Luc 19, 10

En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
Concile œcuménique
Mais, comme c’est dans la pauvreté et la persécution que le Christ a opéré la rédemption, l’Église elle aussi est appelée à entrer dans cette même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut. Le Christ Jésus « qui était de condition divine s’anéantit lui-même prenant condition d’esclave » (Ph 2, 6), pour nous « il s’est fait pauvre, de riche qu’il était » (2 Co 8, 9). Ainsi l’Église, qui a cependant besoin pour remplir sa mission de ressources humaines, n’est pas faite pour chercher une gloire terrestre mais pour répandre, par son exemple aussi, l’humilité et l’abnégation. Le Christ a été envoyé par le Père « pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, ... guérir les cœurs meurtris » (Lc 4, 18), « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10) : de même l’Église enveloppe de son amour ceux que l’infirmité humaine afflige, bien plus, dans les pauvres et les souffrants, elle reconnaît l’image de son fondateur pauvre et souffrant, elle s’efforce de soulager leur misère et en eux c’est le Christ qu’elle veut servir. Mais tandis que le Christ saint, innocent, sans tache (He 7, 26) ignore le péché (2 Co 5, 21), venant seulement expier les péchés du peuple (cf. He 2, 17), l’Église, elle, enferme des pécheurs dans son propre sein, elle est donc à la fois sainte et toujours appelée à se purifier, poursuivant constamment son effort de pénitence et de renouvellement.

Car le Christ Jésus a été envoyé dans le monde comme le véritable médiateur entre Dieu et les hommes. Puisqu’il est Dieu, « toute la plénitude de la divinité habite en lui corporellement » (Col 2, 9) ; dans sa nature humaine, il est le nouvel Adam, il est constitué Tête de l’humanité renouvelée, il est rempli de grâce et de vérité (Jn 1, 14). Aussi par les voies d’une incarnation véritable, le Fils de Dieu est-il venu pour faire participer les hommes à la nature divine ; il s’est fait pauvre alors qu’il était riche afin de nous enrichir par sa pauvreté (2 Co 8, 9). Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir lui-même et donner sa vie en rançon pour beaucoup, c’est-à-dire pour tous (cf. Mc 10, 45). Les saints Pères proclament sans cesse que n’est pas guéri ce qui n’a pas été assumé par le Christ. Mais il a assumé la nature humaine dans toute sa réalité, telle qu’on la trouve chez nous, malheureux et pauvres, mais elle est chez lui sans péché (cf. He 4, 15 ; 9, 28). Parlant de lui-même, le Christ, que le Père a consacré et envoyé dans le monde (cf. Jn 10, 36), a dit ces paroles : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par son onction ; il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue » (Lc 4, 18) ; et encore : « Le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10).
Fulcran Vigouroux
Une antique tradition fait venir Zachée dans les Gaules, où il se serait fixé dans le lieu sauvage et pittoresque appelé aujourd’hui Rocamadour.
Louis-Claude Fillion
Jésus continue de répondre au blâme de la foule. Il a justifié sa conduite par un premier motif, tiré des droits de Zachée ; il en expose maintenant un second, qui consiste dans l'indication générale de son propre rôle en tant que Messie : Le Fils de l'homme est venu… N'est-il-pas venu tout exprès pour chercher les brebis égarées et les ramener au bercail ? Voyez dans S. Matthieu, 18, 11 (Cfr. Le commentaire), la reproduction de cette admirable pensée. Ici, le verbe chercher est une particularité de S. Luc. - Que devint Zachée après sa conversion ? D'anciens auteurs pensent qu'il s'attacha immédiatement à la personne de Jésus. Quelques-uns (à la suite de Clément d'Alexandrie, Strom. 4, 6) l'ont identifié avec S. Mathias, qui devint plus tard apôtre à la place de Judas. D'autres font de lui le premier évêque de Césarée, en Palestine. Mais une antique tradition, « confirmée par un grande nombre de témoignages, et surtout par l’autorité du pape Martin Cinq dans sa bulle de l’année 1427 », (Propre du bréviaire de Tulle, au 3 septembre), démontre que Zachée émigra de bonne heure dans les Gaules, et qu'il se fixa finalement dans un lieu sauvage et pittoresque (Roc-Amadour) qui appartient aujourd'hui au diocèse de Cahors, où il est honoré sous le nom de S. Amadour (Amator).
Lansperge le Chartreux
La dédicace que nous commémorons aujourd'hui concerne, en réalité, trois maisons. La première, à savoir le sanctuaire matériel, est établie soit dans une maison réservée jadis à des usages profanes et convertie en église, soit dans une construction neuve destinée au culte divin et à la dispensation des biens nécessaires à notre salut. Oïl faut certes prier en tout lieu et il n'y a vraiment aucun lieu où l'on ne puisse prier. C'est une chose pourtant très convenable que d'avoir consacré à Dieu un lieu particulier où nous tous, chrétiens qui formons cette communauté, puissions nous réunir, louer et prier Dieu ensemble, et obtenir ainsi plus facilement ce que nous demandons, grâce à cette prière commune, selon la parole: Si deux ou trois d'entre vous sur la terre se mettent d'accord pour demander quelque chose, ils l'obtiendront de mon Père (Mt 18,19).

