Luc 2, 29

« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole.

« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole.
Louis-Claude Fillion
Maintenant ! Ou même, Enfin ! Rien désormais ne s'oppose à sa mort, puisqu'il a contemplé le Messie. Les exégètes font justement observer que l'emploi du présent, laissez, corrobore l'idée exprimée par l'adverbe maintenant. Siméon parle de sa mort comme d'une chose prochaine, dont le retard n'aurait aucune raison d'être, puisque la condition pour laquelle Dieu l'avait conservé sur la terre venait de s'accomplir. Le verbe du texte grec est encore plus expressif que celui de la Vulgate ; on s'en sert pour désigner la délivrance d'un prisonnier, l'action de licencier des troupes, de relever un soldat de son poste (voyez Bretschneider, Lex. Man. s. v.). Il marque toujours un heureux affranchissement. Les classiques l'emploient aussi pour désigner la mort (voyez Rosenmüller, Schol. h. l.). Le pieux vieillard parle donc comme un homme pour lequel la vie présente était désormais un fardeau et la vie future un doux repos, une émancipation vivement désirée. - En paix, non seulement tout à fait rassuré sur l'avenir de son peuple (Euthymius), mais ayant ses désirs personnels entièrement comblés.
Timothée de Jérusalem
Les justes vivent pour toujours; leur récompense est dans le Seigneur et le Très-Haut prend soin d'eux (Sg 5,15). Le temps me manque pour pouvoir rappeler les vertus de tous les saints. Je traiterai donc du dernier des justes de l'Ancien Testament. Et qui est-il? Syméon, dont l'évangile de Luc nous rapporte le nom. Il est à la fois le premier et le dernier. Le dernier à avoir vécu sous le régime de la Loi, le premier sous celui de la grâce. Juif soumis aux observances, il était chrétien par son action de grâce. Sa formation en avait fait un légiste, sa connaissance de Dieu en fit son messager.

Syméon, dont l'histoire nous a été lue récemment, avait été retiré de l'impiété pharisaïque, comme une rosé cueillie parmi les épines. Pour avoir été favorisé du don de la grâce, il avait acquis la réputation d'être le premier. Syméon était parvenu à un si haut degré de justice que, pendant sa vie corporelle, Dieu lui fit cette révélation: "Il n'achèverait pas cette vie temporelle avant d'avoir serré dans ses bras de chair la Vie éternelle, Jésus Christ notre Seigneur."

Le juste Syméon, qui dès avant l'Incarnation aspirait à voir le Seigneur, l'a donc vu dans son Incarnation, il l'a reconnu et l'a pris dans ses bras. Et il a supplié le Maître de l'univers, devenu enfant en la condition de serviteur, d'être délivré de la prison de son corps, en disant à haute voix ces paroles que tu as entendues récemment: Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut (Lc 2,29-30).

Je l'ai vu, laisse-moi m'en aller, ne me garde pas ici; permets-moi de m'en aller dans la paix, ne me laisse pas dans la tristesse. Je l'ai vu, permets-moi de partir. J'ai vu ta gloire, les anges danser, les archanges te glorifier, la création exulter. J'ai vu le passage unique reliant le ciel à la terre. Maintenant, permets-moi de m'en aller, ne me garde pas ici.

Ne me laisse pas voir l'insolence de mes compagnons juifs envers toi, la couronne d'épines que l'on tresse, l'esclave qui te gifle, la lance qui s'approche de toi. Ne me laisse pas voir le soleil s'obscurcir, la lune décroître, les éléments s'altérer. Ne me laisse pas te voir brisé sur la croix. Ne me laisse pas voir les rochers se fendre, le voile du Temple se déchirer. Car les éléments mêmes ne seront pas capables de supporter ce défi et ils prendront part aux souffrances du Seigneur.

Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé à la face de tous les peuples (Lc 2,29-31).
Origène
S'il suffit à une femme malade de toucher simplement le bord du vêtement de Jésus pour être guérie, que devons-nous penser de Siméon, qui tint ce divin enfant dans ses bras? Quelle dut être sa joie de porter dans ses bras celui qui était venu pour briser les chaînes des captifs, et qui seul, il le savait, pouvait le tirer de la prison de son corps avec l'espérance de la vie future? « Et il bénit Dieu en disant: C'est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur ».