquel ne convient point cette expression.
L'affection a ses périls, si elle franchit les justes bornes. Quand on aime quelqu'un, on doit considérer attentivement la nature et les motifs de son affection, et la proportionner au mérite de celui qu'on aime, car si l'on dépasse la mesure et les limites de la charité, celui qui aime comme celui qui est aimé se rendent coupables.
De même encore que Jean-Baptiste attendait sur les bords du fleuve du Jourdain ceux qui venaient demander son baptême, qu'il repoussait les uns, en les appelant: « Race de vipères », et recevait les autres qui faisaient l'aveu sincère de leurs péchés, ainsi le Seigneur Jésus se tiendra sur les bords du fleuve de feu près du glaive flamboyant. Tout homme qui, au sortir de cette vie voudra entrer dans le paradis et aura besoin d'être purifié, sera baptisé dans ce bain de feu avant d'être introduit dans le paradis. Quant à celui qui ne portera point le signe des premiers baptêmes, il ne pourra être baptisé dans ce baptême de feu.
Comme le blé ne peut être séparé de la paille que par le mouvement de l'air, le juste juge est représenté tenant à la main un van, qui fait connaître que les uns sont de la paille et les autres du froment. En effet, lorsque vous n'étiez qu'une paille légère (c'est-à-dire incrédule), la tentation vous a fait voir ce que vous étiez sans le savoir, mais lorsque vous avez supporté courageusement les épreuves, la tentation ne vous rend pas fidèle et patient, mais elle fait éclater la vertu qui était au dedans de votre âme.