La deuxième maison de Dieu, c'est le peuple, la sainte communauté qui trouve son unité dans cette église, c'est-à-dire vous qui êtes guidés, instruits et nourris par un seul pasteur ou évêque. C'est la demeure spirituelle de Dieu dont notre église, cette maison de Dieu matérielle, est le signe. Le Christ s'est construit ce temple spirituel pour lui-même, il l'a unifié et l'a consacré en adoptant toutes les âmes qu'il fallait sauver et en les sanctifiant. Cette demeure est formée des élus de Dieu passés, présents et futurs, rassemblés par l'unité de la foi et de la charité, en cette Église une, fille de l'Église universelle, et qui ne fait d'ailleurs qu'un avec l'Église universelle. Considérée à part des autres Églises particulières, elle n'est cju'une partie de l'Église, c omme le sont toutes les autres Églises. Ces Églises forment cependant toutes ensemble l'unique Église universelle, mère de toutes les Églises. Si donc on la compare avec l'Église tout entière, cette Église-ci, notre communauté, est une partie ou une fille de toute l'Église et, en tant que sa fille, elle lui est soumise, puisqu'elle est sanctifiée et conduite par le même Esprit.

En célébrant la dédicace de notre église, nous ne faisons rien d'autre que de nous souvenir, au milieu des actions de grâce, des hymnes et des louanges, de la bonté que Dieu a manifestée en appelant ce petit peuple à le connaître. Nous nous rappelons qu'il nous a aussi accordé la grâce non seulement de croire en lui, mais encore de l'aimer, lui, Dieu, de devenir son peuple, de garder ses commandements, de travailler et de souffrir par amour pour lui.

La troisième maison de Dieu est toute âme sainte vouée à Dieu, consacrée à lui par le baptême, devenue le temple de l'Esprit Saint et la demeure de Dieu. Zachée a été une maison de ce genre. L'évangile de ce jour le loue et rappelle le souvenir de celui qui, après avoir reçu le bienfait de la grâce divine, a fait dire aussi à Jésus: Aujourd'hui le salut est arrivé pour cette maison (Lc 19,9). Lorsque tu célèbres la dédicace de cette troisième maison, tu te souviens simplement de la faveur que tu as reçue de Dieu quand il t'a choisi pour venir habiter en toi par sa grâce.
Saint Théophylacte d'Ohrid
Jésus ne dit pas que Zachée était fils d'Abraham, mais qu'il l'est maintenant; car tant qu'il était chef des publicains, il n'avait aucun trait de ressemblance avec le juste Abraham, et ne pouvait être son fils. Cependant comme quelques-uns murmuraient de ce que le Sauveur était descendu dans la maison d'un pécheur, il calme leur indignation en ajoutant: «Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu».
Saint Bède le Vénérable
Voici que le chameau a déposé la lourde protubérance qu'il portait sur son dos, et il passe par le trou d'une aiguille, c'est-à-dire, un riche, un publicain, sacrifie l'amour des richesses, renonce à tous ses profits frauduleux, et reçoit la bénédiction que lui apporte la visite du Sauveur: «Et il se hâta de descendre, et il le reçut avec joie».

