Luc 16, 7
Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris quatre-vingts.”
Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris quatre-vingts.”
Cent mesures de froment. Dans le texte original : cent kors, c’est-à-dire environ 33 800 litres.
Cent
mesures d'huile. La mesure, inconnue des classiques dans l'acception que nous lui trouvons ici, équivalait
soit au bath (22 livres) soit au métrétès attique (38 litres). Cfr. Keil, Handbuch der bibl. Archaeologie, t. 2, p.
139 et ss. ; Smith, Dict. of the Bible, au mot Weights a. Measures ; Wetzer et Welte, Dict. encycl. de la
Théologie catholique, art. Mesures des anc. Hébreux ; Winer, Bibl. Realwoerterbuch, s.v. Maasse. D'ailleurs
l'on n'est pas encore parvenu à déterminer d'une manière certaine la valeur des mesures hébraïques. - Prends
ton obligation : traduction du grec qui signifie littéralement ton écrit ; ton reçu, dirions-nous. Les manuscrits
Sinait., B, D, L, ont obligations au pluriel ; de même la version copte. - Assieds-toi. Trait pittoresque ; dans
le grec, t'étant assis. - Écris… Cela encore est tout à fait naturel et graphique. L'intendant redoute une
surprise fâcheuse ; il presse ses gens pour que la transaction soit promptement terminée. - Cinquante. De la
sorte, la dette se trouvait réduite d'une moitié, par conséquent de 2000 litres environ. Il est difficile de dire si
l'opération demandée consista simplement à modifier les chiffres du reçu primitif (chose d'une exécution
aisée, puisque les lettres hébraïques, qui servent aussi à fabriquer les nombres, ont souvent entre elles une
assez grande ressemblance), ou si le débiteur dût écrire en entier un nouvel acte. Le texte semble favoriser la
première hypothèse. - Cent mesures de froment. Le kôr était chez les Hébreux une autre mesure de capacité,
la plus grande de celles qui servaient pour les légumes secs : il contenait 10 baths, c'est-à-dire environ 400
litres. - Écris quatre-vingt. Cette fois, l'économe ne remettait que la cinquième partie de la dette : il est vrai
que la remise équivaut à 8000 litres. Pourquoi cette différence ? Est-ce, ainsi qu'on l'a pensé, un détail
insignifiant (Euthymius), une simple variante destinée à rendre le récit plus vivant ? Nous préférons y voir un
trait de grande finesse psychologique de la part de l'intendant. Il connaît son monde, comme l'on dit, et
prévoit que les mêmes effets seront produits avec des concessions différentes, selon les circonstances
personnelles des débiteurs.
Une autre conséquence c'est qu'au lieu d'administrer ces biens suivant la volonté du Seigneur, nous en abusons pour satisfaire nos passions, nous devenons des fermiers coupables d'infidélité: «Et celui-ci fut accusé près de lui d'avoir dissipé ses biens».
Le fermier est celui qui régit une ferme; d'où lui vient le nom de fermier, l'économe est l'administrateur de l'argent, des fruits, et en général de tout ce que possède son maître.
Un baril est la même mesure que l'amphore grecque qui contenait trois urnes: «L'économe lui dit: Prenez votre billet; asseyez-vous vite, et écrivez cinquante». Il lui remet ainsi la moitié de ce qu'il doit: «Ensuite, il dit à un autre: Et vous, combien devez-vous? Il répondit: Cent mesures de froment». Cette mesure équivalait à trente boisseaux. «L'économe lui dit: Prenez votre billet et écrivez quatre-vingts»; il lui remet la cinquième partie de sa dette. Or, voici comment on peut entendre ce passage. Celui qui soulage la misère du pauvre pour moitié ou pour la cinquième partie sera récompensé pour sa miséricorde.
Ou bien encore, l'action de cet économe qui au lieu de cent barils d'huile en fait souscrire cinquante au débiteur, au lieu de cent mesures de froment, quatre-vingts doit être entendue en ce sens que les dons offerts par les juifs aux prêtres et aux lévites doivent être plus abondants dans l'Église chrétienne. Ainsi, tandis qu'ils ne donnaient que la dîme, les chrétiens doivent donner la moitié, comme Zachée le fit pour ses biens ( Lc 19,8 ); ou ils doivent au moins surpasser les offrandes des Juifs, en donnant au moins la double dîme, c'est-à-dire la cinquième partie de leurs biens,
Les hommes sont dominés par une fausse opinion qui ne sert qu'à augmenter leurs fautes et à diminuer leurs mérites; elle consiste à croire que tous les biens que nous possédons pour l'usage de la vie, nous les possédons comme maîtres absolus, et de les rechercher en conséquence comme les biens les plus importants. Or, c'est le contraire qui est vrai; car nous n'avons pas été placés dans cette vie comme des maîtres dans la maison qui leur appartient en propre, mais semblables à des hôtes et à des étrangers, nous sommes conduits là où nous ne voulons pas aller, et dans le temps ou nous y pensons le moins. Qui que vous soyez, rappelez-vous donc que vous n'êtes que le dispensateur de biens qui ne vous appartiennent pas, et que vous n'avez sur eux que les droits d'un usage transitoire et passager. Rejetez donc de votre âme l'orgueil qu'inspire la pensée qu'on est maître absolu pour prendre les sentiments de réserve et d'humilité qui conviennent à un simple fermier.
Nous apprenons de là que nous ne sommes pas les maîtres, mais bien plutôt les fermiers des biens d'autrui.