Luc 14, 10

Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : “Mon ami, avance plus haut”, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi.

Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : “Mon ami, avance plus haut”, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi.
Louis-Claude Fillion
Nouveaux détails pittoresques, mais pour recommander une conduite toute contraire à celle du v. 8, et pour signaler les avantages de la modestie. Voyez des conseils analogues au livre des Proverbes, 25, 6 et 7, et dans le Talmud, Vajikra Rabba, f. 164, 4 (ap. Lightfoot, l. c.). La conjonction afin que indique moins le but qu'un résultat, car Notre-Seigneur Jésus-Christ ne voulait évidemment pas enseigner ici une pratique de simple politesse mondaine, basée sur des motifs égoïstes, c'est-à-dire mettre un orgueil plus raffiné à la place de la grossière vanité. Sa pensée va plus loin que ses paroles, et, sous cette forme aimable, il cache une leçon de profonde humilité, comme le prouve la sentence générale du v. 11.
Saint Bruno de Segni
Le Seigneur avait été invité à un banquet de noces. En observant les convives, il remarqua que tous choisissaient les premières places et les plus honorables, chacun désirant se placer avant tous les autres et s'élever au-dessus de tous. Il leur raconta cette parabole qui, même prise en son sens littéral, est bien utile et nécessaire à tous ceux qui aiment jouir de la considération des gens et qui ont peur d'être rabaissés. Elle accorde, en effet, des marques de courtoisie aux plus humbles et des signes de respect aux personnes d'un rang élevé.

Mais comme cette histoire est une parabole, elle renferme une signification qui dépasse le sens littéral. Voyons donc quelles sont ces noces et qui sont les invités aux noces. Celles-ci s'accomplissent quotidiennement dans l'Eglise. Chaque jour le Seigneur célèbre des noces, car chaque jour il s'unit les âmes fidèles lors de leur baptême ou de leur passage de ce monde-ci au Royaume céleste.

Eh bien! nous qui avons reçu la foi en Jésus Christ et le sceau du baptême, nous sommes tous invités à ces noces. Une table y est dressée pour nous, dont l'Ecriture dit: Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis (Ps 23,5). Nous y trouvons les pains de l'offrande, le veau gras, l'Agneau qui enlève les péchés du monde. Ici nous sont offerts et le pain vivant descendu du ciel et le calice de l'Alliance nouvelle. Ici nous sont présentés les évangiles et les épîtres des Apôtres, les livres de Moïse et des prophètes, qui sont comme des mets remplis de toutes les délices.

Que pourrions-nous donc désirer de plus? Pourquoi choisirions-nous les premières places? Quelle que soit la place que nous occupions, nous avons tout en abondance et ne manquons de rien. Mais toi qui cherches à avoir la première place, qui que tu sois, va t'asseoir à la dernière place. Ne permets pas que ta science te gonfle d'orgueil, et ne te laisse pas exalter par la renommée. Mais plus tu es grand, plus il faut t'humilier en toute chose et tu trouveras grâce auprès de Dieu (Lc 1,30), si bien qu'au moment favorable il te dira: Mon ami, avance plus haut, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi (Lc 14,10).

Assurément, pour autant que cela dépendait de lui, Moïse occupait la dernière place. Lorsque le Seigneur voulut l'envoyer vers les fils d'Israël et l'invita à accéder à un rang plus élevé, il lui répondit: Je t'en prie, Seigneur, envoie qui tu voudras envoyer car je n'ai pas la parole facile (Ex 4,13). C'est comme s'il avait dit: "Je ne suis pas digne d'une fonction aussi haute." Saûl aussi se considérait comme un homme d'humble condition, quand le Seigneur fit de lui un roi. Et de même Jérémie, craignant de monter à la première place, disait: Oh! Seigneur mon Dieu! Vois donc: je ne sais pas parler, je ne suis qu'un enfant (Jr 1,6)!

C'est donc par l'humilité, non par l'orgueil, par les vertus, non par l'argent, que nous devons chercher à occuper la première place, le premier rang dans l'Église.
Saint Bède le Vénérable
Mais puisque l'Évangéliste appelle cet enseignement une parabole, examinons brièvement quel en est le sens figuré. Que celui qui est invité aux noces de Jésus-Christ et de son Église, et qui se trouve par la foi en union avec les membres de l'Église, ne s'enorgueillisse pas de ses mérites, comme s'il était plus élevé que les autres, car il sera obligé de céder la place à un plus honorable que lui, bien qu'invité après lui, lorsqu'il se verra précédé par l'ardeur de ceux qui l'ont suivi dans les voies ouvertes par Jésus-Christ. Et il descendra couvert de confusion à la dernière place, quand il reconnaîtra la supériorité des autres sur lui, et qu'il se verra obligé de rabattre de la haute estime qu'il avait de sa vertu. On s'assoie à la dernière place quand on met en pratique la recommandation de l'Esprit saint: «Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier en toutes choses». ( Si 3,18 ). Alors le Seigneur donnant le nom d'ami à celui qu'il trouvera dans ces sentiments d'humilité, lui commandera de monter plus haut, car quiconque s'humilie comme un enfant, est le plus grand dans le royaume des cieux ( Mt 18,4 ). Remarquez ces paroles: «Alors ce sera une gloire pour vous»; ne cherchez donc pas maintenant ce qui vous est réservé pour la fin. On peut aussi cependant l'entendre de cette vie, car Notre-Seigneur entre tous les jours dans la salle du festin nuptial, tous les jours il abaisse les orgueilleux, et répand en si grande abondance dans le coeur des humbles les dons de son esprit, que tous les convives, c'est-à-dire l'assemblée des fidèles les admire et les honore. La conclusion générale qui termine cette parabole, prouve qu'il faut entendre dans un sens plus élevé les paroles de Notre-Seigneur, car il n'est pas vrai de dire que tous ceux qui s'élèvent devant les hommes soient abaissés, ou que ceux qui s'humilient devant les hommes soient exaltés par eux, mais celui qui s'enorgueillit de ses mérites sera certainement humilié par le Seigneur, et celui qui s'humilie des bienfaits qu'il en a reçus sera élevé par sa main puissante.
Saint Cyrille d'Alexandrie
Car celui qui ne désire point d'être placé au-dessus des autres, l'obtient justement de la divine Providence: «Afin que quand viendra celui qui vous a invité, il vous dise: Mon ami, montez plus haut». Ce n'est pas ici une réprimande sévère, mais une observation pleine de douceur, car un simple avertissement suffit aux sages, et c'est ainsi que l'humilité est couronnée de gloire et d'honneur: «Alors ce sera une gloire pour vous devant ceux qui seront à table avec vous».
Saint Jean Chrysostome
C'est ainsi que l'ambitieux n'obtient pas les distinctions qu'il désire, mais subit un honteux affront et qu'en cherchant de trop grands honneurs il n'en reçoit aucuns. Mais comme rien n'est comparable à l'humilité, le Sauveur engage ceux qui l'écoutent à faire le contraire; non seulement il leur défend d'ambitionner les premières places, il leur commande de rechercher les dernières: «Mais lorsque vous serez invité, allez vous asseoir à la dernière place», etc.