Luc 22, 36
Ils lui répondirent : « Non, de rien. » Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a une bourse, qu’il la prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une.
Ils lui répondirent : « Non, de rien. » Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a une bourse, qu’il la prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une.
Lorsque je vous ai envoyé. Allusion à la première mission des apôtres, 9, 3 et ss. et parall. Jésus,
voyant ses amis si pleins de confiance, juge bon de les ramener à la douloureuse réalité de la situation. - Sans
sac, sans bourse. Cfr. 9, 3 ; 10, 4. Le « sac » désigne la bourse, la « bourse » la valise où l'on mettait les
provisions. Voyez A. Rich, Dictionn. des antiquités rom. et grecq., p. 472 et 544. - Vous a-t-il manqué
quelque chose ? C'étaient alors d'heureux temps, qui ne devaient plus revenir pour les apôtres. Eux-mêmes,
dans leur réponse (« rien »), reconnaissent que la Providence avait alors amplement pourvu à tous leurs besoins. - Mais maintenant. Les circonstances sont désormais bien changées, comme l'explique Jésus par un
langage pittoresque. A l'avenir, plus d'hospitalité généreuse, spontanée, offerte aux envoyés du Prophète
vénéré ; ils devront donc se munir d'argent et de provisions. En outre, comme ils auront à courir de sérieux
dangers, étant devenus pour la plupart des hommes un objet de haine, il sera bon qu'ils se préparent à la lutte,
qu'ils aillent jusqu'à se munir d'un glaive ! - Que celui qui n'en a pas… Quelques interprètes (Kuinoel,
Olshausen, etc.) prennent ces mots d'une manière absolue : Celui qui est sans avoir ; d'autres (en assez grand
nombre de nos jours) sous-entendent « un glaive » ; d'autres enfin (à la suite d'Euthymius), et telle est,
croyons-nous, la meilleure explication, traduisent : Que celui qui n'a ni bourse ni argent, etc. - Vende sa
tunique. Dans le texte grec, il s'agit du manteau ou vêtement de dessus, dont on peut se passer au besoin. Du
reste, on se dispense de bien des choses pour sauver sa vie ; or il s'agit précisément ici d'avoir un glaive
protecteur, et Jésus suppose qu'on ne se procurera de l'argent pour l'acheter qu'à la condition de vendre une
partie de son vestiaire. - Achète une épée. Étrange recommandation, qui dut vivement surprendre les apôtres !
Il est vrai que nous ne les imiterons pas en la prenant à la lettre (v. 38). C'était une manière concrète, figurée,
et très expressive de dire : Attendez-vous à la haine, à la lutte, aux périls (voyez D. Calmet, h. l.).
Ou bien encore, ces paroles du Sauveur: «Que celui qui a une bourse la prenne, et qu'il prenne aussi un sac», ne s'adressent pas à ses disciples, mais à tous les Juifs en général, et il semble leur dire: Si quelqu'un, parmi vous, a de grandes richesses, qu'il les réunisse et qu'il prenne la fuite; et si quelque habitant de ce pays se trouve réduit à la dernière indigence, qu'il vende sa tunique pour acheter une épée; car le choc de l'attaque qui viendra fondre sur eux sera si terrible, que rien ne pourra lui résister. Il leur fait connaître ensuite la cause de ces calamités, c'est-à-dire parce qu'il a été condamné au supplice destiné aux criminels, et qu'il a été crucifié avec des voleurs. Or, lorsque ce crime aura été consommé, les prophéties qui avaient pour objet la rédemption seront accomplies, et les persécuteurs subiront les châtiments prédits par les prophètes. Notre-Seigneur a donc prédit ici le sort réservé à la nation juive; mais les disciples ne comprenaient pas la portée de ses paroles et pensaient que c'était pour résister à l'attaque du perfide disciple qu'il était besoin d'épées: «Ils lui dirent donc: Seigneur, voici deux épées».
Celui qui enseigne l'art de la natation, commence par soutenir avec grande attention ses élèves de la main, mais ensuite il retire de temps en temps la main, et leur commande de s'aider eux-mêmes, il les laisse même s'enfoncer quelque peu. Notre-Seigneur tient cette conduite à l'égard de ses disciples. Dans les commencements il était attentif à tous leurs besoins, et leur préparait toutes choses avec une extrême abondance: «Et ils lui dirent: Nous n'avons manqué de rien». Mais lorsque le moment fut venu pour eux de montrer leurs propres forces, il leur retira une partie de son secours et voulut qu'ils agissent un peu par eux-mêmes. Il leur dit donc: «Mais maintenant que celui qui a une bourse (pour mettre son argent), la prenne, qu'il prenne de même son sac qui porte ses vivres». Or, lorsqu'ils n'avaient ni chaussures, ni ceinture, ni bâton, ni argent, ils n'ont manqué absolument de rien; au contraire, dès que le Sauveur leur eut permis d'avoir une bourse et un sac, ils furent exposés à souffrir la faim, la soif, la nudité; comme s'il leur disait: Jusqu'à présent vous avez eu tout en abondance, maintenant je veux que vous éprouviez la pauvreté; aussi je ne vous oblige plus d'observer la loi que je vous ai donnée en premier lieu ( Mt 10, 18; Mc 6, 8; Lc 9, 3), et je vous permets de porter une bourse et un sac. Dieu aurait pu sans doute les maintenir dans cette même abondance, il ne le voulut pas pour plusieurs raisons: premièrement, afin que ses disciples, loin de rien s'attribuer, fussent obligés de reconnaître que tout ce qu'ils avaient venait de Dieu; secondement, pour leur apprendre à se conduire eux-mêmes; troisièmement pour prévenir l'idée trop avantageuse qu'ils auraient eue d'eux-mêmes. Ainsi, comme il permet que ses disciples soient exposés à des épreuves imprévues, il adoucit la sévérité de la première loi qu'il leur avait imposée, pour que la vie ne fût pas pour eux trop dure et trop accablante.
Ou encore, le Seigneur ne fait pas ici un commandement de porter une bourse et un sac et d'acheter un glaive, mais il prédit ce qui doit arriver à ses Apôtres, qui, oubliant les circonstances de la passion, les grâces qu'ils avaient reçues, et la loi de Dieu, oseront se servir de l'épée; souvent, en effet, l'Écriture emploie l'impératif pour l e futur dans les prophéties, quoique cependant, dans plusieurs manuscrits, on ne lise point: Qu'il prenne, qu'il porte et qu'il achète, mais: «Il prendra, il portera, il achètera».