Luc 15, 4

« Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ?

« Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
Louis-Claude Fillion
Comme précédemment, 14, 28, Jésus met ses auditeurs en scène, afin de les frapper davantage. - S'il en perd une. La perte n'est en aucune façon imputable au propriétaire, qui n'est autre que le Bon Pasteur par antonomase (« Le Père divin, dont nous ne sommes tous que la centième partie », S. Ambr.) ; mais la brebis s'est égarée par sa propre faute. Pour figurer les coupables égarements des pécheurs, il n'était pas possible de choisir une comparaison plus exacte, car une brebis éloignée du troupeau dont elle fait partie manque tout ensemble et de sagesse pour retrouver sa route, et de force pour se défendre. - Ne laisse les quatre-vingt dix-neuf autres… Mais, demande S. Cyrille (in Cat. D. Thom.), est-ce qu'en voulant être compatissant pour la brebis perdue, le pasteur n'a pas été cruel pour les autres ? Nullement, répond-il aussitôt, car elles sont en sûreté, protégées par une main toute-puissante. En effet, rien n'oblige de supposer qu'elles courussent des périls sérieux en son absence. De plus, avant de partir il a pourvu à leur nourriture, puisqu'il les laisse dans le désert, c'est-à-dire, d'après le sens habituel de cette expression dans la Bible, au milieu de savanes riches en pâture, et simplement appelées « désert » parce qu'on ne rencontre ni villes ni villages aux alentours. Voyez Trench, Notes on the Parables, h. l. - Pour s'en aller après celle qui est perdue. Il daigne se charger en personne de cette tâche pénible, et il est décidé à chercher la pauvre égarée jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvée. Quelle délicatesse dans ces traits, et comme ils conviennent bien à Jésus ! Aux pasteurs spirituels du peuple juif, les prophètes adressaient au contraire ce sanglant reproche : « Vous n'êtes pas allés à la recherche des brebis perdues ». Ezech. 34, 4.
Saint Grégoire le Grand
Nous pouvons conclure de là que la vraie justice est compatissante, tandis que la fausse est pleine d'une hauteur dédaigneuse. Les justes, il est vrai, traitent et justement les pécheurs avec une certaine dureté, mais il faut bien distinguer ce qui est inspiré par l'orgueil et ce qui est dicté par le zèle pour la discipline. Car bien que les justes, par amour pour la règle, paraissent excéder dans les reproches qu'ils adressent, ils conservent cependant toujours la douceur intérieure sous l'inspiration de la charité; ils se mettent dans leur coeur bien au-dessous de ceux qu'ils reprennent, et en agissant de la sorte, ils maintiennent dans la vertu ceux qui leur sont soumis, et se conservent eux-mêmes dans la grâce de Dieu par l'humilité. Au contraire, ceux qui s'enorgueillissent de leur fausse justice, affectent un grand mépris pour les autres, n'ont aucune condescendance pour les faibles, et deviennent d'autant plus grands pécheurs, qu'ils s'imaginent être exempts de péché. De ce nombre étaient les pharisiens qui, reprochant au Seigneur d'accueillir favorablement les pécheurs, accusaient avec un coeur desséché la source même de la miséricorde. Mais comme ils étaient malades, au point de ne point connaître leur maladie, le céleste médecin leur prodigue les soins les plus dévoués pour les amener à ouvrir les yeux sur leur triste état: «Et il leur proposa cette parabole: Quel est celui d'entre vous qui, ayant cent brebis, s'il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert? etc». Il choisit une comparaison dont l'homme pouvait reconnaître la vérité en lui-même, mais qui s'appliquait surtout au Créateur des hommes; car le nombre cent étant un nombre parfait, Dieu a été le pasteur de cent brebis, lorsqu'il est devenu le Maître des anges et des hommes. C'est pour cela qu'il ajoute: «Qui a cent brebis».

Une brebis s'est égarée, lorsque l'homme par son péché a quitté les pâturages de la vie. Les quatre-vingt-dix-neuf autres étaient restées dans le désert, parce que le nombre des créatures raisonnables, (c'est-à-dire des anges et des hommes), qui avaient été créées pour jouir de la vue de Dieu, se trouvait diminué par la perte de l'homme. C'est pourquoi il s'exprime de la sorte: «Ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert ?» parce qu'en effet il a laissé dans le ciel les choeurs des anges. L'homme a quitté le ciel lorsqu'il a commis le péché, et c'est pour que le nombre des brebis fût ramené dans le ciel à son intégrité primitive, que Dieu condescend à chercher sur la terre l'homme qui s'était égaré: «Et il va après celle qui est perdue», etc.
Saint Ambroise
Qu'il est riche ce pasteur, puisque nous ne sommes que la centième partie de son troupeau ! «Et s'il en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres», etc.