Luc 16, 23
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
Levant les yeux. Ce détail et quelques-uns suivants ont parfois causé à ceux des
anciens auteurs qui les prenaient à la lettre un très grand embarras, « au point d’en avoir induit beaucoup en
erreur » (Maldonat), entre autres Tertullien, De anima, 7. Ils en concluaient que l'âme est corporelle. Mais
évidemment, « Que le riche ait levé les yeux vers le ciel, qu’il ait parlé avec Abraham, qu’il ait demandé une
goutte d’eau pour rafraîchir sa langue, c’est une parabole tirée non de ce qui se fait actuellement, mais de ce
qui se fera après la résurrection, et qui est conforme à notre capacité de comprendre », Maldonat. C'est une
manière de parler tout à fait analogue aux anthropomorphismes qui prêtent si souvent à Dieu dans la Bible un
corps, des membres, et les passions humaines. Mais la réalité se devine aisément sous ces figures, et, selon le
langage pittoresque de Val. Herberger (cité par Stier, Reden des Herrn, h. l.), « nous avons véritablement
dans cette parabole une fenêtre ouverte sur l'enfer, et nous pouvons voir à travers elle ce qui se passe dans cet
affreux séjour ». « La parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare, dit semblablement M. van Oosterzee,
Das Evang. nach Lukas, 3è édit. p. 259, contient la description la plus sublime qui ait jamais été faite de ce
monde et de l'autre vie dans leurs contrastes frappants. Qu'est-ce que la trilogie dans laquelle Dante a chanté
l'enfer, le purgatoire et le ciel, si on la compare à la trilogie de cette parabole, qui nous met tout d'un coup
sous les yeux, au moyen de traits peu nombreux, mais vivants et parlants, la terre, la géhenne et le paradis,
comme une grande et parfaite unité ?… Le Sauveur nous fournit ici les explications les plus surprenantes, et
il soulève le voile qui cache les mystères de l'avenir ». - Lorsqu'il était dans les tourments. Pluriel des plus
expressifs. « Cet homme subissait des tourments infinis. C’est pour quoi l’évangéliste ne dit pas : comme il
était dans un tourment, mais dans des tourments. Car il était tout entier dans les tourments. », S. Jean Chrys.,
l. c. . - Il vit de loin Abraham… Les Rabbins enseignaient aussi que les damnés pouvaient contempler les
bienheureux dans les Limbes. « Le paradis et la géhenne sont ainsi disposés que de l’un on a vue sur
l’autre. », Midrasch Koheleth, 7, 14. Il est vrai que, d'après eux, ces deux parties du Schéol n'étaient séparées
que par une largeur de main, ou par l'espace qu'occupe une muraille ordinaire. Voyez A. Wünsche,
Bibliotheca rabbinica, Leipzig 1880, p. 103. - Dans son sein. Au lieu du singulier, le texte grec a cette fois un
pluriel d'intensité ou de majesté. Cfr. Winer, Grammat. p. 159 ; Beelen, Grammat. Graecit. N. T. p. 177.
De même que les réprouvés désirent passer du côté des élus, et quitter le séjour de leurs souffrances, ainsi les justes éprouvent intérieurement le désir d'aller vers ceux qui sont en proie à ces tourments indicibles et de les délivrer. Mais les âmes des justes, bien que la bonté de leur nature les rende accessibles à ce sentiment de la compassion, sont unies étroitement à la justice de leur auteur, et dominées par un tel sentiment de droiture et d'équité, qu'elles ne ressentent pour les réprouvés aucun sentiment de miséricorde. Ainsi donc, ni les méchants ne peuvent entrer dans le séjour des bons, retenus qu'ils sont par les chaînes d'une éternelle damnation, ni les justes ne peuvent passer du côté des réprouvés, parce que élevés à la hauteur de la justice des jugements de Dieu, ils ne peuvent éprouver pour eux aucun sentiment de compassion.
Le pauvre, pendant sa vie, trouvait un nouveau surcroît de souffrances dans son malheureux état, comparé aux jouissances et au bonheur dont il était témoin; de même ce qui ajoutait aux tourments du riche après sa mort, c'était d'être plongé dans les enfers et d'être témoin du bonheur de Lazare, de sorte que son supplice lui était intolérable, et par sa nature, et par la comparaison qu'il en faisait avec la gloire de Lazare: «Or levant les yeux, lorsqu'il était dans les tourments», etc.
Il élève les yeux pour le voir au-dessus et non au-dessous de lui; car Lazare était en effet au-dessus et lui au-dessous. Lazare avait été porté par les anges, et lui était en proie à des tourments infinis. Aussi Notre-Seigneur ne dit pas: Lorsqu'il était dans le tourment, mais «dans les tourments», car il était tout entier dans les tourments, il n'avait de libre que les yeux pour voir la joie de Lazare. Dieu lui laisse l'usage de ses yeux pour augmenter ses souffrances en le rendant témoin d'un bonheur dont il est privé, car les richesses des autres sont de véritables tourments pour les pauvres.
Vous me direz: N'y a-t-il donc personne qui puisse être heureux et tranquille dans cette vie et dans l'autre? Non, c'est chose difficile et presque impossible; car si la pauvreté n'accable, c'est l'ambition qui tourmente; si la maladie ne déchire, c'est la colère qui enflamme; si l'on n'est point en butte aux tentations, on est en proie aux pensées mauvaises. Or, ce n'est pas un médiocre travail que de mettre un frein à la colère, d'étouffer les désirs criminels, d'apaiser les mouvements violents de la vaine gloire, de réprimer le faste et l'orgueil, et de mener une vie pénitente et mortifiée. C'est là cependant une condition indispensable du salut.