Luc 15, 20

Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Fulcran Vigouroux
Il tomba sur son cou. « Il ne s’y jette pas, il y tombe. » (BOSSUET, Retraite sur la pénitence, 10e jour.)
Louis-Claude Fillion
Il exécute sans tarder sa noble résolution, montrant par là combien sa pénitence était sincère. Il en est tant qui éprouvent des velléités de conversion et qui ne se convertissent jamais ! Rentrer en soi-même n'est pas toujours revenir à Dieu. Aussi, dit S. Grégoire de Nysse (in Cat. D. Thom.), est-ce là un bel exemple que l'Esprit Saint nous a tracé, afin que nous apprenions comment nous devons déplorer les égarements de notre cœur.

Scène touchante au-delà de toute expression, vérifiant à la lettre plusieurs descriptions antiques de la miséricorde divine. Cfr. Ps. 102, 8-12 ; Is. 49, 15. - Comme il était encore loin. D'après un proverbe oriental, pour un pouce de distance qu'un homme franchit afin de s'approcher de Dieu, Dieu en franchit une aune à sa rencontre. Cfr. Von Hammer, Fundgr. des Orients, t. 4, p. 91. Le prodigue est encore bien loin que déjà son père l'a reconnu : car il l'attendait, et, comme la mère de Tobie, il épiait constamment le retour de son fils. - Ému de compassion. Littéralement, ses entrailles s'émurent : mot par lequel les évangélistes expriment si souvent la tendre pitié de Jésus. - Et accourant… les peintres qui ont essayé de représenter l'histoire de l'enfant prodigue se sont inspirés pour la plupart de ce moment délicieux (Salvator Rosa, le Guerchin, Murillo, Spada). Le tableau de Spada contient seulement deux figures à mi-corps ; mais « il serait impossible de rendre avec plus de bonheur cette tendre commisération d'un père oubliant les torts de son fils… La tête du vieillard est admirable. La compassion et l'amour le disputent à l'attendrissement, tandis que le repentir et l'espoir animent les traits du fils, dont la bouche semble prononcer les mots si touchants : Mon père, j'ai péché ». Musée chrétien, p. 140 bis (voir le magnifique poème de Werner, « Gib, Vater, mir heraus mein Erbe »). - Il le baisa. Dans le grec, le verbe signifie couvrir de baisers. Cfr. Matth. 26, 48 et le commentaire.
Saint Jean Chrysostome
Aussitôt qu'il a pris cette résolution, source pour lui de tous les biens: «J'irai vers mon Père», il franchit sans tarder la distance qui le sépare de lui: «Et se levant, il vint vers son pore». Imitons son exemple, ne soyons pas effrayés de la longueur du chemin; car pourvu que nous le voulions, le retour sera prompt et facile; il suffit que nous nous détachions du péché qui nous a éloignés de la maison paternelle. Mais voyez la tendresse de ce bon père pour ceux qui reviennent à lui: «Comme il était encore loin, son père le vit», etc.
Saint Ambroise
Il vient donc à votre rencontre, parce qu'il entend le langage des secrètes pensées de votre coeur; et alors que vous êtes encore bien loin, il accourt au-devant de vous pour lever tous les obstacles: il embrasse son fils avec effusion, (car il vient à sa rencontre dans sa prescience, et l'embrasse dans sa tendresse), et se jette à son cou par un élan d'amour paternel, pour relever ce fils si abattu, et redresser vers le ciel celui qui était accablé sous le poids de ses péchés, et courbé vers les choses de la terre. Aussi j'aime mieux être le fils égaré que la brebis perdue, car si la brebis est retrouvée par le pasteur, le fils est comblé d'honneur par son père.
Saint Grégoire de Nysse
La volonté de confesser ses égarements suffit pour apaiser son père, le déterminer à aller à sa rencontre et à couvrir son cou de ses baisers: «Il accourut, se jeta à son cou, et le baisa». C'est la figure du joug spirituel imposé aux lèvres de l'homme par la tradition évangélique qui a mis fin aux observances légales.