Ou bien encore la foule (c'est-à-dire les habitudes criminelles), qui défendait à l'aveugle de demander à Jésus par ses cris qu'il lui rendit la vue, est aussi l'obstacle qui empêche Zachée de voir le Sauveur. Or, de même que l'aveugle a triomphé de la foule en redoublant ses cris suppliants, ainsi Zachée qui était petit, s'est élevé au-dessus des obstacles de la foule, en abandonnant toutes les choses de la terre, et en montant sur l'arbre de la croix. En effet, le sycomore, dont les feuilles sont semblables à celles du mûrier, mais qui s'élève à une plus grande hauteur (ce qui lui a fait donner par les latins le nom de celsa, élevé), porte aussi le nom de figuier sauvage. Or, la croix du Seigneur est comme le figuier qui nourrit les fidèles, tandis que les incrédules s'en moquent comme d'une folie. Zachée qui était petit, monte sur cet arbre pour grandir sa taille; ainsi le chrétien qui est humble et qui a la conscience de sa propre misère s'écrie: A Dieu ne plaise que je me glorifie, si ce n'est dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. ( Ga 6).

Le Seigneur, en traversant la ville, arrive à l'endroit où Zachée était monté sur le sycomore. C'est ainsi qu'après avoir envoyé des prédicateurs dans la personne desquels il allait prêcher lui-même l'Évangile, Jésus arriva au milieu du peuple des Gentils, qui déjà s'était relevé de son état d'abaissement par la foi à sa passion; le Sauveur jette sur lui un regard en le choisissant par sa grâce. Notre-Seigneur était aussi entré quelquefois dans la maison d'un des chefs des pharisiens, mais tandis qu'il y opérait des oeuvres dignes d'un Dieu, ils trouvaient le moyen de calomnier sa conduite. Aussi ne pouvant plus souffrir leur audace criminelle, il les abandonne en leur disant: «Votre maison sera laissée déserte» ( Mt 23). Aujourd'hui, au contraire, il faut qu'il descende dans la maison de Zachée qui était petit, c'est-à-dire qu'il se repose dans le coeur des Gentils devenus humbles, en faisant briller à leurs yeux la grâce de la nouvelle loi. Zachée reçoit l'ordre de descendre de ce sycomore, et de préparer à Jésus une demeure dans sa maison; c'est ce que l'Apôtre nous recommande par ces paroles: «Si nous avons connu Jésus-Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus de cette sorte»; (2Co 13, 4). Il est manifeste que les Juifs ont toujours été opposés au salut des Gentils; mais cette grâce du salut qui remplissait autrefois les demeures des Juifs, brille aujourd'hui aux yeux des Gentils, parce qu'ils sont devenus eux-mêmes enfants d'Abraham, en imitant la foi qu'il avait en Dieu.
Philoxène de Mabboug
Tous ceux qui ont été appelés par le Seigneur ont obéi aussitôt à sa voix dès lors que l'amour des choses terrestres n'alourdissait pas leur âme. Car les liens du monde asservissent le coeur et ses pensées, et celui qui en est entravé entend difficilement résonner la voix de Dieu. Mais il n'en alla pas ainsi des Apôtres, ni des justes, ni des Patriarches qui vécurent avant eux: ils obéirent comme des vivants et prirent la route, légers, parce qu'aucune lourde chaîne ne les attachait au monde. Rien ne peut lier ni entraver l'âme qui aperçoit Dieu: elle est ouverte et prête, si bien que la lumière de la loi divine, chaque fois qu'elle s'approche de cette âme, la trouve disposée à la recevoir.

