Luc 20, 26
Ils furent incapables de le prendre en défaut devant le peuple en le faisant parler et, tout étonnés de sa réponse, ils gardèrent le silence.
Ils furent incapables de le prendre en défaut devant le peuple en le faisant parler et, tout étonnés de sa réponse, ils gardèrent le silence.
Et ils ne purent rien reprendre dans ses paroles… Cette première
réflexion est propre à S. Luc. Elle contient une nouvelle indication du but que s'étaient proposés les
adversaires de Notre-Seigneur, qui voulaient le surprendre dans ses paroles (v. 20). - Devant le peuple est
emphatique : en face de la foule, qui se montrait en masse favorable à Jésus, et qu'on espérait détacher de sa
personne en le déconsidérant. - Ayant admiré sa réponse… Autrefois, les Docteurs de Jérusalem avaient
admiré la sagesse du divin Enfant (2, 47) ; maintenant ils admirent malgré eux celle de l'homme mûr. - Ils se
turent est une autre particularité de S. Luc. « Que dire contre Jésus après une parole si sage, si simple, si
précise ? A quel tribunal l'accuser ? César est satisfait, Dieu est glorifié, ses ennemis sont pris par leurs
propres paroles et réduits à se taire. Il déjoue tous leurs vains artifices avec une sagesse qu'on ne peut assez
admirer, avec une douceur inaltérable et une majesté toute divine » (Dehaut, l'Évangile expliqué, défendu,
médité, 5è éd. t. 4, P. 4 et 5).
Ils voulurent tendre un piége au Seigneur, et ils y tombèrent eux-mêmes les premiers. Écoutez, en effet, leur question astucieuse: «Et ils vinrent donc ainsi l'interroger: Maître, nous savons que vous parlez et que vous enseignez avec droiture».
Le but principal qu'ils se proposaient était de le prendre en défaut en présence du peuple, mais ils ne purent y parvenir, tant sa réponse était pleine de sagesse.
Et remarquez qu'il ne dit pas: «Donnez», mais: «Rendez», parce que c'est une dette qu'il nous faut payer. Le prince vous protège contre vos ennemis, il assure la tranquillité de votre vie, vous lui devez donc en retour le tribut qu'il exige de vous. Cette pièce de monnaie, même que vous lui payez, c'est de lui que vous la tenez, rendez donc au roi, la monnaie qui vient du roi. Dieu vous a donné aussi l'intelligence et la raison, rendez-lui ces biens, en vous gardant de devenir rendre semblable aux animaux (cf. Ps 49,12-13 Ps 49,21 ), et en prenant, au contraire, la raison pour guide dans toutes vos actions.
Une réponse aussi sage aurait dû les déterminer à croire en lui; ils se contentent d'admirer comment leur ruse n'avait pu réussir à le faire tomber dans le piége: «Et ils ne purent reprendre aucune de ses paroles devant le peuple, et ayant admiré sa réponse, ils se turent».
Les princes des prêtres, comprenant que cette parabole s'appliquait à eux, et instruits de ce qui devait leur arriver, auraient dû renoncer à leurs mauvais desseins; mais loin de là, ils cherchent l'occasion de les mettre à exécution: «Les princes des prêtres cherchaient à se saisir de lui», etc. Ils ne sont point retenus par ce commandement de la loi: «Tu ne feras périr ni l'innocent ni le juste» ( Ex 23). Et s'ils ajournent l'accomplissement de leurs criminels desseins, c'est par crainte du peuple: «Mais ils craignaient le peuple». Ils mettent la crainte des hommes au-dessus de la crainte de Dieu. Or, quel motif leur fit concevoir ce coupable projet? le voici: «Car ils compri rent que cette parabole s'appliquait à eux».
Ils paraissaient agir avec légèreté, mais au fond ils agissaient avec une malice réfléchie, ils oubliaient que Dieu a dit: «Qui est celui-là qui prétend dérober à Dieu le secret de ses desseins ?» ( Jb 42). Ils viennent trouver le Sauveur comme un homme ordinaire: «Pour le surprendre dans ses paroles».
Notre-Seigneur nous apprend ici avec quelle circonspection nous devons répondre aux hérétiques ou aux Juifs, comme il nous l'a recommandé ailleurs: «Soyez prudents comme des serpents» ( Mt 10).