Luc 22, 53
Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous n’avez pas porté la main sur moi. Mais c’est maintenant votre heure et le pouvoir des ténèbres. »
Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous n’avez pas porté la main sur moi. Mais c’est maintenant votre heure et le pouvoir des ténèbres. »
Tout en refusant de répondre à la violence
par la violence, le Sauveur proteste avec une noble fermeté contre les procédés aussi lâches qu'injustes de ses
adversaires. Dans ce passage, commun aux évangélistes synoptiques, trois traits sont propres à S. Luc. 1° au
v. 52, la présence, parmi les rangs des soldats, des valets et de la foule fanatique, d'un certain nombre de
princes des prêtres, de capitaines des lévites (cf. note du v. 4) et d'anciens du peuple. C'est sur eux que
retombe directement le fier reproche du Sauveur. Quelques rationalistes (Bleek, Meyer, etc.) ont trouvé cette
présence peu naturelle : nous trouvons au contraire très naturel que des Sanhédristes et d'autres personnages
influents soient venus surveiller une opération délicate, qui avait pour eux une si grande importance. 2° au v.
53, les mots pittoresques vous n'avez pas étendu les mains sur moi, au lieu de « vous ne m’avez pas arrêté »
(S. Matth. et S. Marc). Cfr. Jer. 6, 12. 3° La phrase finale mais c'est ici votre heure, qui est d'une si grande
énergie, en quelque sens du reste qu'on la prenne. Il est en effet deux manières de l'interpréter, au propre ou
au figuré. Au propre, elle signifierait que les Sanhédristes, en venant arrêter Jésus au milieu de la nuit, se
conduisaient comme les bandits et autres malfaiteurs, qui profitent ordinairement des ténèbres pour perpétrer
leurs crimes. Cfr. Joan. 3, 20. Au figuré, d'après une signification plus relevée, les mots la puissance des
ténèbres, qui se rattachent à « votre heure » sous forme d'apposition, désigneraient Satan avec son ténébreux
empire (Cfr. Col. 1, 13). Votre heure, telle serait alors la pensée de Jésus, est l'heure même du démon ; mon
Père lui a concédé ce temps pour me nuire, et voici que vous vous faites ses complices ! Comparez Joan. 8,
34, 44. Nous nous rangeons de préférence à cette explication, à la suite d'Euthymius, de Maldonat, de D.
Calmet, de Keil, etc.
Jamais le Seigneur ne cesse d'exercer sa miséricorde, ils vont faire mourir le juste, et à ce moment même il guérit les blessures de ses bourreaux.
Il avait oublié la gloire qui avait environné la vie du Christ, il crut donc pouvoir consommer son crime en secret, et il osa donner pour signal de cette trahison sacrilège le symbole de l'affection la plus tendre.
Notre-Seigneur ne blâme pas les principaux d'entre les Juifs de n'avoir pas cherché plutôt à le mettre à mort, mais il leur reproche de s'imaginer, dans leur aveuglement, qu'ils peuvent se saisir de lui contre sa volonté; et tel est le sens de ses paroles: Vous n'avez pu vous saisir de moi alors, parce que je ne le voulais pas, et aujourd'hui encore vous ne le pourriez pas davantage, si je ne me livrais moi-même entre vos mains: «Mais voici votre heure», c'est-à-dire mon Père qui se rend à mes voeux, vous accorde ce peu de temps pour exercer contre moi votre cruauté. Il ajoute que cette puissance de sévir contre le Christ, a été donnée aux ténèbres (c'est-à-dire au démon et aux Juifs); mais voici votre heure et la puissance des ténèbres.
Lorsque le Seigneur fut trahi, les premières paroles qu'il prononça furent celles-ci rapportées par saint Luc: «Vous trahissez le Fils de l'homme par un baiser»; puis celle que lui prête saint Matthieu: «Mon ami, dans quel dessein êtes-vous venu ?» Et enfin celles que rapporte saint Jean: «Qui cherchez-vous ?»
D'après saint Jean, celui qui frappa fut Pierre, et celui qui fut frappé s'appelait Malchus.
Il l'appelle par son nom plutôt pour exprimer sa douleur et ramener le traître à de meilleurs sentiments que pour redoubler sa fureur.
Ils étaient venus de nuit, parce qu'ils craignaient le soulèvement de la multitude, et Jésus leur dit: «Qu'aviez-vous besoin de ces armes pour prendre celui qui est tous les jours au milieu de vous, puisque j'étais tous les jours avec vous dans le temple ?»
Il faut donner à ces paroles la forme interrogative, comme exprimant mieux le reproche tendre et affectueux que le Sauveur fait à ce traître disciple.
Le Sauveur donne le baiser à Judas, non pour nous enseigner à dissimuler, mais pour nous montrer qu'il ne repousse pas même ce traître, et pour rendre sa trahison plus odieuse.
Saint Luc ajoute: «Jésus dit: Arrêtez, laissez-les». C'est ce que saint Matthieu rapporte en d'autres termes: «Remettez votre épée dans son fourreau». Il n'y a pas de contradiction entre la réponse du Seigneur, telle que la rapporte saint Luc: «Arrêtez-vous là», et d'après laquelle le Sauveur approuverait ce qui avait été fait, mais sans vouloir rien de plus; et celle que saint Matthieu prête au Sauveur, qui semble désapprouver tout ce que Pierre a fait en se servant de son épée. Il est certain que lorsque les disciples lui firent cette question: «Si nous frappions avec l'épée ?» il leur répondit: «Arrêtez-vous là, laissez-les»; c'est-à-dire, ne vous inquiétez pas de ce qui doit arriver, il faut les laisser s'avancer jusqu'au bout, c'est-à-dire, se saisir de moi pour accomplir ce que les prophètes ont écrit de moi. En effet, l'Évangéliste ne dirait pas: «Jésus répondit», s'il ne répondait par le fait à la question de ses disciples plutôt qu'à l'action de Pierre. Or, dans l'intervalle qui s'écoule entre la question faite au Seigneur et sa réponse, Pierre, emporté par son zèle, frappa le serviteur du grand-prêtre, mais les Évangélistes n'ont pu raconter en même temps ce qui s'était passé simultanément. Alors, selon le récit de saint Luc, Jésus guérit celui qui avait été frappé: «Et ayant touché l'oreille de cet homme il le guérit».