Notre Seigneur a aussi appelé Zachée du sycomore sur lequel il était monté, et aussitôt Zachée s'empressa de descendre et le reçut dans sa maison, car, avant même d'être appelé, il avait l'espoir de le voir et de devenir son disciple. L'admirable est que, sans que le Seigneur lui eût parlé et sans l'avoir vu avec les yeux du corps, Zachée ait cru en lui, simplement sur la parole des autres, car la foi qui était en lui avait été préservée dans sa vie et sa santé naturelles. Le fait qu'il ait cru en notre Seigneur au moment même où il apprit son arrivée, a rendu sa foi manifeste. Et la simplicité de sa foi est apparue lorsqu'il promit de donner la moitié de ses biens aux pauvres et de rendre au quadruple ce qu'il avait pris d'une manière malhonnête.

En effet, si la simplicité qui convient à la foi n'avait pas rempli à ce moment l'âme de Zachée, il n'aurait pas fait cette promesse à Jésus, et il n'aurait pas dépensé et distribué en peu de temps ce qu'il avait amassé en tant d'années de travail. La simplicité a répandu de tous côtés ce que l'astuce avait amassé, la pureté de l'âme a dispersé ce que la tromperie avait acquis, la foi a renoncé à ce que l'injustice avait obtenu et possédé, et elle a proclamé que cela ne lui appartenait pas.

Car Dieu est le seul bien de la foi et celle-ci refuse de posséder d'autres biens avec lui. La foi ne fait aucun cas des biens, quels qu'ils soient, en dehors de Dieu, son seul bien durable. Nous avons reçu en nous la foi pour parvenir à Dieu, ne posséder que lui et regarder comme un désavantage tout ce qui n'est pas lui.
Saint Cyrille d'Alexandrie
Mais Zachée, de son côté, n'a point mis le moindre retard, et s'est ainsi montré digne de la miséricorde de Dieu, qui rend la vue aux aveugles, et appelle ceux qui sont éloignés.

La foule représente cette multitude ignorante et tumultueuse qui n'a pu élever ses regards jusqu'au sommet de la sagesse; aussi longtemps que Zachée demeure dans la foule, il ne peut voir Jésus-Christ, mais aussitôt qu'il s'élève au-dessus de cette multitude ignorante, il mérite de recevoir dans sa maison celui qu'il désirait simplement de voir.
Saint Ambroise
Que les riches apprennent donc que le crime n'est pas dans les richesses, mais dans le mauvais usage qu'on en fait; car si les richesses sont un moyen de perdition pour les méchants, elles sont dans la main des bons un puissant auxiliaire de leur vertu.

D'où vient qu'il n'est fait mention dans l'évangile de la taille d'aucun autre que de celle de Zachée? La raison n'en serait-elle pas qu'il était petit par suite de sa malice, ou qu'il était petit par son peu de foi? car il n'était pas encore bien zélé, lorsqu'il monta sur cet arbre, il n'avait pas encore vu le Christ.
Eusèbe de Césarée
Ou bien ce départ pour un pays lointain, signifie son ascension de la terre aux cieux; et lorsqu'il ajoute «Pour prendre possession de son royaume et revenir», il fait allusion à la gloire et à la majesté de son second avènement. Il prend seulement d'abord le nom d'homme, à cause de sa naissance temporelle, il y ajoute le titre de noble, mais il n'y joint pas celui de roi, parce que lors de son premier avènement il n'était pas environné de l'éclat de la majesté royale. Il ajoute avec raison:» Pour entrer en possession de son royaume, car il l'a reçu des mains de son Père qui le lui a donné, selon ces paroles de Daniel: «Le Fils de l'homme venait sur les nuées, et le royaume lui fut donné». ( Dn 7).