Luc 22, 50

L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite.

L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite.
Louis-Claude Fillion
L'un d'eux frappa le serviteur… Quoique inutile, cet acte était plein de vaillance. On avait demandé l'avis du Sauveur ; mais l'ardent et généreux S. Pierre (Cfr. Joan. 18, 10) frappa sans attendre la réponse. - Et lui coupa l'oreille droite. Le mot grec désigne l'oreille entière, et pas seulement le lobe charnu qui la termine. Voyez Bretschneider, Lex. Man. s. v. - Droite est un trait propre à S. Luc et à S. Jean.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Cependant les disciples veulent prendre la défense de leur maître, et tirent l'épée: «Ceux qui étaient avec lui, voyant ce qui allait arriver lui dirent: Seigneur, si nous frappions de l'épée ?» Mais comment pouvaient-ils avoir des épées ou des glaives? Parce qu'ils venaient d'immoler l'agneau et sortaient de table. Tandis que les autres disciples demandent s'ils doivent se servir de leur épée, Pierre, toujours plein de zèle pour son divin Maître, n'attend pas sa réponse, et frappe aussitôt le serviteur du grand-prêtre: «Et l'un d'eux frappa l'un des serviteurs du grand-prêtre», etc.
Saint Bède le Vénérable
Ou encore, ce serviteur est la figure du peuple juif, réduit injustement en servitude par les princes des prêtres, et qui, dans la passion du Sauveur, perd l'oreille droite, c'est-à-dire, l'intelligence spirituelle de la loi. Cette oreille est coupée par le glaive de Pierre, non que cet Apôtre ôte le sens de l'intelligence à ceux qui en font un bon usage, mais il le retranche aux âmes négligentes qui méritent de le perdre par un juste jugement de Dieu. Cependant la bonté divine rétablit dans son premier état l'oreille droite de ceux qui, parmi le peuple juif, ont embrassé la foi.
Saint Ambroise
Pierre, dont l'ardeur n'avait pas d'égale et qui était instruit dans la loi, savait que le zèle de Phinées, qui avait mis à mort des sacrilèges, lui avait été imputé à justice ( Nb 25 Ps 105,31 Si 45,28 ), et il frappe sans hésiter le serviteur du grand-prêtre.

En guérissant la sanglante blessure de cet homme, Notre-Seigneur nous révèle ses divins mystères, et nous montre le serviteur du prince de ce monde réduit en servitude, non par la condition de sa nature, mais par sa fauté, et recevant une blessure à l'oreille, parce qu'il n'a point voulu écouter les enseignements de la sagesse; ou si Pierre lui-même a voulu frapper cet homme à l'oreille, c'est pour nous enseigner que celui qui n'a point l'oreille du coeur ouverte pour les saints mystères, ne mérite point d'avoir l'oreille du corps qui en est la figure, Mais pourquoi est-ce Pierre plutôt qu'un autre disciple? Parce qu'il a reçu le pouvoir de lier et de délier, et c'est pour cela qu'il coupe avec le glaive spirituel l'oreille intérieure de celui dont l'intelligence est rebelle aux divins enseignements. Mais le Seigneur rend aussitôt à cet homme l'usage de l'ouïe, pour nous apprendre que ceux mêmes qui ont été blessés et scandalisés de sa passion, peuvent parvenir au salut, s'ils veulent se convertir, parce qu'il n'y a point de péché qui ne puisse être effacé par la puissance mystérieuse des sacrements de la foi.